La prévention des risques des métiers de la puériculture et de la petite enfance

Les métiers de la puériculture et de la petite enfance emploient de très nombreuses salariées dans les nurseries des maternités, les pouponnières, crèches, garderies, centres de protection maternelle et infantile (PMI) et à domicile. Ces métiers, quasi-exclusivement occupés par des femmes, concernent les puéricultrices, auxiliaires de puériculture et les assistantes maternelles. Ces professions sont confrontées à plusieurs risques physiques, biologiques et psychologiques, auxquels on peut apporter une réponse par des mesures de prévention. Le risque d’apparition de troubles dorsolombaires et de tendinopathies des membres supérieurs est particulièrement fréquent du fait du port et de la manipulation des bébés, et les activités liées aux soins des jeunes enfants exposent au risque de contracter des maladies, d’autant plus graves que, pour la femme enceinte, ces postes exposent à des germes susceptibles de contaminer le fœtus.

La prévention des risques des métiers de la puériculture et de la petite enfance

Les métiers de la puériculture et de la petite enfance emploient de très nombreuses salariées dans les nurseries des maternités, les pouponnières, crèches, garderies, centres de protection maternelle et infantile (PMI) et à domicile.
Ces métiers, quasi-exclusivement occupés par des femmes, concernent les puéricultrices, auxiliaires de puériculture et les assistantes maternelles.
Ces professions sont confrontées à plusieurs risques physiques, biologiques et psychologiques, auxquels on peut apporter une réponse par des mesures de prévention. Le risque d’apparition de troubles dorsolombaires et de tendinopathies des membres supérieurs est particulièrement fréquent du fait du port et de la manipulation des bébés, et les activités liées aux soins des jeunes enfants exposent au risque de contracter des maladies, d’autant plus graves que, pour la femme enceinte, ces postes exposent à des germes susceptibles de contaminer le fœtus.
La dimension relationnelle de l'emploi (exigences et violences des parents), le bruit (cris et pleurs des bébés), l’agitation perpétuelle des enfants, les cas de maltraitance infantile rencontrés, entrainent une lourde charge psychologique. Le stress ainsi subi de manière répétée, peut entraîner une altération de la santé mentale et des troubles psychosomatiques des puéricultrices et de leurs assistantes.

Les principaux risques des métiers de la puériculture et de la petite enfance


  • Les risques physiques

Le port répété des enfants, les soins aux bébés, le déplacement des berceaux et chariots, le rangement des objets souvent ramassés au sol… entrainent des efforts physiques et des postures contraignantes avec l’obligation de se pencher souvent en avant, s’accroupir… et de s’adapter à la taille des jeunes enfants et à du matériel et mobilier non adaptés à la hauteur d’un adulte.
Les métiers de la puériculture sont ainsi particulièrement exposés à des troubles musculo-squelettiques et affections périarticulaires : lombalgies et lésions des disques inter vertébraux, lésions de ligaments (tendinites de l'épaule et du coude par exemple chez les assistantes maternelles), douleurs sciatiques, lésions chroniques du ménisque…
Par ailleurs, la station debout et prolongée avec piétinement expose à des troubles circulatoires et veineux.
Les troubles vocaux (fatigue et modification de la voix) touchent aussi les gardiennes d’enfants : les bruits permanents et prolongés des enfants exigent à la fois une utilisation et une élévation de la voix constantes, ce qui entraine l’apparition d’aphonie temporaire (extinctions de voix) et de douleurs laryngées.
Enfin, les risques de chutes de plain-pied sur des sols souvent glissants aux abords des lavabos, WC, ou encombrés par des jouets, sont la source de lésions cutanées et/ou ostéo-articulaires (foulure, entorse, plaies, contusions, voire fracture).

  • Les risques biologiques

Les activités de la petite enfance exposent au risque de contracter fréquemment des affections de la sphère oto-rhino-laryngologique et des gastro-entérites, des maladies comme la rubéole, la toxoplasmose, la varicelle, les infections à cytomégalovirus et parvovirus B19 (donnant un mégalérythème épidémique), les hépatites virales etc. Pour la femme enceinte, ces postes exposent à des germes susceptibles de contaminer le fœtus ou plus virulents pour elles en l’absence d’immunité satisfaisante.

La transmission des agents infectieux véhiculés par les liquides biologiques lors des soins (sang) ou de nursing ou d’allaitement (selles et urine des couches, linge souillé par des vomissures et régurgitations …), les griffures, sont des situations fréquentes à risque infectieux.

La contamination peut se faire par contact direct avec l’enfant par voie respiratoire ou cutanée (notamment affections rhino-pharyngées et bronchiques, gastroentérite, hépatites, staphylococcie etc.…).
Tout contact avec du sang ou un liquide biologique sur une peau lésée par une effraction cutanée (piqûre ou coupure) ou une projection sur une muqueuse (œil, bouche) est potentiellement contaminant.

  • Les risques psychologiques

Les risques psychologiques des métiers de la puériculture et de la petite enfance proviennent de trois sources : les contraintes organisationnelles de la profession, les nuisances dues au bruit et à l’agitation des enfants, et surtout les difficultés relationnelles avec les parents.

- Les contraintes organisationnelles
En maternités, les plannings et les horaires peuvent être très contraignants (horaires décalés, travail le week-end et les jours fériés) entrainant une perturbation de la vie sociale et familiale et celle des rythmes chrono-biologiques ;

En PMI, les puéricultrices peuvent être amenées à se déplacer de façon impromptue en cas d'urgence ; en crèches et garderies, il faut souvent se dépêcher et subir des interruptions fréquentes de tâches concomitantes pour faire face à des appels et incidents variés et faire face à d’éventuels dépassements d'horaire ;

A domicile, l’assistante maternelle a des responsabilités lourdes de garde et de soins à assumer en isolement psychologique, et doit être capable de faire face à des situations d'urgence.

- Les nuisances dues au bruit et à l’agitation des enfants

Surtout dans les grandes structures où les enfants sont nombreux, le bruit généré par les enfants (cris, pleurs,…) entraine un niveau sonore élevé source de stress et de fatigue. L’agitation permanente due à l’énergie débordante des jeunes enfants peut aussi être éprouvant nerveusement.

- les difficultés relationnelles avec les parents

D’une manière générale, les services publics focalisent toutes les frustrations sociales dont l’Etat et la société sont rendus responsables, générant un sentiment d'insatisfaction, même injustifié, vis-à-vis de la rapidité et de la qualité de prise en charge ou une suspicion de contrôle ou d’abus d’autorité, avec augmentation de la violence de certains usagers.

Les services de puériculture et de la petite enfance n’échappent pas à cette tendance lourde des comportements sociaux actuels, avec une dimension relationnelle de plus en plus largement sollicitée.
Les agressions des parents, verbales, voire physiques, régulières et répétées entrainent des traumatismes psychologiques.
Ce risque de violence est encore beaucoup plus marqué pour les puéricultrices de PMI qui effectuent des déplacements dans les domiciles des familles pour informer les parents, donner des conseils sur l’hygiène et l’alimentation de l’enfant et prévenir des risques liés à la petite enfance, négligence ou maltraitance notamment.
Cette mission, souvent interprétée par les parents comme un contrôle et s’effectuant en situation de travail isolé, cumule les facteurs professionnels qui augmentent le risque de violence.

Evaluer les situations d'enfants en danger, discerner le caractère urgent d’une situation pour alerter les responsables des services sociaux, être souvent le témoin de drames familiaux (violences conjugales), être confrontée à la difficulté de dialoguer avec des parents issus de milieux très divers parfois en grande difficulté financière ou psychologique (alcoolisme, drogues, prostitution notamment), induisent un stress important menaçant l’équilibre personnel, surtout chez les jeunes femmes fraîchement diplômées manquant de maturité professionnelle (stress vicariant ou compassionnel).

La fatigue psychologique qui résulte des actes de violence ou d’usure compassionnelle, pouvant parfois aller jusqu'à l'épuisement nerveux et la dépression, est la conséquence de l’excès de tous ces facteurs stressants qui se cumulent à la longue, entraînant de nombreuses conséquences psychosomatiques : perturbations du sommeil, crises d’angoisse, troubles gastro-intestinaux (ulcères…), troubles du comportement et alimentaires (boulimie), maladies cardio-vasculaires, troubles hormonaux.

Les mesures de prévention des risques des métiers de la puériculture et de la petite enfance

Les mesures préventives résident :
- dans une saine organisation et des aménagements ergonomiques et acoustiques des équipements et des espaces de travail,
- dans le respect des règles d’hygiène, avec des équipements de protection individuelle adaptés et la vaccination,
- dans la nécessité qu’une information et une formation soient données au personnel sur les risques spécifiques du métier de puéricultrice, notamment sur les gestes et postures et sur la gestion des tensions émotionnelles face à l’agressivité des parents.

  • Les mesures de prévention techniques

Il convient d’agir en priorité sur la conception ergonomique des locaux et des équipements de travail, une bonne organisation, le respect des règles d’hygiène, puis sur les équipements de protection individuelle adaptés, la vaccination et la formation.

- La protection collective des locaux et équipements
Les parties des locaux potentiellement glissantes (lavabos, WC) doivent aménagées en revêtements de sols antidérapants (carrelage anti-déparant).
Les locaux bien éclairés ne doivent pas comporter d’espace de circulation encombré, notamment les entrées, escaliers, issues de secours qui doivent être libres de tout obstacle, il convient de privilégier les surfaces libres dans l’agencement du mobilier.
Les équipements mis à disposition doivent comporter des aides techniques comme des chariots de service, des tabourets sur roulettes… afin d’éviter les manutentions inutiles, des matériels ergonomiques (escabeaux, plans de travail à hauteur) afin d’éviter les mauvaises postures.
Les locaux de travail doivent avoir des conditions de traitement acoustique, d’éclairage, et de climatisation satisfaisantes : en particulier, les parois des murs et les plafonds doivent être construits avec des matériaux absorbant le bruit, les différentes activités (soins, alimentation, jeux, repos) doivent être séparées par des cloisons.

- Une bonne organisation
L’organisation correcte des plannings pour permettre l'organisation d'une vie privée, une limitation des horaires décalés ou irréguliers et des changements inopinés, sont des mesures indispensables, avec une attention particulière pour le travail de nuit ou le travail posté : les contraintes du travail en horaires décalés et/ou de nuit peuvent être acceptées par certaines salariées, en fonction de facteurs personnels et/ou économiques, ce qui minimise grandement les risques.

- Le respect des précautions générales d'hygiène
Des précautions d'hygiène doivent être appliquées vis-à-vis de tous les enfants, quel que soit leur statut infectieux.
Il convient de respecter scrupuleusement les procédures pour les accidents d'exposition au sang.
Le lavage des mains pour la préparation des collations et des biberons, après les changes et les soins, le nettoyage et la désinfection des surfaces et jouets souillés, le transport du linge et des matériels dans un emballage fermé étanche, la gestion des déchets souillés, doivent faire l’objet de procédures rigoureuses.
Les points de lavage des mains avec des solutions hydro-alcooliques pour des besoins de désinfection après des contacts cutanés potentiellement contaminants, doivent être facilement accessibles, nombreux, complets et bien entretenus.
L’application de crèmes protectrices adaptées pour les mains permet d’éviter les irritations cutanées occasionnées par de fréquents lavages, et toute plaie doit immédiatement être désinfectée et pansée.
La tenue préférable est d’avoir les cheveux assez courts ou bien relevés et attachés, des ongles courts, et de porter très peu de bijoux.

- La protection individuelle
Les équipements de protection individuels sont indispensables au personnel de puériculture pour les soins et les toilettes : vêtements de travail (blouse, combinaison, tablier …), gants de protection en vinyle (pour éviter les risques d’allergie au latex), chaussures ou mocassins avec des semelles antidérapantes.
Le port de masque respiratoire peut éventuellement être nécessaire, soit un masque anti-projections lorsque la puéricultrice présente une affection rhino-pharyngée ou trachéo-bronchique, soit un masque de protection respiratoire type FFP2 pour la prise en charge d'enfants malades en cas de grossesse par exemple.

- La vaccination
Les vaccinations obligatoires (tétanos, diphtérie, poliomyélite, hépatite B, BCG après intradermo réaction tuberculinique) doivent être complétées par des vaccinations recommandées (hépatite A, coqueluche par le vaccin DTPCoq lors d’un rappel par exemple). La vaccination contre la rubéole est aussi conseillée, sous contraception, en cas de sérologie négative chez les femmes en âge de procréer, pour lesquelles il convient également d’effectuer un contrôle sérologique de la toxoplasmose, de l'infection au cytomégalovirus.

- La formation
      • Formation « PRAP petite enfance » pour apprendre les gestes et postures adaptés aux métiers liés à la puériculture
      • Formation à la manipulation et à la gestion de déchets et de produits souillés
      • Formation à l’application des précautions standard d’hygiène
      • Formation aux premiers secours

  • Les mesures de prévention psychologiques
La formation / sensibilisation des puéricultrices, surtout pour celles effectuant les visites à domicile, à la prévention des tensions émotionnelles et ses modes de gestion face à l’agressivité des parents est nécessaire : marche à suivre vis-à-vis d’une attitude verbale abusive, création de groupes de parole avec l’encadrement et tenue de réunions régulières pour parler des types de relations les plus difficiles et des approches efficaces pour y faire face, permettant l’échange d’expériences pour être capable de gérer les relations conflictuelles, améliorant la connaissance et l’adaptation à la diversité culturelle.
La notion de soutien social - aide apportée par les collègues et la hiérarchie dans la réalisation des tâches et degré d’intégration dans le groupe et de cohésion sociale - est en effet un modérateur puissant des effets du stress au travail.
Le soutien psychologique doit être prévu par une procédure d'accompagnement et de prise en charge du stress afin d’en limiter les conséquences psychologiques et somatiques à l’aide d’une structure d'aide psychologique et d'écoute pour le personnel.

Il est important de disposer de techniques de dialogue et de communication qui contribuent à désamorcer les risques de violence : la formation à la gestion des conflits et du stress (techniques de « coping », afin d'obtenir un meilleur contrôle émotionnel) est dispensée par des cabinets de conseil spécialisés : les stratégies de coping sont efficaces parce que l'individu finit par s'habituer par apprentissage à la même situation stressante et ses manifestations d'anxiété diminuent.
De plus, des actions, lors des visites médicales du médecin du travail, pour dépister de manière anticipatrice les troubles anxio-dépressifs des puéricultrices peuvent être nécessaires.

Par ailleurs, pour sortir de leur isolement, les assistantes maternelles ont un besoin important d’accompagnement dans leur activité : des réunions de concertation régulières pour exprimer ses problèmes professionnels à des collègues et aux puéricultrices et avoir des échanges avec elles sur la façon de surmonter les difficultés, une mise en place de procédures de remontée d’informations pour identifier les problèmes et discuter des solutions à envisager, participent à la prévention des risques psychologiques, apportent un soutien pour résoudre les soucis quotidiens avec les enfants ou avec les parents.


Juillet 2011