La prévention des risques professionnels dans les cimenteries


La production du ciment dans les cimenteries expose les cimentiers à des pathologies cutanées et respiratoires, dont certaines d'origine allergique, liées à la structure de poudre fine alcaline et irritante qui se répand dans l’air ambiant sous forme de poussières, et qui se dépose sur tous les sols et supports divers. Par ailleurs, la nature même des procédés de calcination dans des fours expose évidemment les cimentiers à de hautes températures ambiantes, et aux niveaux élevés du bruit des broyeurs...


La production du ciment dans les cimenteries expose les cimentiers à des pathologies cutanées et respiratoires, dont certaines d'origine allergique, liées à la structure de poudre fine alcaline et irritante qui se répand dans l’air ambiant sous forme de poussières, et qui se dépose sur tous les sols et supports divers. Par ailleurs, la nature même des procédés de calcination dans des fours expose évidemment les cimentiers à de hautes températures ambiantes, et aux niveaux élevés du bruit des broyeurs. De plus, il faut prendre en compte les risques professionnels non spécifiques à la cimenterie, liés aux manutentions, aux chutes de plain-pied, … Par des mesures de prévention collectives appropriées, on peut réduire toutes ces expositions et diminuer fortement les risques professionnels dans les cimenteries. De plus, le travail dans l'industrie cimentière exige que soient respectées les consignes sur les moyens de protection individuelle (port du casque, gants, masque de protection...).

Les principaux risques dans les cimenteries

Le ciment est massivement utilisé dans le bâtiment et les travaux publics comme liant hydraulique des matériaux durs (parpaings, briques…) ou fabrication d’ouvrages en béton, de banches, dalles, poutres… : c’est une poudre fine provenant du broyage du clinker, matière obtenue par la calcination à haute température d’un mélange de matériaux calcaires et argileux. La production de ciment comporte deux étapes, la préparation du clinker et son broyage. Les matières premières qui entrent dans la composition du clinker sont des roches calcaires (~80%) et argileuses (~20%), qui sont d’abord mélangées et broyées. Le mélange pulvérulent est ensuite calciné dans des fours à une température de l’ordre de 1400 °C, et après sortie du four et passage dans un refroidisseur, on ajoute au clinker divers adjuvants (résines époxydiques, gypse …) qui déterminent le temps de prise et d’autres propriétés du ciment fini (ciment Portland, prompt, hydraulique …). Le clinker est ensuite broyé, tamisé et emmagasiné en silo avant l’ensachage et l’expédition. Le ciment est composé principalement de silicate et d'aluminate de calcium et de petites quantités d’oxydes de magnésium, de silicium et de fer et d’hydroxyde de calcium (chaux) surtout dans les ciments à prise rapide, et quelques impuretés métalliques, comme le chrome, le nickel et le cobalt.

  • Risques chimiques des cimentiers

La forte alcalinité du ciment est un facteur important des risques chimiques du ciment, ainsi que les traces de chrome hexavalent, de cobalt et de nickel qu’il contient. Mais c’est la poussière qui engendre le risque majeur de la fabrication du ciment, du fait que ces particules sont irritantes et susceptibles d'atteindre les alvéoles pulmonaires.
Les ciments sous forme sèche, poussières présentes en quantité dans les cimenteries, présentent des risques pour les voies respiratoires (rhinites, asthme, altération de la fonction respiratoire comme la bronchite chronique, l’emphysème....).
Les poussières de ciment peuvent être aussi responsables d’affections oculaires : conjonctivite, blépharoconiose ou blépharite (lésions de follicules pileux des cils de paupières).
La forte alcalinité des ciments lors de l'humidification au contact d'une peau humide, provoque les lésions cutanées (peau rouge et luisante).
La dermatite de contact allergique (eczéma) est due aux substances allergènes contenues dans le ciment : chrome, nickel, cobalt et résines époxydiques. Le cimentier se sensibilise progressivement à ces produits de façon spécifique du fait de la multiplicité des contacts cutanés non protégés.
Certains types de ciment contiennent un peu de silice libre (quartz ou cristobalite), dont une exposition constante et importante peut générer des risques de silicose.
Un tableau de maladie professionnelle est spécifique aux risques du ciment : Tableau n°8 RG : Affections causées par les ciments (aluminosilicates de calcium).
Le chrome hexavalent est cancérogène, mais les études épidémiologiques dans les cimenteries n’ont pas révélées d’excès de risque d’apparition de cancers broncho-pulmonaires ou cutanés chez les cimentiers.

  • Risques thermiques des cimentiers

Les hautes températures ambiantes au voisinage des portes et des plates-formes des fours génèrent une chaleur rayonnante due à l’énergie des rayons infrarouges. La proximité d’une source de chaleur peut entrainer des céphalées, hypersudation, tachycardie, hypotension et, conjuguée à des températures de l’air élevée,  provoquer des malaises dus à la déshydratation et des troubles circulatoires. Au-delà de 25 oC, l'inconfort se fait ressentir avec, de plus, toutes les conséquences psychologiques que cela peut avoir sur la précision des gestes, la vigilance et donc la sécurité (diminution des capacités de réaction, irritabilité, agressivité).

  • Risques acoustiques des cimentiers

Les sources de bruits dans les cimenteries sont nombreuses, créant un environnement bruyant du fait en particulier des opérations de broyage, tamisage… Les niveaux de pression acoustique engendrés par les bruits des broyeurs à leur voisinage peuvent dépasser 110 dB.
En dehors des atteintes au système auditif (déficit auditif, acouphènes…), le bruit ambiant peut entraîner une gêne ou un stress vecteur de troubles du psychisme et de pathologies qui nuisent non seulement à la santé du travailleur mais aussi à la sécurité de son travail par baisse de vigilance et de dextérité ou de concentration.

  • Risques physiques des cimentiers

D’autres risques ne sont pas spécifiques aux cimenteries, mais communs à toute activité industrielle : chutes de plain pied sur sol glissant, inégal ou encombré, projections de corps étranger dans les yeux, contusions et coupures lors des opérations de manutention…
Les charges lourdes portées manuellement, ou le nombre excessif de manipulations et mouvements avec torsion du dos, rotation pour le déplacement, flexion pour le soulèvement, ou la station debout prolongée ... sont à l’origine d'accidents de travail concernent la colonne vertébrale (dorsalgies, lombosciatiques) et le vieillissement progressif des structures ostéoarticulaires.
Il y a des risques physiques accrus à l'occasion des opérations de chargement de ciment pour livraison.

Les mesures de prévention des risques dans les cimenteries

Les cimenteries doivent faire l’objet d’une analyse poussée des risques pour permettre la rédaction du Document Unique de Sécurité (Décret du 5 novembre 2001) en appréciant à la fois l’environnement matériel et technique (outils, machines, produits utilisés) et l’efficacité des moyens de protection existants et de leur utilisation selon les postes de travail. 
Les analyses de risques sont confiées à des spécialistes de la sécurité au travail (hygiéniste, ingénieur sécurité). Les rapports d’intervention et de maintenance seront aussi intégrés à la documentation de sécurité au travail de l’entreprise et communiquées au médecin du travail et au CHSCT.
Les salariés doivent être aussi informés à propos des produits dangereux mis en œuvre  et formés aux pratiques professionnelles sécuritaires.
La prévention la plus efficace est la prévention primaire avec la mise en place de technologies qui permettent des actions sur les produits (suppression ou emploi de produits de substitution de moindre impact potentiel sur l'homme) et/ou des actions sur les procédés (emploi de matériels ou de machines supprimant ou limitant au maximum les impacts, par de très faibles rejets atmosphériques, par de bas niveaux sonores…).
La prévention collective implique l’utilisation de systèmes de fabrication isolés et automatisés et de dispositifs mécaniques comme l’extraction de poussières qui permettent de réduire l’exposition des travailleurs.
Enfin, le port d’équipement de protection individuel (combinaison de travail, gants, casque, chaussures et lunettes de protection, masques…) est obligatoire pour réduire le risque d’exposition non totalement éliminé par les mesures de protection collectives, ainsi que la présence d’installations et de matériel de premier secours.

  • L’identification, la suppression / substitution des produits les plus toxiques

La première étape consiste à repérer en particulier les agents chimiques dangereux dans le cadre de l'évaluation des risques du Document Unique de Sécurité (DUS). Les Fiches de Données de Sécurité (FDS), obligatoires pour tout produit chimique dangereux, comportent les renseignements relatifs à la toxicité des produits.
La  suppression ou la substitution des produits allergènes dans les ciments est la mesure de prévention prioritaire qui s'impose, chaque fois que c’est techniquement possible. L’adjonction de sulfate ferreux, lors de la production de ciment, permet d’éviter les dermites allergiques au chrome.

  • La maitrise de l’empoussièrement

Il est indispensable de limiter dans la cimenterie la quantité de poussières, sans aucune recirculation de l’air pollué. Pour ce faire, un système de ventilation générale d’une part et locale d’autre part à l’aide de captation à la source des poussières doivent impérativement être mises en œuvre, ainsi qu’un procédé en système clos lorsque c’est techniquement possible.
Le mélange et le broyage des matières premières par voie humide est évidemment à privilégier par rapport à la voie sèche.

L’utilisation de filtres électrostatiques dans les conduits du four à clinker, aux postes de criblage et d’ensachage complète le dispositif et diminue aussi considérablement le niveau d’empoussièrement, y compris à l’extérieur de la cimenterie.

Les pics de concentration de poussières peuvent être réduits par un facteur 5 d’une cimenterie vétuste à une cimenterie moderne pourvue de toute l’installation de maitrise de l’empoussièrement.

    • La ventilation générale repose sur une extraction et soufflage de l'air avec un système de collecte par des ventilateurs, avant son rejet à l'atmosphère après épuration dans des filtres : l'air est transporté dans le local par un ventilateur de soufflage et extrait du local par un ventilateur d'évacuation. L’extraction de l'air se fait grâce à un système de collecte par ces ventilateurs, des gaines de diffusion, et un réseau de conduits qui captent et concentrent les poussières et vapeurs jusqu'aux filtres et aux épurateurs qui permettent de nettoyer l'air, puis de l’évacuer à l'extérieur. Les composants aérauliques comme les ventilateurs, les conduits entre autres doivent être accessibles et faciles d’entretien et de nettoyage. En particulier, les réseaux s’encrassent rapidement avec de filtres hors d’usage, une évacuation des condensats obstruée…

    • La ventilation locale repose sur des systèmes de captage des poussières au plus près de leur point d’émission, avant leur dispersion dans le local.
      En matière de prévention des risques respiratoires dans les cimenteries, l’encoffrement et les équipements de dépoussiérage, qui consistent  à installer des aspirations de poussières à la sortie des appareils de concassage, broyage, tamisage, convoyage…, sont  à la base d’une protection collective efficace.

    Les installations de dépoussiérage reposent  sur une extraction de l'air chargé de poussière avec un système de collecte par des ventilateurs.

Il est  important de choisir des ventilateurs de dimensions et de type appropriés afin d'assurer l'efficacité du système de dépoussiérage. Ils doivent permettre d'obtenir une vitesse de déplacement de l'air suffisante pour capter les poussières, les aspirer et les transporter dans le réseau de conduits jusqu'aux filtres et aux épurateurs qui nettoient l'air, puis l'évacuent à l'extérieur.

Les vitesses de l'air dans les canalisations doivent être choisies pour chaque équipement, car la vitesse de transport est un facteur essentiel pour les réseaux d'évacuation d’air contenant des poussières : elle doit être supérieure à une valeur minimale de façon à éviter une sédimentation des poussières et un bouchage des canalisations.

La ventilation générale des ateliers doit être déterminée en fonction des aspirations locales pour ne pas perturber l’efficacité des captages à la source. Le respect de l'équilibrage des réseaux et une maintenance rigoureuse (vérification des filtres avec nettoyage ou changement par exemple) sont indispensables au bon fonctionnement de ces installations.

    • avec surveillance régulière de l'atmosphère, pour vérifier l'efficacité des mesures d'aspiration par dosages atmosphériques. Ces analyses métrologiques sont confiées à des spécialistes de la sécurité au travail (hygiéniste, ingénieur sécurité). Les rapports d’analyses, d’intervention et de maintenance seront intégrés à la documentation de sécurité au travail de l’entreprise (Document Unique de Sécurité).

    La vérification des installations de dépoussiérage est obligatoire. Les contrôles techniques destinés à vérifier leur bon fonctionnement sont réalisés au moins une fois par an par un organisme agréé qui réalise des mesures particulaires définissant la classe d'empoussièrement, les conditions aérauliques de l'enceinte (vitesse, température, hygrométrie, taux de renouvellement) et l'efficacité des moyens filtrants.

    Bien entendu, une surveillance en continu du niveau d’empoussièrement depuis une salle de contrôle permet de détecter beaucoup plus rapidement des dysfonctionnements et de prendre immédiatement les mesures nécessaires d’entretien ou de réparation des équipements.

    Le chef d’établissement doit établir et tenir à jour un dossier de l’installation qui permet le suivi régulier de l’installation.

  • La maitrise de l’ambiance thermique

Une ventilation efficace est également indispensable aux plates-formes de refroidissement du clinker, ou aux autres postes de travail exposés à la chaleur avec d’importantes arrivées d’air frais et une protection des cimentiers par des écrans thermiques.

  • Des aides à la manutention

Les nombreuses manutentions manuelles de charges lourdes qui entraînent des risques évidents de troubles musculo-squelettiques au niveau du dos et des articulations, peuvent être réduits par l’utilisation systématique de manutention assistée et de moyens de mise à niveau et de préhension des charges.

  • Le respect des règles d’hygiène

Une bonne tenue des sols des différents locaux d’une cimenterie par aspiration à l’aide d’un aspirateur industriel adapté avec un filtre absolu qui ne disperse pas les poussières dans l’air ou par un procédé à l’humide (jet d’eau ou système eau/vapeur), est essentielle pour éviter l’accumulation de poussières. Des lavabos, postes de rinçage oculaire et des douches de sécurité doivent se trouver à proximité des postes de travail. Celles-ci permettent les mesures d'hygiène générale : lavage des mains fréquent avec moyens adaptés, douche en fin de poste... Le personnel doit avoir à sa disposition des vestiaires et des sanitaires correctement équipés et en nombre suffisant. Des vestiaires doubles doivent être mis à la disposition des travailleurs : l’entreposage des tenues de travail doit avoir lieu à l’abri de la poussière (le rangement des tenues de ville et des tenues de travail doit être séparé). Des procédures de travail en ambiance chaude doivent être édictées et respectées de manière à réduire la contrainte thermique : absorption en quantité suffisante d’eau et de boissons renfermant des sels minéraux, rythme travail-repos aménagés en zone tempérée.

  • Le port d’équipements de protection individuel adéquat

Les équipements de protection individuelle sont nécessaires pour réduire le risque d’exposition non totalement éliminé par les mesures de protection collectives précédentes : gants, vêtements de protection, chaussures et lunettes de sécurité, casque. En cas d’urgence ou pour des travaux exceptionnels d’entretien de courte durée, si le système de ventilation ne suffit pas à empêcher l’accumulation de poussières, un appareil de protection respiratoire adéquat doit être fourni pour éviter l’exposition à une concentration élevée : masque à cartouche FFP3 avec un filtre adapté.

De même, des protections auditives peuvent être recommandées pour compléter les mesures collectives qui s’avéreraient insuffisamment efficaces.

Des postes de rinçage oculaire et les douches de sécurité doivent se trouver à proximité des postes de travail pour ôter les projections de poussières ou autres corps étrangers dans les yeux.

  • La surveillance médicale

Pour les travailleurs exposés à la poussière, il faut réaliser des visites médicales régulières :

- Tests respiratoires (spiromètre) à l’embauche pour détecter une déficience des fonctions pulmonaires et tous les 2 ans pour dépister l’apparition des troubles respiratoires.
- Radiographie thoracique si nécessaire, épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR) conseillées,
- Il faut établir en collaboration avec le Médecin du Travail, une fiche individuelle d’exposition par salarié et tenir à jour une liste du personnel exposé.

Pour les travailleurs exposés aussi à la chaleur, le suivi médical doit également contrôler la fonction cardiaque.

  • La formation et l’information du personnel

La formation, par un organisme agréé, sur les dangers du travail en cimenterie et sur les moyens de se protéger, est indispensable : par exemple, informer sur le risque potentiel de maladies pulmonaires et sur les moyens de les prévenir, savoir utiliser les E.P.I adéquats, formation aux premiers secours et incendie, formation PRAP (Prévention des Risques liés à l'Activité Physique) …

Juillet 2012