La prévention des risques professionnels des chauffagistes

Les contraintes physiques du métier de chauffagiste (manutention de charges lourdes, postures de travail inconfortables), les produits chimiques rencontrés (amiante, plomb, suie…) ou utilisés (détartrants, fluides frigorigènes, colles …), le gaz ou l’électricité, les bactéries présentes dans les réseaux de climatisation, sont à l’origine de multiples risques professionnels, pour lesquels des moyens de prévention collective et individuelle doivent impérativement être mis en œuvre.

Le chauffagiste installe, met en service, et assure l’entretien des appareils de combustion industriels ou domestiques et de leurs tuyauteries (brûleur et chaudière fioul ou à gaz, cheminées…) et des appareils de traitement de l’air (filtres, gaines de ventilation mécanique contrôlée, climatiseur…).
Si certains travailleurs sont spécialisés dans une seule activité (frigoriste, calorifugeur), d’autres au contraire sont polyvalents et de nombreux plombiers exercent également le métier de chauffagiste.

Les principaux risques professionnels des chauffagistes

  • Les risques physiques du chauffagiste

    Les interventions d’installation ou d'entretien des chauffagistes nécessitent des manutentions manuelles lourdes (éléments de chaudières, tuyauteries, radiateurs, appareils de climatisation …) et comportent des contraintes posturales dans des positions inconfortables (à genoux, voire couché, en torsion…) et souvent dans des espaces restreints et peu éclairés (sous-sols, vides sanitaires), avec une forte sollicitation des membres (bras tendus ou en l'air).

    Il en résulte l’apparition d’atteintes ostéo-articulaires fréquentes : tendinites du coude, de l’épaule, douleurs cervicales et lombaires, hygroma du genou (ou bursite) causé par des microtraumatismes répétés du fait des postures prolongées sur le genou (Maladie Professionnelle n° 57 D).

    Par ailleurs, les causes d'accidents sont nombreuses suite à :
- des chutes de plain-pied sur des sols inégaux, glissants, ou à des chutes de hauteur ou d’objets depuis des échelles, escabeaux ou échafaudages,
- des opérations de soudure,
- des opérations de saignées pour la pose de tuyauteries encastrées ou de percement des murs par d’utilisation d’outils pneumatiques vibrants (perforateur, brise-béton,) de machines portatives (perceuse, tronçonneuse à disque …).
  • Les risques chimiques du chauffagiste
Les dangers potentiels liés à l’utilisation de produits chimiques sont nombreux et présentent trois grands types de risque important :

- Le risque cancérogène

Les interventions sur matériaux contenant du plomb (anciennes canalisations) et sur matériaux contenant de l’amiante (calorifuge, flocage, joints, …), les opérations de ramonage (suies contenant des hydrocarbures polycycliques aromatiques) sont susceptibles d'exposer à l'inhalation de poussières et au contact d’agents cancérogènes conduisant à de graves maladies pulmonaires (asbestose) , ou cancers du poumon, de la plèvre, ou de la peau qui peuvent se déclarer très longtemps après l'exposition.
Les poussières de fibres céramiques réfractaires ont un risque cancérogène moindre, classé en catégorie 2 (possibilité pour ces produits d’être cancérigène pour l’homme).

- Les risques toxique, irritant, corrosif, allergique

L’application ou pulvérisation de colles en solution dans un solvant (colle PVC…) ou à deux composants (époxy…) ou de peintures, le dégraissage de surfaces, matériels ou matériaux, l’injection ou projection de mousses d’isolation (polyuréthane…) impliquent l’utilisation de nombreux composés organiques volatils (COV). Du fait de leur volatilité, les vapeurs de ces COV utilisés par les chauffagistes se retrouvent en concentration variable mais élevée dans des milieux confinés (caves…) dans lesquels ils travaillent souvent, induisant une exposition respiratoire et parfois cutanée : lors de l'inhalation de COV (particulièrement les solvants), ceux-ci pénètrent dans les poumons et passent directement dans le sang, puis dans le cœur et le cerveau, induisant des irritations des yeux et de la gorge, des organes respiratoires, des troubles cardiaques et digestifs (nausées…), des maux de tête.
Les poussières de fibres céramiques réfractaires lors d’opérations sur des portes de brûleur, de montage et démontage des fours, chaudières et cheminées… peuvent provoquer des irritations de la peau, des yeux et du système respiratoire et aggraver des circonstances existantes telles que dermatite, asthme ou maladie chronique des poumons.

Le chauffagiste utilise aussi différents produits et procédés qui peuvent entraîner un effet corrosif pour la peau : acides, détartrants, décapants (par exemple : soude, acide chlorhydrique).

Le détartrage acide de chaudières par l’hydrogène arsénié peut provoquer une intoxication répertoriée dans le tableau n°21 des maladies professionnelles (hémoglobinurie, ictère avec hémolyse).

L’hydrate d’hydrazine utilisé comme produit anticorrosion des circuits eau-vapeur fermés des chaudières industrielles présente des risques pour la santé des personnes le manipulant, tels que irritation des muqueuses, allergies, voire possible effet cancérogène.

A part leurs effets d’anoxie (appauvrissement du taux d'oxygène présent dans l'air qui en dessous d'un certain seuil provoque différents symptômes pouvant aller jusqu'à la perte de connaissance et qui diminuent les capacités d’alerte et de réaction) lors d’une fuite ou déversement important, les fluides frigorigènes, hormis l’ammoniac, ne présentent pas beaucoup de dangers pour la santé : l’ammoniac a, par contre, des propriétés irritantes et corrosives majeures sur les yeux, les poumons et la peau.
Les fumées de soudage (gaz, vapeurs et particules métalliques) sont irritantes ou toxiques, et sont responsables de diverses pathologies importantes : effets respiratoires aigus (toux, dyspnée associées à une hyperactivité bronchique), effets respiratoires chroniques après une exposition régulière et prolongée (sidérose, asthme, broncho-pneumopathies chronique, cancers …).

La plupart des produits utilisés par les chauffagistes (mais surtout les colles, ciment de rebouchage, laine de verre ou de roche, peintures anticorrosion…) sont susceptibles de provoquer des atteintes allergiques cutanées (eczéma et urticaire) et/ou respiratoires (rhinite et asthme).

Le risque des résines formo-phénoliques dans les fibres des matériaux de calorifugeage des tuyauteries ou des équipements thermiques, vient de l'aldéhyde formique (formol) résiduel susceptible d’émaner du produit lors de la pose ou de l’utilisation, qui peut causer des dermites et de l'asthme.
  • Les risques biologiques du chauffagiste

    Les milieux confinés, humides, proches des locaux à ordures ménagères ou réseaux d’égout, dans des sous-sols, caves ou vides sanitaires insalubres, dans lesquels se trouvent fréquemment les canalisations et installations de chauffage et de climatisation, sont propices à la prolifération d’agents infectieux et de rats.
Aussi, les chauffagistes et frigoristes sont exposés à des risques de maladie par inhalation ou contacts avec des eaux ou objets contaminés ou morsures d’animaux infectés :

- Les pneumopathies d'hypersensibilité sont des maladies pulmonaires dues principalement à l'inhalation de moisissures ou de bactéries, appelée encore maladie des climatiseurs ou des humidificateurs, dans le cas des frigoristes,
- La légionellose est une maladie pulmonaire de l’entretien des unités de climatisation, souvent contractée à la remise en route des installations telles que les tours de refroidissements et les climatiseurs dans lesquels les bacilles de légionelles se sont multipliés plus facilement pendant la période d'inactivité,
- La leptospirose est transmise par les urines et les déjections du rat, et provoque une maladie dont les symptômes associent fièvre, frissons, douleurs musculaires et céphalées, puis atteintes viscérale, hépatique si non soignée.
- Le tétanos peut être contracté lors de blessures ou piqures.
- Les hépatites virales et la poliomyélite peuvent être transmises par contact avec des eaux stagnantes.
  • Les risques de l’électricité et du gaz
L’électrisation/électrocution par contact avec un conducteur sous tension ou par utilisation d’outillage mal entretenu ou de prises défectueuses, l’intoxication au gaz lors de la dépose, purge d’une chaudière par exemple, sont des dangers potentiels pour le chauffagiste, au même titre que les risques d’explosion et d’incendie.

Les mesures de prévention des risques professionnels des chauffagistes

  • Formation, habilitations et attestations de capacité

    Les bons gestes professionnels et une bonne connaissance des risques et des moyens pour y faire face sont la meilleure prévention.

    Les diplômes d’agent ou de technicien d’installation et de maintenance en chauffage et climatisation (CAP, BEP, Brevet professionnel, BTS selon le niveau de qualification) sont nécessaires pour connaître et/ou faire respecter les mesures de sécurité pour les interventions sur les appareils de combustion ou de climatisation et les circuits de gaz caloporteurs ou frigorifiques.

    Une Attestation de Capacité délivrée par un organisme agrée est exigée pour les opérations concernant les équipements, les systèmes et installations de réfrigération, de climatisation, contenant des fluides frigorigènes.

    Il est nécessaire d’avoir l'habilitation soudure gaz, PGN (gaz naturel) et PGP (gaz propane) pour les opérations de soudage.

    opérations de soudage. Une formation préalable des travailleurs susceptibles de provoquer l’émission de fibres d’amiante doit être suivie par tout travailleur avant la toute première intervention pouvant exposer à l'amiante.

    Ces formations initiales doivent être complétées par des formations complémentaires et mises à jour régulières (habilitation électrique, risque chimique, risque biologique, secourisme du travail, manutentions et postures PRAP, formation de recyclage amiante …).
  • Les mesures de prévention collective
- Prévention collective des risques physiques des chauffagistes

La prévention des risques de manutention passe par l’utilisation de moyens de levage, d’aides mécaniques comme pour l’évacuation des suies de ramonage par exemple.

La plupart des chutes de plain-pied et d’objets trouvent leur origine sur un chantier mal organisé et mal rangé.
A ce titre, le balisage, l’éclairage et la sécurisation des voies de circulation par suppression des passages dangereux sont essentielles ainsi que le rangement en permanence des locaux techniques (palettes, câbles, tuyauteries, matériaux et outils divers…) et l’accès facile aux éléments essentiels des chaudières.

- Prévention collective des risques chimiques des chauffagistes

Le contrôle atmosphérique avant pénétration dans les locaux ou gaines techniques est nécessaire pour établir un diagnostic avant les travaux.

La limitation de la propagation des COV et des poussières dans l’air et par suite l’exposition des chauffagistes à leur inhalation nécessite d’assurer une concentration dans l’atmosphère la plus basse possible par une aération satisfaisante, l’installation d’un système de ventilation efficace avec extraction de l’air pollué et introduction d’air neuf, l’aspiration des fumées à la source. Un aspirateur à filtre absolu doit être utilisé pour nettoyer le chantier, en particulier des poussières issues du ramonage.

On peut également rechercher à substituer des procédés dangereux par d’autres méthodes de travail, quand c’est techniquement possible, par exemple remplacement la soudure par des raccords prêts à l’emploi.

- Prévention collective des risques électriques et d’incendie des chauffagistes

Pour mettre les chauffagistes en sécurité, il faut procéder à la consignation des équipements, c’est à dire l’ensemble des moyens de protection mis en place temporairement, dispositions qui permettent de les mettre et de les maintenir en sécurité.
Il s’agit de séparer l’équipement de sa source d’énergie ou de la libération d’une énergie résiduelle (tension électrique, pièces mécaniques en mouvement, fluides sous pression, gaz…) : fermeture de la vanne de gaz ou fuel, vérification de l’absence d’énergie électrique…

La condamnation de cette séparation doit toujours être signalée par affichage pour information claire et permanente de la réalisation de la condamnation (étiquettes de consignation, délimitation et balisage de la zone d’intervention…).

Des extincteurs doivent se situer à proximité des postes de travail, en nombre suffisant, et aisément accessibles, de même que des couvertures anti-feu. Les issues de secours doivent être signalées et avoir été repérées au préalable, pour faciliter une éventuelle évacuation d’urgence.
  • Les mesures de prévention individuelle

- Le port de chaussures de sécurité, casque, protections auditives contre le bruit, gants font partie des équipements individuels classiques.

- Plus particulièrement pour les chauffagistes, il convient d’utiliser :
  • des protections spécifiques individuelles pour les genoux qui réduisent le risque d’hygroma : genouillères ou utilisation de supports siège-genou lorsqu'il est nécessaire de travailler agenouillé.
  • une combinaison jetable portée au-dessus des vêtements de travail, un masque anti-poussières de type FFP3.
  • une crème barrière cutanée, et une crème de protection pour une bonne hygiène des mains.
  • casque de soudeur avec écran en matériau adapté ou lunettes avec verre adéquat.
- Vaccinations régulières DT Polio et éventuellement Typhoïde, Hépatites A et B, et Leptospirose pour le personnel travaillant au contact des eaux usées et dans des lieux susceptibles d'être souillés par des rats.


Mai 2011