La prévention des risques professionnels des agents des déchetteries

Compte tenu des exigences environnementales croissantes, le nombre de déchetteries mises à disposition des usagers et le tonnage de déchets non ménagers et de déchets ménagers spéciaux à traiter est en constante augmentation ; par suite, les effectifs de gardiennage des déchetteries croissent corrélativement et les accidents du travail touchant ces métiers aussi...

La prévention des risques professionnels des agents des déchetteries

Compte tenu des exigences environnementales croissantes, le nombre de déchetteries mises à disposition des usagers et le tonnage de déchets non ménagers et de déchets ménagers spéciaux à traiter est en constante augmentation ; par suite, les effectifs de gardiennage des déchetteries croissent corrélativement et les accidents du travail touchant ces métiers aussi : les risques liés à la dangerosité du déchet (physique, biologique, chimique), aux véhicules circulant sur les aires de dépose, aux opérations manuelles, aux conditions climatiques, aux agressions, …sont importants et nécessitent des mesures de prévention adéquates. La prévention de ces risques professionnels passe en amont par la bonne conception des installations et des équipements des déchetteries. Ensuite, la démarche de prévention à adopter au niveau individuel doit être compatible avec les risques professionnels élevés encourus : règles d'hygiène et équipement de protection individuelle, information et formation du personnel, surveillance médicale.

Les principaux risques des agents des déchetteries

  • Les risques physiques
    - Coupures
    Les agents sont au contact de déchets coupants (armoires métalliques, panneaux de verre ou de bois, bouteilles cassées ….) ou piquants (végétaux et clous, pointes, agrafes des vieux meubles ou emballages …), bords acérés, provoquant de sérieux risques de coupures.
    - Contusions
    La circulation des véhicules des usagers, des engins de compactage, des camions d’enlèvement des bennes occasionne des risques de collisions avec les piétons sur les aires des déchetteries. La chute d’objets encombrants ou contondants au moment du déchargement et de la dépose dans les bacs est susceptible de heurter les membres et les pieds des agents. Les coincements entre les murets et les bennes peuvent être à l’origine d’un traumatisme de la jambe et du pied. - Chutes
    Les risques de chutes de plain-pied sur sol glissant, humide, inégal sont élevés, du fait en particulier des déplacements fréquents des agents sur le site et des dénivellations importantes des accès aux bennes. Les chutes de hauteur au niveau des plates-formes de déchargement, dans les bennes (au bâchage notamment) ou dans les fosses d’emplacement des bennes sont aussi à redouter.
    - Troubles musculo-squelettiques
    De nombreuses lombalgies ou dorsalgies d'effort sont causées par le port et la manipulation fréquente d’objets lourds et/ou volumineux (appareils ménagers et électroniques, meubles, gravats, branchages, batteries, pneus …) lors des opérations d’aide aux usagers ou de manutentions manuelles de matériaux déposés sur des zones inappropriées. Le travail d’entretien répété (balayage, utilisation des jets haute pression …) est également propice aux traumatismes articulaires, tendineux ou musculaires.
    - Bruit
    L’ambiance sonore des déchetteries est élevée à cause de la circulation intense de véhicules et de camions et due aussi aux opérations bruyantes comme les manipulations de bennes, l’élimination de déchets métalliques, la collecte du verre, …

  • Les risques climatiques
    Le travail en grande partie en extérieur conduit les gardiens des déchetteries à être exposés aux ultraviolets (UV), aux intempéries, au froid ou à la chaleur, et à l’humidité. Ces conditions climatiques variables accentuent les risques liés aux postures de travail contraignantes et ne permettent pas de travailler en toute sécurité.
    L’exposition fréquente aux UV peut être responsable de cancers de la peau, d’ophtalmies (brûlure de la cornée) particulièrement en altitude, et, en tout cas, d’érythème solaire (coup de soleil).
    Les problèmes de santé dus à la chaleur et à l'action prolongée du rayonnement solaire sur la tête (effets de l’insolation, de la déshydratation…) génèrent des risques de malaise général, de crampes musculaires, de pertes de connaissance, qui peuvent être vitaux dans les cas extrêmes (coup de chaleur). Pour des travaux en extérieur, le risque lié au froid est accru par une exposition au vent (refroidissement éolien) et à l’humidité et génère une vulnérabilité aux infections ORL.

  • Les risques chimiques
    De nombreux produits toxiques restent présents dans les déchets déposés : batteries, bidons d’huiles et de solvants, de produits acides ou caustiques, pots de peinture et de colles, contenants de produits d’entretien et phytosanitaires, poussières des gravats jetés dans les bennes …
    Les gardiens sont aussi chargés du nettoyage et de l’entretien des équipements du site avec l’utilisation de produits détergents et désinfectants.
    Tous ces produits peuvent provoquer des lésions à type d’irritation, de brulure chimique et/ou de sensibilisation allergique, avec des conséquences variant selon la voie d’exposition (respiratoire, cutanée, oculaire, digestive). Le risque est majoré lors du déversement accidentel de produits (huiles usagées, bidons non vidés, acide des batteries …). Les affections cutanées sont les plus fréquentes, suivies des atteintes des muqueuses oculaires et bronchiques.

  • Les risques biologiques
    Des risques infectieux existent, transmis au travers des blessures et plaies cutanées par des germes pathogènes contenus dans les déchets, écorchures et piqûres de métal rouillé, échardes de bois souillées par de la terre contaminée : phlegmons, panaris des doigts suite à envenimation septique, éventuellement tétanos. Le risque de leptospirose existe en cas d'installation accessible aux rats.

  • Les risques d’incendie et d’explosion
    Une installation électrique défaillante, l’auto-échauffement par fermentation aérobie des déchets végétaux dans les bennes et leur l’auto-inflammation lors de canicule, une atmosphère inflammable ou explosive constituée au niveau du stockage des Déchets Ménagers Spéciaux (DMS), peuvent déclencher un incendie ou une explosion.

  • Les risques psychologiques
    Tout contact d’un agent avec le public implique un risque de violence, mais un certain nombre de facteurs ou de situations contribuent à favoriser les agressions verbales voire physiques dans les déchetteries : travail isolé, autorité conférée au gardien pour gérer le flux de circulation et pour le respect des règles de tri, usagers excédés par une attente particulièrement longue les jours d’affluence, riverains mécontents des bruits ou odeurs …
    L’interdiction d’enlèvement par des récupérateurs non autorisés, le refus d'accès à la décharge en dehors des heures d’ouverture au public ou le refus de certains déchets peuvent aussi provoquer des conflits avec les agents des déchetteries.
    La violence peut s’exprimer par un comportement physique menaçant, un comportement verbal agressif et parfois par une agression physique.
    Ces violences subies fréquemment peuvent avoir des répercussions sur la santé physique ou psychique de l’agent, ceci quelle que soit la gravité de l'atteinte physique : le stress permanent engendré peut entrainer une perte de confiance en soi, des symptômes d’anxiété.

Les mesures de prévention des risques des agents des déchetteries

Les mesures de prévention doivent être adaptées au type de travail et de déchets, à l’organisation ou aux équipements utilisés.
Dans tous les cas, une évaluation a priori des risques est indispensable et obligatoire dans le document unique de sécurité (DUS), mis à jour au moins annuellement ainsi que lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions d'hygiène et de sécurité ou les conditions de travail (nouvelle installation ou nouvelle organisation).

Les mesures de prévention essentielles résident dans la conception des aires de circulation, des aménagements et des espaces de travail, le strict respect des règles d'hygiène, la protection individuelle et la formation à la sécurité.

  • Les mesures de protection collective
    La bonne conception de la déchetterie (plan d’accès, de circulation et de décharge, signalisation) est essentielle pour assurer la sécurité des gardiens (et des usagers …).
    Le plan de circulation permet de définir le cheminement des usagers, des piétons et des véhicules amenant et récupérant les bennes avec une signalisation horizontale et verticale bien claire (vitesse limite, entrées et sorties séparées, étiquetage des zones de décharge des produits, balisage, panneaux, marquage au sol, …) pour éviter les risques de croisement et de collision de véhicules ou de heurts avec des personnes.
    Les bennes doivent être munies de garde-corps évitant la chute dans les bennes et éventuellement de bâchage mécanisé. Un local chauffé et ventilé doit être mis à disposition des gardiens servant à la fois de bureau administratif, de vestiaire et de sanitaires (toilette, lavabos et douche), avec extincteur et trousse de premier secours. Le stockage des produits chimiques doit s’effectuer dans des locaux bien ventilés et fermés à clef avec une zone de rétention ou dans conteneur avec bac de contention en cas de risque de déversement (des caisses-palettes en plastique par exemple) : les Déchets Ménagers Spéciaux (DMS) ne doivent pas être stockés à même le sol, doivent être rangés selon leur compatibilité et leur type, avec un système d’identification de leurs dangers et l’interdiction de fumer. La limitation des ports de charges lourdes ou des efforts de préhension est réalisée au moyen de la mise à disposition d’aide à la manutention manuelle (diables, brouettes, chariots, pinces…).
    Un règlement intérieur indiquant les règles de fonctionnement de la déchetterie et une procédure d’intervention et d’évacuation du site en cas de sinistre, formalisent et récapitulent les dispositions en matière de sécurité.

  • Les mesures de protection individuelle
    L’équipement de protection individuelle (EPI) reste incontournable : gants de manutention et de protection chimique (en néoprène ou nitrile), gilet de haute visibilité de classe 2, chaussures ou bottes de sécurité, vêtement de pluie et de froid, lunettes de protection, casquette, bouchons d’oreille.
    Toutefois, l’EPI ne doit jamais être considéré comme totalement efficace. Dans le dispositif préventif, il est faut tenir compte :
    - de la vaccination d’une part (tétanos, leptospirose, typhoïde, hépatites A et B),
    - de l’importance des règles d’hygiène : lavage fréquent des mains avec mise à disposition d’équipements adéquats (postes d’eau …), revêtements du local faciles à nettoyer (lisses et non poreux), différenciation nette des périodes de travail et des pauses repas, entreposage séparé des vêtements de ville et de protection,
    - Une trousse de secours régulièrement contrôlée et approvisionnée doit permettre des soins rapides de toute blessure, même légère. Il faut disposer d’une trousse de secours avec des produits non périmés, en particulier pour désinfecter soigneusement et panser immédiatement toute plaie cutanée.

  • Les mesures d’information et de formation
    La multiplicité, la fréquence et la gravité potentielle des accidents du travail et maladies professionnelles dans le gardiennage des déchetteries nécessitent d’entreprendre des actions de sensibilisation et de formation des travailleurs à la sécurité. - Formation du personnel sur les dangers des produits chimiques des DMS et sur les moyens de se protéger (par exemple savoir lire attentivement l‘étiquette du contenant des produits et connaître les symboles présents sur les récipients, utiliser les E.P.I adéquats). - Formation sur les premiers secours pour pallier les conséquences d'un éventuel accident de travail. - Formation PRAP (Prévention des Risques liés à l'Activité Physique) pour prévenir les risques liés aux manutentions manuelles. Il s’agit d’apprendre les bonnes postures de travail, les positions articulaires adéquates, en appliquant les principes de base de sécurité physique et d’économie d’effort. - Formation à l’accueil et à la gestion des conflits. - Formation aux règles d’hygiène. - Formation à l’utilisation des extincteurs. - Formation aux risques électriques.

- Conception des déchèteries. Intégration de la santé et de la sécurité : INRS ED6143, 63 pages


Octobre 2016