Regards d’opérationnels


Regards d’opérationnels :
Jean-Marc Kervellec,

expert prévention des risques, Mecaplast

 


Comment décririez-vous vos fonctions au sein de votre entreprise ?
Mecaplast est une entreprise d’équipements automobile de rang 1, c’est-à-dire qu’elle fournit directement les constructeurs automobiles, en pièces plastiques pour le moteur ou la carrosserie. Mecaplast, dont le siège social se situe à Monaco, est implantée dans le monde entier : Europe occidentale et centrale, Turquie, Chine, Mexique, Brésil…, et emploie 5 500 personnes.

Mecaplast gère les risques sur un modèle anglo-saxon de risk management. Au sein du groupe, j’assume les fonctions d’« expert prévention des risques » : je suis en quelque sorte consultant interne pour toutes les entreprises Mecaplast, quelle que soit leur implantation, sur les questions de risques nuisibles à la performance industrielle, dans les domaines de la santé-sécurité au travail, de la protection de l’environnement et des biens de l’entreprise. Du fait de l’implantation internationale du groupe, nous devons nous accommoder des différences culturelles et législatives. Ma mission consiste alors à développer une culture du risque, relevant de bases techniques similaires, quel que soit le lieu où se situe l’entreprise.

Mecaplast ne comporte sciemment pas de service étoffé pour remplir cette mission, puisque je suis le seul à remplir la fonction d’expert prévention. Deux raisons ont guidé ce choix : d’une part, la création d’un tel service serait trop coûteuse pour l’entreprise ; d’autre part, nous pensons que la prévention des risques n’est pas une fonction, mais un principe qui doit être intégré et partagé par tous. Aussi, mon travail peut être assimilé à celui d’animateur, qui fournit des outils, partage les connaissances... Au sein de chaque implantation de Mecaplast, un responsable prévention assume la même fonction et constitue un relais important de mon travail.

Quelles démarches de protection de l’environnement mettez-vous en oeuvre ?
L’entreprise est certifi ée ISO 14 001 dans le domaine de l’environnement et OHASS 18 001 en matière de sécurité. Cette certification, demandée par nos clients, nous conduit à être régulièrement audités, notamment sur la question du respect des prescriptions légales. Par voie de conséquence, la prévention des risques repose chez Mecaplast sur un management intégré des risques, élaboré sur la base des référentiels de management, que je considère comme de très bon outils.

Mon discours auprès des différentes entreprises du groupe n’utilise jamais l’expression « contrainte réglementaire » : je considère au contraire toujours les dispositions juridiques comme des opportunités pour l’entreprise. D’ailleurs, si je présentais aux opérationnels la réglementation comme une contrainte, je risquerais de me heurter à des blocages préjudiciables tant à l’environnement qu’à l’entreprise. Je ne me considère donc pas comme un « adjoint de l’administration » faisant appliquer les dispositions environnementales au sein de l’entreprise. Je présente toujours une disposition juridique de manière à l’intégrer à un aspect de management, en en faisant ressortir l’intérêt pour l’entreprise. La plateforme. Preventeo que nous utilisons constitue à ce titre un bon outil nous permettant de prendre connaissance des exigences juridiques applicables à nos entreprises. Les mesures de protection de l’environnement prévues par la législation sont ainsi envisagées d’un point de vue positif, comme un moteur visant à améliorer la performance économique. La crise économique induit aussi des effets positifs pour l’entreprise. Elle nous oblige à surveiller nos dépenses et, de ce fait, conduit à affiner notre stratégie pour réduire l’impact de nos activités sur le terrain.

Au sein du groupe, les nouvelles contraintes juridiques, notamment le règlement REACH, ont-elles conduit à des évolutions ?
Je considère les évolutions juridiques dans le domaine environnemental comme logiques et normales, compte tenu de l’exigence de préservation de l’environnement. Le règlement REACH, même s’il entraîne une lourdeur administrative, a constitué une bonne opportunité pour relancer la démarche visant à une « éco-safe conception » de nos produits, en intégrant aussi nos fournisseurs dans notre démarche environnementale.

En ce qui concerne la responsabilité environnementale des entreprises, elle symbolise la peur du coup de bâton, la peur du gendarme. Les évolutions sont là aussi logiques et normales, car le non-respect des prescriptions environnementales doit être sanctionné. La loi constitue un guide technique, qui doit être complété par une sanction en cas de non-respect. Elle constitue, pour les entreprises, une bonne stimulation dans leur démarche environnementale.

Comment Mecaplast se positionne-t-elle par rapport à ces évolutions juridiques ?
Avez-vous défini une stratégie pour anticiper ces évolutions ? Nous avons effectivement défini une stratégie au sein du groupe : éviter de polluer dès l’amont de nos processus de fabrication. Mon message, en tant qu’expert de la prévention des risques, est simple : respecter les procédures qui ont été définies et qui intègrent les prescriptions de protection de l’environnement. Ce message simple, qui n’est pas un discours juridique, passe très facilement au sein des opérationnels. En appliquant les référentiels de management environnemental, en effectuant des contrôles réguliers de nos activités, en développant un suivi sur le terrain, nous avons comme objectif d’éviter de polluer, pour éviter que notre responsabilité environnementale ne soit mise en jeu. Nous avons malgré tout à gérer un problème de « points noirs », c’est-à-dire des sites présentant une pollution historique. Notre démarche consiste dans ce domaine à nous prémunir d’une éventuelle responsabilité, en effectuant des expertises pour déterminer l’ancienneté de la pollution, c’est-à-dire le moment t0 à partir duquel nous serons juridiquement responsables du fait de la pollution générée par nos activités.

Notre politique est plus que jamais de développer « l’éco-safe conception » et de travailler également sur les comportements de travail et les procédures de sécurité. Mettre en oeuvre cette démarche permet de nous positionner par rapport aux évolutions juridiques et notamment aux évolutions de la réglementation communautaire. À mon avis, anticiper les évolutions juridiques, c’est d’abord agir sur le terrain, pour polluer le moins possible. Cela n’exclut bien évidemment pas d’effectuer une veille réglementaire, mais cette veille ne se traduit pas forcément en mesures immédiates sur les sites.

Il reste néanmoins des efforts à fournir. Par exemple, nous travaillons actuellement à la définition d’indicateurs pour mesure le bilan carbone de notre activité sur tous les sites.

Jean-Marc Kervelle de Mecaplast

 


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