La prévention des risques professionnels des fleuristes


Le travail des fleuristes comprend la confection (parfois répétitive) de bouquets, gerbes, couronnes et de compositions florales dans un atelier et la vente en magasin ou sur des marchés, de fleurs ainsi que des plantes en pot, vertes et fleuries, des décorations et des produits phytosanitaires...


Le travail des fleuristes comprend la confection (parfois répétitive) de bouquets, gerbes, couronnes et de compositions florales dans un atelier et la vente en magasin (boutique de ville, en grande surface ou jardinerie) ou sur des marchés, de fleurs ainsi que des plantes en pot, vertes et fleuries, des décorations et des produits phytosanitaires. Les fleuristes travaillent dans des lieux à risques et, si ces risques sont loin d’avoir la gravité que l’on peut rencontrer dans certains secteurs industriels ou du BTP, ils sont par contre très fréquents. Le fleuriste utilise des outils coupants pour confectionner les bouquets et utilise des produits chimiques, notamment en bombes aérosols, pour lustrer les plantes, pour les protéger avec des produits phytosanitaires, d’où des risques de blessures et des risques chimiques causés par de nombreux irritants et/ou allergènes. Les présentoirs extérieurs et le stockage en chambre froide des fleurs exposent les fleuristes aux risques thermiques. Par ailleurs, la manutention des plantes, surtout en pots parfois lourds, et des autres matériels de la réserve ou du magasin, les gestes répétitifs pour réaliser les compositions florales génèrent des risques d’atteinte musculaire, tendineuse, vertébrale et des risques de chutes de plain-pied sur des sols humides, inégaux et/ou encombrés. De plus, la manipulation de végétaux comporte des risques allergiques cutanés ou respiratoires, et des risques de piqures et griffures pouvant s’infecter. Enfin, les magasins et ateliers des fleuristes sont des locaux à fort risque électrique du fait de l’ambiance humide, et comme tout commerce, peuvent être le lieu de violences de la part de la clientèle. Par des mesures de prévention appropriées, collectives et individuelles, on peut réduire toutes ces expositions et diminuer fortement les risques professionnels des fleuristes.

Les principaux risques professionnels des fleuristes

  • Les risques physiques de coupures et de piqures

L’utilisation d’instruments ou d’accessoires coupant tels que sécateur, épineuse, cutter, ciseau, couteau, serpette, agrafeuse, épingles, fils métalliques…, est à l’origine de coupures, de plaies ouvertes du poignet, des doigts et de la main pouvant se surinfecter (panaris…). Les piqûres, griffures avec des roses, des cactus, les coupures avec des herbes décoratives sont très fréquentes : nombreuses plantes présentent en effet en surface sur leurs tiges ou leurs feuilles des structures acérées (épines) ou des aiguillons barbelés (glochides) ou des soies (trichomes) qui entrainent des lésions cutanées, responsables d’excoriations, d’inoculation septique, de granulomes et botriomycomes sur les doigts ou sur la main qui peuvent persister longtemps. La dermatite irritative mécanique, qui peut prendre des formes papuleuses, prurigineuses, peut aussi inoculer des microorganismes pathogènes (bactéries et mycobactéries) contenus dans les eaux stagnantes des vases, soucoupes, dans le terreau, les mousses....

  • Les risques allergiques de manipulation des végétaux

La multiplicité et la diversité des contacts avec de nombreuses plantes et fleurs, d’origine exotique pour certaines, amplifient le risque de se trouver face à un allergène pour le fleuriste.

Des plantes très communément utilisées, chrysanthème, tulipe, lys, primevère, gerbera, renoncule, géranium, narcisse… sont fréquemment associées à une dermatite de contact allergique : fissures et érythème des extrémités des doigts, des mains et des avant-bras.

Les réactions d'hypersensibilité immédiate se traduisent par de l'urticaire, des manifestations oculaires (conjonctivite) et/ou respiratoires (rhinite, asthme) en particulier pour les graminées et autres fleurs très pollinisées (pollinose de proximité du mimosa).

Les réactions d'hypersensibilité retardée se traduisent par un eczéma, ou une acropulpite le plus souvent chronique et localisée aux extrémités des doigts appelée « tulip fingers ». On peut également rencontrer des dermites irritatives de contact sans mécanisme allergique comme dans le cas de la manipulation des bulbes de jacinthes ou ce sont les cristaux d’oxalate de calcium contenus dans les enveloppes externes des bulbes qui sont responsables de l’irritation. En dehors du contact avec les végétaux, l’utilisation d’outils contenant du nickel (ciseaux, sécateur), et de gants de latex peut aussi entrainer des réactions allergiques.

  • Les risques chimiques de traitement des végétaux

L’utilisation de produits phytosanitaires, d’engrais liquide, de colorants et de lustrants en bombe  aérosol pour l’entretien des végétaux est très courante. Les produits phytosanitaires (insecticides, fongicides) et les produits en aérosol lustrant pour plantes vertes, colorant pour fleurs séchées, résine polyester et durcisseur pour créer une illusion d'eau, ont un risque d'effet allergisant mais aussi d'effet toxique (composés organiques volatils). Les fongicides (exemple : thirame pour feuilles des azalées, kalanchoé, cyclamens …) sont, parmi les pesticides, les substances ayant le plus fort pouvoir sensibilisant, pour les fleuristes traitant ou manipulant des fleurs traitées.

Ces produits chimiques créent des risques respiratoires comme des rhinites allergiques, parfois de l'asthme, des irritations respiratoires et des risques cutanés.

  • Les risques de chutes de plain-pied et de hauteur

Les chutes de hauteur depuis un escabeau (ou une chaise !) en équilibre instable pour attraper des objets sur une étagère ou décorer une vitrine, des glissades, faux pas, entraînant une chute de plain-pied sur un sol défectueux, mouillé, rempli de débris végétaux ou encombré (tuyaux d’arrosage, conteneurs pour plantes…) ou dans escalier abrupt et mal éclairé, sont très fréquentes avec plaies et hématomes, fractures et entorses. Par ailleurs, des objets mal empilés sur de grandes hauteurs, en équilibre précaire, des fixations de suspensions florales peu sûres, peuvent entrainer des chutes d’objets avec traumatismes crâniens.

  • Les troubles musculo-squelettiques (TMS) des fleuristes

La manutention manuelle des plantes et accessoires (pots, arrosoirs plein d’eau, matériel de décoration, rouleaux de papier d’emballage, présentoirs, sacs de terreau, cartons de bidons …), le rangement des fleurs en chambres froides, la confection de bouquets, de gerbes, de couronnes surtout en cas de fabrication à la chaîne, provoque des troubles musculo-squelettiques affectant les fleuristes qui regroupent un grand nombre de maladies chroniques affectant les muscles, les tendons et les nerfs au niveau des membres supérieurs (épaules, coudes, poignets), et les articulations de la colonne vertébrale. Ils se caractérisent par des douleurs et des gênes fonctionnelles (raideur,  maladresse ou une perte de force) qui peuvent devenir très invalidantes (lombalgie, épicondylite, syndrome carpien …).

La posture debout prolongée, le piétinement dans un espace restreint, le dos cambré et la tête penchée, le coude levé bras tendu, entraînent diverses pathologies ostéoarticulaires car il s’agit d’attitudes répétitives et de mauvaises postures.

Le travail debout et le piétinement en magasin peut être aussi la cause de pathologies circulatoires de type veineux : jambes lourdes, varices, œdème des membres inférieurs.
Le froid (travail à l’extérieur, en chambres froides) aggrave les conséquences dommageables de la manutention.

  • Les risques thermiques des fleuristes

Le fleuriste travaille dans des locaux humides et frais, à coté de présentoirs à l’extérieur ou accède à des chambres froides ou des serres chaudes pour les plantes exotiques. L’exposition à un froid et/ou une chaleur artificiels excessifs, aux courants d’air, à l’humidité, génère des conséquences pulmonaires ou ORL, des dermatoses (gerçures des mains humides).

  • Les risques électriques des fleuristes

Des risques électriques sont engendrés par l’utilisation d’une installation électrique dans une atmosphère humide. L’électrisation/électrocution par contact avec un conducteur sous tension (décorations lumineuses, rallonge …) ou par utilisation d’outillage mal entretenu ou de prises défectueuses, sont de graves dangers potentiels.

  • Les risques psychologiques des fleuristes

Comme pour tout commerce, le contact d’un employé avec un client instable ou violent implique un risque psychologique, aggravé du fait de l’isolement du travailleur seul en activité, avec présence d’argent en caisse. Cette vigilance nécessaire et cette contrainte relationnelle si elles sont permanentes, impliquent des traumatismes psychologiques répétés qui sont plus ressentis par les femmes, or le métier de fleuriste est majoritairement féminin. Cela peut avoir des conséquences psychiques (anxiété), ou somatiques (digestives, cardio-vasculaires). Par ailleurs, il peut y avoir une grande fluctuation hebdomadaire et saisonnière : périodes d’affluence avec surcharge de travail pour certaines fêtes, travail le week-end…, avec des horaires irréguliers, perturbant la vie sociale et familiale et générant du stress.

Les mesures de prévention des risques professionnels des fleuristes

Les moyens de prévention sont relativement simples à mettre en œuvre et efficaces ; mais le problème réside dans le fait qu’il y a une multitude de petites structures dans lesquelles les bonnes pratiques de prévention doit être diffusées. Aussi, c’est dès l'apprentissage que l’information sur les risques et la formation à la prévention doivent être intégrées aux programmes au même titre que les gestes techniques du métier, puis la formation doit être renouvelée tout au long de la carrière. Par ailleurs, si, à ce stade précoce de professionnalisation, des sensibilisations allergiques sévères se révèlent, il vaut mieux envisager une réorientation vers un autre métier qui sera moins traumatisante qu’après avoir commencé sa carrière, car il s’agit d’une inaptitude qui impose de ne pas affecter la personne à la présence de certains végétaux usuellement rencontrés par les fleuristes. En effet, une fois une allergie à une substance déclarée, tout contact même minime avec celle-ci peut provoquer une réaction cutanée ou respiratoire.

Les mesures de prévention essentielles résident dans l’installation des locaux, les aménagements ergonomiques du poste et des espaces de travail, le strict respect des règles d’hygiène et la protection individuelle.

Il convient d’évaluer les risques professionnels et de rédiger le Document Unique de Sécurité, qui est obligatoire pour tout établissement employant au moins un salarié : la retranscription de cet état des lieux doit conduire à l’élaboration d’un plan de prévention correspondant aux risques identifiés

  • La prévention collective

    - L’installation de l’atelier et du magasin

    • La bonne aération et ventilation générale permettent un renouvellement de l’air qui diminue la densité des polluants dans les locaux, en particulier celle des produits volatils, et celle des produits en bombes aérosols qui sont utilisés souvent et éventuellement dans des arrière-magasins et réserves de stockage confinés. Les entrées d'air doivent être compensées par des sorties forcées. L’utilisation de ces systèmes d’extraction d’air permet d’éviter les affections respiratoires. L'entretien régulier du système de ventilation (nettoyage des conduits d'extraction, changement des filtres) est une condition indispensable de bon fonctionnement.

      La refermeture systématique de tous les bidons et autres conteneurs de produits est aussi un moyen simple de limiter la présence de composés volatils dans l’air ambiant.

    • Les sols doivent être antidérapants et maintenus propres, secs et rangés pour éviter les chutes, avec dégagement des voies de passage. Il convient d’assurer l'entretien continu des locaux (nettoyage, élimination des déchets). Les inégalités de surfaces et/ou obstacles doivent être soit supprimés (bouchage des trous) ainsi que, si possible, les zones avec des différences de niveau, ou alors les munir de signalisation bien visible et moyens de protection (rampes, …).

    • L’installation électrique doit être conforme aux normes de sécurité électrique (norme NF C 15-100), ce qui est d’autant plus important si le travail s’effectue dans une atmosphère ou avec des mains humides. L’installation électrique (armoires électriques, fils et câbles, éclairage) doit être conforme aux normes de sécurité électrique, en particulier, la bonne mise à la terre doit être contrôlée, les prises de courant défectueuses remplacées, les prolongateurs et outils portatifs vérifiés… Un disjoncteur différentiel 30mA doit protéger le circuit électrique. Une liaison de terre équipotentielle doit relier toutes les parties métalliques présentes dans le magasin ou l’atelier.

    • L'environnement de travail doit offrir un éclairage suffisant, une ambiance sonore modérée, une température non excessive ou insuffisante.

    - Les équipements de l’atelier et du magasin

    • Comme toute entreprise recevant du public, les ateliers et magasins des fleuristes sont soumis à la réglementation ERP : mesures de prévention contre l'incendie et facilitation de l'évacuation du public, instructions obligatoires sur l'interdiction de fumer, les moyens de secours, … Les mesures à prendre en cas d’urgence (coupure, brûlure, numéro des services de secours) doivent être connues et visiblement affichées.

    • Les postes de travail doivent être équipés d’aide à la manutention (transpalettes, chariots roulants, diables, poignées de préhension), les présentoirs équipés de roulettes.Les sièges et les plans de travail doivent être réglables en hauteur pour être appropriés ergonomiquement à la tâche à réaliser. De plus, l'apprentissage et le respect de gestes professionnels corrects sont aussi garants d'une prévention des TMS.

    • Les outils du fleuriste doivent être choisis pour leur qualité technique et ergonomique : utilisation d’outils sécurisés (cutter à lame rétractable, ciseaux), sécateurs régulièrement affilés et affutés, manchons sur les outils métalliques pour éviter le contact avec le nickel (ou éliminer les instruments en contenant), réparation ou suppression de tout outil défectueux.

    • L’élimination des déchets doit être correcte, c'est-à-dire dans un collecteur ou conteneur spécialement adapté afin d’éviter toute blessure ou contact potentiellement contaminant.

    • Les équipements de stockage doivent être conçus et mis en place de manière à pouvoir supporter les charges et à empêcher la chute des objets des étagères, qui doivent par ailleurs être facilement accessibles et à faible hauteur.

    • Les escabeaux et échelles doivent être conformes aux normes CE (pieds antidérapants...).

    • La conception des lieux de travail pour prévenir la violence concerne l'éclairage adéquat, suffisant et à l’épreuve du vandalisme à l’extérieur et la surveillance électronique (systèmes de vidéo- ou de radio-surveillance, dispositifs d'alarme et d'alerte) à l’intérieur.

    - Les produits chimiques du fleuriste

    • En général, il convient d’utiliser les produits les moins volatils et les moins inflammables.

    • Les fiches techniques des produits (FDS) doivent être consultées attentivement et il faut se conformer rigoureusement au mode d'emploi, respecter les proportions, ne pas mélanger le produit avec d'autres non prévus. Les notices d'informations, incluses dans les paquets, et les avertissements détaillés sur les emballages spécifient les risques et rappellent clairement les conseils à suivre impérativement lors des manipulations.

    • Les produits chimiques (bombes aérosol, bidons) doivent être stockés dans un local technique par catégorie de produit, bien ventilé et loin d'une source de chaleur.
  • La prévention individuelle

    - La protection des mains

    Le travail des fleuristes doit se faire dans de bonnes conditions pour éviter les phytodermatoses et il convient de les former à la prévention des dermatoses professionnelles et à la protection cutanée.

    La lutte contre l’irritation est essentielle, elle comprend :

    • Lavage des mains sans détergent, avec des savons surgras, séchage avec une serviette sèche en tamponnant (sans frotter). Lavage systématique après manipulation de terreau.
    • Application régulière des crèmes pour les mains hydrophobes avant le travail et  hydratantes après.
    • Utilisation de gants en nitrile pour la manipulation des fleurs (ceux en vinyle, assez perméables aux allergènes ont peu d'effet protecteur) ou en cuir pour la manipulation de végétaux épineux ou pour l’utilisation d’outils tranchant.

    - La protection du corps

    • vêtement de travail (blouse …) lavée fréquemment pour éviter la salissure des tenues et l’imprégnation par les produits manipulés.
    • Le port de vêtements contre le froid est indispensable pour le travail en extérieur l’hiver et en chambre froide.
    • Chaussures ou mocassins avec semelle antidérapante.
    • Masque anti-poussière pour la manipulation de certaines fleurs très pollinisées, si nécessaire.

    - Le matériel de premier secours

    Une trousse contenant le matériel de premier secours (désinfectants, pansements, etc.) doit être mise à la disposition du personnel, et il faut vérifier souvent les dates de péremption du contenu.
    Toute plaie doit être immédiatement nettoyée, désinfectée et pansée.

    - Le respect des règles d’hygiène

    Des lavabos, postes de rinçage oculaire doivent se trouver à proximité des postes de travail. Ceux-ci permettent les mesures d'hygiène générale : lavage des mains fréquent avec moyens adaptés, douches oculaires pour ôter les projections de poussières ou autres corps étrangers dans les yeux.... En effet, le respect des règles d’hygiène s’étend aux comportements individuels : ne pas avoir les mains sales afin de ne pas ingérer par inadvertance un produit  toxique ou contaminé et ne pas manger sur le lieu de travail.
    Le personnel doit avoir à sa disposition des vestiaires et des sanitaires correctement équipés et en nombre suffisant. Des vestiaires doubles doivent être mis à la disposition des fleuristes : l’entreposage des tenues de travail doit avoir lieu à l’abri de la poussière et des souillures (le rangement des tenues de ville et des tenues de travail doit être séparé).

    - La vaccination préventive contre Diphtérie Tétanos Polio doit être à jour (tous les 10 ans).
    L’exposition des femmes enceintes à la terre et aux moisissures des eaux croupies (risque de toxoplasmose) doit être limitée.

      - La formation

    • Formation PRAP (Prévention des Risques liés à l'Activité Physique) : gestes et postures de travail pour améliorer l’ergonomie des mouvements.
    • Formation sur les dangers des produits utilisés et sur les moyens de se protéger : par exemple, comprendre les étiquettes du contenant des produits, informer sur le risque potentiel des phytodermatoses et sur les moyens de les prévenir, former aux premiers secours et à la conduite à tenir en cas d'une blessure cutanée.

Juin 2012