Les risques professionnels dans les tanneries et mégisseries

Les tanneurs et mégissiers transforment la peau des animaux en cuir. Ces opérations utilisent de nombreux produits chimiques dangereux, exigent de lourdes manutentions et s’effectuent dans des lieux de travail humides propices aux chutes par glissade. Par ailleurs, des coupures par les crochets, heurts par les barres et cadres de suspension, coincements dans les machines à cylindres, projections oculaires sont fréquentes. Enfin, il y a éventuellement des risques biologiques liés à la présence de bactéries sur les peaux des animaux...

Les risques professionnels dans les tanneries et mégisseries

Les tanneurs et mégissiers transforment la peau des animaux (bovins, ovins, caprins …) en cuir. Les opérations de tannerie et mégisserie utilisent de nombreux produits chimiques dangereux (chrome, solvants …), exigent de lourdes manutentions (balles de peaux …) et s’effectuent dans des lieux de travail humides propices aux chutes par glissade, car beaucoup de ces opérations se font dans des bains. Par ailleurs, des coupures par les crochets, heurts par les barres et cadres de suspension, coincements dans les machines à cylindres, projections oculaires sont fréquentes. Enfin, il y a éventuellement des risques biologiques liés à la présence de bactéries sur les peaux des animaux.
Par des mesures de prévention appropriées, tels une organisation du travail limitant les manipulations, des équipements de manutention adaptés et mécanisés, des sols antidérapants et bien entretenus, l’installation systématique de garde-corps, la captation des poussières et des vapeurs de solvants au plus près de leur point d'émission, une ventilation efficace, une installation électrique et de protection incendie conformes aux normes, le port de vêtements de protection, de gants et de masques, etc., on peut réduire les expositions et diminuer fortement les risques professionnels dans les ateliers de tannerie et mégisserie. Les travaux de tanneries et mégisseries font partie des taches salissantes pour lesquels les chefs d'établissement sont tenus de mettre des installations sanitaires complètes à la disposition du personnel (dont douches journalières).

Les principaux risques professionnels dans les tanneries et mégisseries

La peau des animaux doit être traitée pour la transformer en matière imputrescible et souple, résistante à l’eau et assez imperméable, le cuir, qui est ensuite utilisé pour la fabrication de chaussures, de vêtements, en ganterie, ameublement (sièges), sellerie (automobile, équitation), maroquinerie (sacs, valises, …), cordonnerie.

Pour fabriquer du cuir, les opérations de traitement des peaux des grands animaux (bovins, équidés …) s’effectuent dans des tanneries, celles des petits animaux (ovins, caprins, porcins …) s’effectuent dans des mégisseries, celle des peaux à fourrure dans les pelleteries (visons, renards, lapins ...) : il s’agit de mettre en œuvre des bains successifs qui ont pour objet de nettoyer les peaux (travail de rivière), de les rendre imputrescible dans des solutions de tannins (tannage), puis de les rendre souples dans les opérations de corroyage, de les colorer par teinture et enfin de les protéger au finissage.

A chaque stade du processus de transformation des peaux en cuir, les tanneurs et mégissiers sont exposés des risques chimiques du fait de l’utilisation massive de substances dangereuses, à des risques physiques liés aux machines (notamment tournantes) et équipements utilisés, aux sols mouillés, et éventuellement à des risques biologiques dans la manipulation d’une matière animale.

  • Les risques chimiques dans les tanneries et mégisseries

    Dans les différentes étapes, plusieurs traitements chimiques, qui peuvent être différents selon les types de tanneries et mégisseries, sont employés :

    - Travail de rivière ou mise en tripe (peaux prêtes à être tannées) : épilage à l’arsenic (sauf pour les peaux à fourrure), pelage avec un alcali, par exemple sulfure de sodium, hydroxyde de sodium ou chaux (chaulage), déchaulage pour éliminer l'alcalinité des peaux jusqu'à les rendre acides avec l'hydroxyde ou sulfate d’ammonium, bain de picklage avec du formaldéhyde, des acides (formique, lactique, sulfurique, acétique …), des fongicides et des bactéricides.
    - Tannage : tannage minéral, essentiellement au sulfate de chrome et éventuellement autres sels métalliques (zirconium, fer, parfois aluminium (alun) en pelleterie) …), tannage végétal.
    - Teinture (bain ou pistolet) à l’aide de colorants et solvants organiques.
    - Corroyage et finissage avec des résines synthétiques.
    - Traitement insecticide (antimites) pour les peaux à fourrure.

    Une exposition prolongée à l’arsenic, par inhalation ou contact cutané à des doses plus ou moins fortes, peut entrainer des cancers du poumon et de la peau (tableaux 20 et 20bis du régime général des maladies professionnelles) et affecte le fonctionnement rénal.

    Les solvants sont des composés organiques volatils (COV) qui peuvent être allergisants, irritants, inflammables et toxiques : cette dangerosité est accrue du fait de la grande volatilité des COV, c'est-à-dire que les vapeurs sont émises même à pression et température ordinaire de travail, et donc se répandent aisément sous forme gazeuse dans l’air ambiant des ateliers. Les solvants organiques provoquent des troubles neurologiques (céphalées, vertiges, agitation ou somnolence, …), des irritations pour les yeux et la peau et, aux fortes concentrations, des convulsions, des affections gastro-intestinales accompagnées de vomissements (Tableau n°84 des maladies professionnelles du Régime Général : Affections engendrées par les solvants organiques liquides à usage professionnel).

    L’aldéhyde formique ou formaldéhyde ou méthanal, plus communément appelé « formol », est un composé organique volatil qui dégage des vapeurs à température ambiante responsables de symptômes respiratoires (asthme…). Le formaldéhyde est par ailleurs classé par le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) comme cancérogène certain chez l’homme. Ses effets toxiques s’exercent par voie aérienne et localement par exposition directe : irritations cutanées et eczémas, sévères irritations des muqueuses oculaires et des voies respiratoires, et asthme, cancer du naso-pharynx reconnu comme maladie professionnelle. Il peut également avoir des conséquences neurologiques qui se traduisent par une fatigue accrue, des angoisses, des migraines, des nausées ou des vertiges.

    Certaines résines peuvent être responsables de réactions d'irritation, de sensibilisation et d'allergie de la peau avec eczéma de contact touchant les doigts, les mains, les poignets et les avant-bras mais aussi le visage avec œdème des paupières par projection de particules. La dermatite de contact allergique aux résines apparaît suite à la sensibilisation progressive à ces produits de façon spécifique du fait de la multiplicité des contacts cutanés non protégés.

    Les colorants sont responsables, pour certains d’entre eux, d'eczéma, urticaire, et d’asthme et peuvent libérer des substances cancérigènes.

    Le chrome III (trivalent) du sulfate peut provoquer une dermatite de contact allergique voire de l’asthme si la concentration inhalée est très élevée. Le chrome VI (hexavalent), dont l’usage est abandonné du moins en France, est beaucoup plus toxique et peut s'accumuler dans le foie, les reins, la glande thyroïde et la moelle osseuse. Le chrome VI entraîne des troubles respiratoires, des inflammations des muqueuses et des ulcères et autres atteintes gastro-intestinales, des cancers du poumon et des sinus.

    Les produits concentrés pour les solutions basiques ou acides du travail de rivière sont susceptibles d’être très dangereux : la très forte alcalinité ou acidité de ces produits les rendent particulièrement caustiques ou corrosifs, à l'origine d’irritations et d’ulcérations parfois sévères de la peau ou des muqueuses oculaires ou respiratoires en cas de contact cutané ou d’inhalation ou de projections dans les yeux, avec parfois atteinte de la cornée. Ces produits exercent une action destructive sur les tissus vivants au contact : brûlures cutanées immédiates ou retardées parfois profondes et extensives, gêne respiratoire jusqu’à de graves irritations des muqueuses respiratoires avec possibilité d’œdème pulmonaire, lésions oculaires sévères, avec apparition éventuelle d’opacités cornéennes et de cataractes.
    La fabrication s’effectuant la plupart du temps en milieu humide, les risques liés aux poussières de cuir sont assez faibles (en comparaison de ceux des métiers de la transformation du cuir).
    Toutefois, dans le cas particulier de la pelleterie (traitement des peaux de fourrure), les poils de fourrure animale peuvent générer des poussières provoquant le « poumon des fourreurs » qui est une pneumopathie d’hypersensibilité ou alvéolite allergique extrinsèques, maladie pulmonaire due à une inflammation des alvéoles du poumon lors de l’inhalation de poussières organiques.

  • Les risques physiques dans les tanneries et mégisseries

    - Les causes d’accidents liées aux machines sont nombreuses : blessures des mains par piqûre, coupure, brûlure, abrasion cutanée ou écrasement, happement du bras, projections de corps étrangers dans les yeux…
    Le travail de rivière, les foulons de tannage s’effectuent dans des cuves en mouvement, des tonneaux tournants et autres machines à cylindres : lors des rotations et déplacements des éléments mobiles de ces machines, il peut survenir aux doigts, mains et membre supérieur, des coincements, écrasements, entraînements, happements, frictions, enroulements des cheveux et des vêtements.
    En pelleterie, l'activité peut impliquer la manipulation d'outils coupants (couteaux, dérayeuse, ...).
    - Les chutes de plain-pied sur des sols humides et glissants (huile, graisse, eau), sont fréquentes et le risque est accentué si ceux-ci sont inégaux ou encombrés de déchets : entorses, plaies cutanées, ecchymoses, hémorragies, voire fractures : de plus, en cas de perte d'équilibre, la victime peut tomber sur un objet dangereux ou chercher à se rattraper au support le plus proche, avec par exemple un traumatisme crânien lorsque la tête a heurté le sol ou une installation.
    - Les installations et équipements en hauteur (barres et cadres de suspension des peaux) peuvent être à l’origine de heurts (hématomes, contusions …) et de coupures ou éraflures lors de l'utilisation de crochets à pointe ou du mouvement ou échappement des peaux suspendues.
    - De nombreuses charges lourdes peuvent être portées ou déplacées manuellement, avec un nombre excessif de manipulations et mouvements avec torsion du dos, rotation pour le déplacement, flexion pour le soulèvement de balles de peaux par exemple. Tous ces éléments, y compris une station debout prolongée, sont à l’origine d'accidents de travail concernent la colonne vertébrale (dorsalgies, lombosciatiques) et le vieillissement progressif des structures ostéoarticulaires des membres supérieurs (tendinites de l’épaule,..).

Circulaires CNAMTS : RECOMMANDATIONS R. 204 "MANUTENTION, MANIPULATION ET TRANSFERT DES PEAUX DANS LES TANNERIES MEGISSERIES" ET R. 207 "MACHINES A CYLINDRES UTILISEES DANS LES INDUSTRIES DES CUIRS ET PEAUX". 1990

Novembre 2014