La prévention des risques professionnels en radiologie médicale

Les professionnels de radiologie médicale réalisent des diagnostics à l’aide de l’imagerie de la radiologie conventionnelle, de la scanographie, de la résonance magnétique, de la scintigraphie … ou effectuent des traitements médicaux de radiothérapie. Le personnel de radiologie médicale est exposé à des doses répétées de radiations ionisantes ...

La prévention des risques professionnels en radiologie médicale

Les professionnels de radiologie médicale réalisent des diagnostics à l’aide de l’imagerie de la radiologie conventionnelle, de la scanographie, de la résonance magnétique, de la scintigraphie … ou effectuent des traitements médicaux de radiothérapie.
Le personnel de radiologie médicale est exposé à des doses répétées de radiations ionisantes (rayons X et radio-isotopes), plus fortes lorsque celui-ci se trouve à proximité du patient pour accomplir de gestes thérapeutiques comme le traitement des lésions cutanées, ou pour des examens comme la tomodensitométrie ou les doses peuvent être élevées.
A l'utilisation de radiations ionisantes et des risques radiologiques qu’elles induisent, s’ajoute celle de produits chimiques (désinfectants, produits de contraste, révélateurs et fixateurs photographiques …) toxiques, irritants et/ou allergisants.
Les manipulateurs en radiologie sont aussi exposés aux risques de troubles musculo-squelettiques liés à la manipulation des patients, à une station debout prolongée et autres postures pénibles, aux contraintes visuelles (travail dans l'obscurité et sur écran), aux contaminations biologiques du fait de la proximité avec des malades, des actes invasifs et du milieu hospitalier.
La protection contre les risques de rayonnements ionisants est impérative, tant par la prévention collective (vérification périodique des appareils, formation à leur utilisation, délimitation et signalisation des zones d’émission, écrans de protection…) que par la prévention individuelle (dosimétrie, surveillance médicale renforcée, port d’équipements de protection…).
Les moyens de prévention des autres risques professionnels des radiologues et techniciens en imagerie médicale impliquent aussi de strictes mesures d’hygiène et de formation du personnel face au risque physique, chimique et infectieux. La mise en place de matériel ergonomique, la mise aux normes des installations électriques, radiologiques, l’utilisation adéquate des substances pharmaceutiques et désinfectantes figurent parmi les mesures permettant de pallier les risques physiques et chimiques du personnel de radiologie médicale.

Les principaux risques en radiologie médicale

L’évolution constante de la médecine et la multiplication des appareils de radiologie et d’imagerie due aux progrès techniques, entrainent des utilisations médicales de radiodiagnostic et radiothérapie de plus en plus nombreuses, variées et sophistiquées.
Le personnel de radiologie médicale est formé des médecins et chirurgiens radiologues et des techniciens ou manipulateurs en radiologie médicale.
Ils exercent en cabinet libéral ou dans les hôpitaux publics et cliniques privées ou dans les camions de dépistage en médecine du travail.
Ils utilisent les propriétés des radiations ionisantes, rayons X et rayons Gamma de matériaux radioactifs, à des fins exploratoires et curatives.

- Radiodiagnostic : Les rayons X et Gamma sont très pénétrants car ils ont une longueur d’onde très courte inférieures aux distances interatomiques dans les molécules : cette caractéristique leur permet de passer au travers des matériaux, plus ou moins selon l’épaisseur et la nature de la matière traversée : le plomb, le béton baryté, sont de très bons écrans, les os sont moins « transparents » que la chair, d’où l’utilisation dans le diagnostic médical.
L’exploration radiographique à l’aide de rayons X et de plaques photographiques peut concerner d’abord les structures osseuses, articulaires, dentaires ainsi que les poumons. L’exploration des parties molles du corps humain (muscles, tendons, vertèbres, cerveau, abdomen …) se fait à l’aide d’équipements de scanographie (scanner) ou d’imagerie par résonance magnétique (IRM) avec éventuellement injection de produits de contraste iodés ou utilisation de produits barytés. L’imagerie médicale emploie aussi des techniques utilisant des rayons Gamma de radio-isotopes pour diagnostiquer une large gamme de pathologies : une Caméra-Gamma (ou caméras à scintillation) administrée à un patient est utilisée pour former une image par scintigraphie en détectant le rayonnement Gamma émis, afin d'obtenir une image fonctionnelle d'un tissu ou d'un organe depuis l’intérieur du patient.

- Radiothérapie : les rayons X et Gamma sont des rayons ionisants : ils produisent des excitations dans le matériau traversé quand ils heurtent des molécules et ils arrachent ou ajoutent des électrons aux atomes qu’ils ionisent. Dans une cellule, ils peuvent rompre les molécules d’ADN. En pénétrant profondément dans le corps, ils détériorent ainsi les structures cellulaires puis tissulaires, notamment cancéreuses. La radiothérapie externe utilise la source d’irradiation X à distance de la peau avec des appareils de radiothérapie superficielle (contacthérapie), pour traiter des lésions cutanées. La médecine nucléaire thérapeutique permet de traiter certains types de cancer, en neurologie par exemple : le Couteau-Gamma chirurgical (radiochirurgie aux rayons Gamma), envoie de multiples faisceaux concentrés de rayons Gamma dirigés vers les cellules cancéreuses pour stopper leur prolifération. Des médicaments radio-pharmaceutiques, comme l'iode 131 pour le traitement du cancer de la thyroïde, sont utilisés pour détruire les cellules cancéreuses ou en scintigraphie.

  • Le risque radiologique en radiologie médicale

    Le risque radiologique concerne l'ensemble des risques liés aux rayonnements X et Gamma dont les radiations ionisantes sont particulièrement dangereuses : l’exposition aux radiations des équipements ou produits médicaux conduit au risque d’irradiation externe, irradiation à distance ou au contact de la peau.
    Les rayons X peuvent parcourir quelques centaines de mètres dans l’air, mais le débit de dose est inversement proportionnel au carré de la distance, c’est à dire qu’il diminue rapidement avec l’éloignement de la source. Les rayons Gamma sont quant à eux très faiblement atténués dans l’air, ce qui leur confère une redoutable capacité d'irradier à grande distance.

    Les rayons X sont produits de façon artificielle par des appareils générateurs de rayons X qui n’émettent un rayonnement que lorsqu’ils sont sous tension (il suffit d’interrompre l’alimentation en courant électrique pour suspendre le flux), tandis que les rayons Gamma sont produits par une source radioactive (thallium 201, technétium 99, iode 131) sur laquelle on ne peut pas agir et qui émet en permanence des rayonnements ionisants en obéissant seulement à une loi de lente décroissance dans le temps, ce qui caractérise leur extrême dangerosité.

    Il y a donc un risque d’exposition externe, soit globale, soit localisée, en rapport avec le pouvoir de pénétration dans le corps des rayons X et Gamma émis par la source, car ces rayonnements passent très aisément la barrière cutanée : ils entraînent une irradiation en profondeur du corps humain et, à partir d’une certaine dose, modifient les fonctions et les structures cellulaires puis tissulaires (par radiolyse de l’eau de la matière biologique), dérèglent la division cellulaire, avec parfois une détérioration de l’ADN, qui contient le programme génétique et les cellules endommagées peuvent être celles de l'ovaire ou des spermatozoïdes (reprotoxicité par mutation génétique).

    Toutes les radiations subies s’ajoutent et se cumulent tout au long de la vie.
    Les cellules jeunes des embryons et des fœtus sont très sensibles aux rayons X et Gamma ; les effets des irradiations « in utero » sont particulièrement délétères (effets tératogènes) : développement anormal du fœtus et retard mental, défaut de croissance,…

    Les rayons X et Gamma ont deux types d’effets différents sur l’organisme :
    - Les effets déterministes, qui se manifestent rapidement et certainement lorsque la dose reçue atteint ou dépasse un seuil d’apparition, et dont la gravité est fonction de cette dose et qui sont réversibles.
    Les rayons X et Gamma ont notamment un effet néfaste sur la peau, les globules rouges du sang, la moelle osseuse, le cristallin de l'œil et les gonades.
    Ces risques immédiats (radiodermites, anémie, syndrome hémorragique, cataracte, diminution de la fertilité …) sont liés à une irradiation aiguë correspondant à une forte dose reçue. Les rayons Gamma ont aussi un effet immunosuppresseur. - Les effets aléatoires, qui ne se manifestent pas toujours, qui apparaissent de façon différée, sans seuil évident, ni gravité clairement corrélée à la dose reçue, même si, statistiquement, leur occurrence dépend de cette dose.
    Ces risques tardifs (cancers radio-induits dont les ceux de la thyroïde, les sarcomes osseux, les leucémies,… et possiblement malformations dans la descendance) sont plus liés à l'accumulation des doses sur plusieurs irradiations successives.
    Les interventions longues (actes vasculaires …) présentent évidemment des dangers accrus pour les praticiens, avec en particulier l’exposition possible des mains, des yeux, de la thyroïde, des gonades.

    L’évaluation de la dangerosité d’une dose délivrée aux différents tissus et organes du corps est mesurée en Sievert (Sv) (ancienne unité : « radiation equivalent men » (rem), 1 Sv = 100 rems).
    La limite d’exposition annuelle aux radiations ionisantes des travailleurs exposés est fixée par la réglementation à 20 milliSievert par an.
    Les femmes enceintes et les très jeunes travailleurs sont les personnes les plus sensibles aux risques des radiations ionisantes.
    Les maladies professionnelles reconnues dues aux expositions aux rayons X et Gamma figurent dans le Tableau n°6 du Régime Général de la Sécurité sociale : « Affections provoquées par les rayonnements ionisants ».

  • Le risque chimique en radiologie médicale

    Les produits de contraste, les détergents et désinfectants et les produits photographiques utilisés en radiologie médicale présentent des risques d’irritations et d’allergies cutanées et respiratoires.
    Des affections professionnelles allergiques provoquées par les protéines du latex sont rencontrées aussi lors d’utilisation d’équipements médicaux en caoutchouc naturel (gants chirurgicaux).
    Des lésions eczématiformes (ou bien dermatoses irritatives) aux mains par exemple, dues à l’usage répété de désinfectants et détergents, notamment contenant des tensio-actifs cationiques (ammoniums quaternaires), ou dues au contact de produits de contraste iodés.
    Les tensio-actifs des détergents détruisent le film lipidique protecteur cutané et sont donc tous des irritants pour la peau avec un pouvoir nocif variable selon les compositions chimiques.
    Les effets cutanés, irritation et sensibilisation, ainsi que les troubles respiratoires et les effets irritants sensoriels sont produits par les désinfectants comme le glutaraldéhyde, utilisé pour la stérilisation à froid des surfaces et du matériel médical.
    Le formaldéhyde, utilisé en désinfection pour l’hygiène du bloc opératoire, est un puissant irritant respiratoire et est aussi très irritant pour la peau et les yeux et possède un effet cancérogène suspecté.
    Lors des frictions hygiéniques des mains de manière répétée et intensive avec des gels hydro-alcooliques, le seul risque cutané provient de l’altération du film hydrolipidique de la peau qui entraîne un dessèchement puis une irritation des mains, avec possibilité d’érythèmes légers surtout avec l’isopropanol qui est plus irritant que l’éthanol.

  • Le risque physique en radiologie médicale

    - Un travail minutieux avec des postures contraignantes, gestes répétitifs, contraintes visuelles, exposent le personnel de radiologie à des troubles musculo-squelettiques et angioneurotiques : le travail précis debout avec une posture asymétrique peut générer des troubles musculo-squelettiques dus aux gestes minutieux associés à une position penchée pour assurer une vision rapprochée avec des bras tendus. Il s’ensuit l’apparition fréquente de dorso-lombalgies et de cervicalgies, de tendinopathies des membres supérieurs (épaules, coudes), des syndromes du canal carpien, et d’insuffisance veineuse, varices, liée à la station debout et au piétinement.

    - Le travail en lumière artificielle permanente et sur écran est une autre contrainte physique : c’est une source d'éblouissement et de fatigue oculaire. La fatigue visuelle par éblouissement, par travail en vision de près, est fréquente chez les radiologues. L’œil n’est pas adapté pour cette accommodation permanente et les muscles oculaires se fatiguent après des efforts prolongés. Cette fatigue des muscles oculaires se traduit par une vue de plus en plus trouble au fur et à mesure de l'effort, des picotements et rougeurs oculaires, des larmoiements, des clignements intempestifs des paupières, des maux de tête…

    - La personne malade, surtout invalide, âgée ou blessée, a souvent de grandes difficultés à se mouvoir. L'aider à se positionner correctement pour les examens, oblige le personnel radiologue à des gestes très particuliers. Ces manipulations et le brancardage sont d'autant plus difficiles que les patients pèsent lourds. Il en résulte une combinaison d’efforts pouvant être importants et des mauvaises postures et une accumulation de gestes mineurs, le plus souvent le dos penché ou en torsion, sont responsables de nombreux traumatismes rachidiens, lombalgies et affections péri-articulaires des membres supérieurs particulièrement.

    - Chutes de plain pied sur sol inégal ou encombré, dans un local exigu avec difficultés de circulation.

  • Le risque biologique

    Le risque biologique est présent dans tous les actes invasifs des soins réalisés par le chirurgien radiologue ou son assistant. Il existe aussi dans toutes les opérations de nettoyage et de désinfection des matériels et instruments médicaux.
    Les infections peuvent se propager, par exemple, à travers des aiguilles de seringues lors de l’administration des produits de contraste ou des blessures aux mains provoquées par les outils médicaux ou par projections oculaires. Le risque de transmission d'agents infectieux concerne l'ensemble des germes véhiculés par le sang ou les liquides biologiques du patient.
    Tout contact avec du sang ou un liquide biologique sur une peau lésée par une effraction cutanée (piqûre ou coupure) ou une projection sur une muqueuse (œil, bouche) est potentiellement contaminant.
    Ces accidents touchent le personnel radiologue lors de la réalisation de soins plus ou moins invasifs mettant en jeu différents liquides biologiques (sang mais aussi salive, sécrétions nasales, expectorations dues à la toux du patient ...).
    Les agents pathogènes quels qu'ils soient (bactéries, virus, …) sont susceptibles de se transmettre de cette façon au personnel soignant et il convient d’être absolument vigilant dans tous les cas, car une sérologie positive peut être méconnue des patients eux-mêmes (hépatites virales B, C ou SIDA, infection ORL ou pulmonaire virale ou bactérienne transmise par le patient …). Une contamination oculaire peut occasionner une kératoconjonctivite virale. Les opérations liées aux aiguilles sont les plus susceptibles de risque biologique, mais on ne peut exclure aussi celui du contact avec les surfaces inertes, matériels et accessoires contaminés par des virus hématogènes notamment.

Les principaux risques en radiologie médicale

Les moyens de prévention à mettre en œuvre pour pallier les risques professionnels des radiologues, techniciens et manipulateurs en radiologie médicale (radiologique, infectieux, chimique, physique, …) doivent faire l’objet d’une analyse poussée pour permettre la rédaction du Document Unique de Sécurité en appréciant à la fois l’environnement matériel et technique (outils, machines, produits utilisés) et l’efficacité des moyens de protection existants et de leur utilisation selon les postes de travail et pour décrire les actions de prévention complémentaires à mettre en œuvre. Toutes les activités sont à prendre en compte, y compris celles concernant le nettoyage des surfaces, plans de travail et instruments et matériels médicaux, la gestion des déchets. Tout particulièrement, la dangerosité des rayons X et Gamma implique que les employés soient efficacement protégés contre une exposition excessive à ce rayonnement pendant qu'ils travaillent. La prévention doit être orientée vers la meilleure maîtrise possible des niveaux d'expositions par la mise en œuvre de la radioprotection qui est l’ensemble des règles, des procédures et des moyens de prévention et de surveillance visant à empêcher ou à réduire les effets nocifs des rayonnements ionisants sur les personnes et l’environnement.
De manière aussi à ce que les salariés puissent être informés à propos des produits dangereux utilisés, les Fiches de Données de Sécurité (F.D.S.) doivent être mises à disposition et la connaissance de leurs risques expliquée au travers de la compréhension de leur étiquetage.
Les mesures de prévention primaire et collective, qui permettent d’éviter que l’accident ne se produise et qui concernent l’ensemble du personnel en radiologie médicale, dont le strict respect des règles d’hygiène, sont à mettre en œuvre prioritairement, mais, si elles diminuent la fréquence des accidents, elles sont insuffisantes pour les éliminer tous, et on doit aussi recourir aux mesures de prévention individuelle pour atténuer la gravité des conséquences d’un accident qui se produirait néanmoins, avec des équipements de protection spécifiques adaptés à chaque risque ainsi que la vaccination et la formation du personnel.

  • Les mesures de radioprotection
    Les principes généraux de la radioprotection reposent sur trois piliers :
    . Les durées : durées d’exposition aux rayons X et Gamma la plus brève possible,
    . Les distances : éloignement maximal des travailleurs par rapport aux sources de rayons X et Gamma, avec l’utilisation d'appareils manipulables à distance,
    . Les écrans : interposition d’un écran épais et absorbant entre la source de rayons X et Gamma et le travailleur et port de vêtements de protection.

    - La classification des travailleurs exposés aux rayons X et Gamma

    Le médecin du travail, sur la base d’une étude de poste permettant d’établir une fiche d’exposition, classe les travailleurs exposés dans une catégorie A (susceptible de recevoir une dose comprise entre 6 et 20 mSv par an) ou B (susceptible de recevoir une dose comprise entre 1 et 6 mSv par an).

    Les travailleurs de catégorie A ou B bénéficient de mesures de prévention renforcées : surveillance médicale renforcée (examen au moins annuel et fiche d’aptitude), surveillance dosimétrique individuelle, formation obligatoire aux risques liés aux rayons X et Gamma, surveillance post-professionnelle pour les travailleurs de catégorie A. Cette classification doit être communiquée au personnel concerné et une liste des salariés exposés doit être établie selon ces critères.

    Les femmes enceintes doivent être retirées d’un poste classé A ou B pendant la durée de la gestation, d’où la nécessité de déclarer le plus tôt possible leur état de grossesse.

    - La désignation d’une personne compétente en radioprotection (PCR)

    La personne compétente en radioprotection (PCR), ayant préalablement bénéficié d’une formation spécialisée dans le domaine des rayonnements ionisants, concourt, en coordination avec le médecin du travail et les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), à une mise en œuvre efficace des mesures de prévention au sein de l’entreprise : contribution à l’élaboration du « Document Unique de Sécurité » avec le recensement des risques des rayons X et Gamma dans chaque poste de travail, constitution du dossier d’autorisation ou de déclaration des installations à risque d’exposition aux rayonnements ionisants, délimitation et signalisation des zones de travail autour de toutes les sources de rayonnements ionisants, contrôle périodique d’ambiance, des installations et du matériel de surveillance et de dosimétrie, choix et contrôle des équipements de protection individuelle, surveillance de la dosimétrie personnelle, rédaction des consignes et formation périodique (tous les trois ans au minimum) des travailleurs à la radioprotection…

    - La réglementation de l’accès aux différentes zones à risque radiologique

    Les lieux de travail doivent être répartis en quatre zones, avec une délimitation et une signalétique précises : zones en accès libre, zones surveillées, zones contrôlées, zones spécialement réglementées ou interdites. A l’intérieur des zones surveillées ou contrôlées, l’accès est réglementé, et les travailleurs bénéficient de mesures de protection renforcées en matière de formation, de suivi dosimétrique des expositions aux radiations et de suivi médical.
    Les zones sont surveillées lorsque le générateur à rayons X est sous tension, et contrôlées lorsque celui-ci est en fonctionnement, c'est-à-dire qu’il émet des rayons X, avec des voyants lumineux le signalant : alors, seuls peuvent demeurer à la station de travail les professionnels informés et équipés des équipements de protection et de surveillance requis pour l’accès à cette zone. L’accès y est en particulier interdit aux femmes enceintes et aux personnes mineures.
    Pour les applications extérieures (camion de radiologie), un périmètre de sécurité doit être instauré autour de l'appareil afin de protéger les agents qui doivent interdire de manière rigoureuse à toute personne d’y pénétrer lorsque l'appareil est en mode de fonctionnement, en particulier les conducteurs afin qu’ils soient à une distance suffisante de leurs véhicules.

    - Les appareillages de surveillance de l’exposition aux rayons X et Gamma

    S’agissant d’une exposition externe, la surveillance est réalisée au moyen d’un suivi dosimétrique assuré par des mesures individuelles de dosimétrie passive nominative à lecture différée (dosimètre porté à la poitrine, au poignet, bague,…) éventuellement associé à une dosimétrie active opérationnelle à lecture directe en temps réel.

    Le port de dosimètres passifs est obligatoire pour tout le personnel exposé (catégories A et B).
    Il est envoyé à l'organisme chargé de la dosimétrie tous les mois et au médecin du travail, ou, pour les catégories B seulement, tous les trimestres. Ces dosimètres donnent la possibilité de prendre les précautions appropriées pour limiter les occasions futures d'exposition de manière que le cumul de dose maximale permise ne soit pas dépassé.

    Pour la dosimétrie active obligatoire pour tout travailleur entrant en zone contrôlée, la mesure en temps réel de l'exposition est pourvue d’alarmes auditives et visuelles se déclenchant en cas de surdose et le suivi est assuré par la personne compétente en radioprotection (PCR) à chaque sortie de zone contrôlée ou en fin de poste.
    Pour réaliser des mesures de contamination de l’air ou de surfaces (sur une table de travail, le sol, un mur, …), le radiamètre mesure l'émission de rayonnement Gamma, et le contaminamètre mesure le taux de particules radioactives. Pour mesurer l’exposition interne, on effectue des analyses par dosage radiochimique d’isotopes dans les urines, le sang ou les sécrétions, ou on réalise une anthroporadiamétrie par mesure des radionucléides incorporés en détectant, à l'extérieur de l'organisme, le rayonnement Gamma qu'ils émettent.

    - Les mesures de prévention radiologique technique

    - L’interposition d’écrans et l’éloignement de la source
    Des écrans de protection entre le salarié et la source (plomb, verre au plomb ou plexiglas…), dont la nature et l’épaisseur sont adaptées aux caractéristiques du rayonnement et à l’activité, réduisent l’exposition. Combinés à l’éloignement de la source de toutes les parties du corps du travailleur, l’exposition peut devenir très faible. Ces écrans peuvent être des paravents plombés fixes, des bas volets plombés sur les tables d’intervention, des suspensions plafonnières, des écrans mobiles entre la source de rayonnement et le salarié lors d’utilisation d’émetteur de rayons X mobiles …
    L’éloignement de la source peut être réalisé par un appareillage à commandes déportées dans un local indépendant et protégé.

    - Le contrôle et l’entretien des équipements
    Les équipements à rayons X doivent être contrôlés régulièrement (lors des contrôles règlementaires périodiques par un organisme agréé, du contrôle qualité des installations, …), notamment pour vérifier le bon réglage des appareils. Le contrôle doit être systématique pour les appareils générateurs de rayons X lors de l’installation et chaque fois qu’ils ont subi une transformation, tous les ans pour les appareils mobiles, tous les 3 ans pour les appareils fixes. En effet, un rayonnement parasite peut provenir de pièces défectueuses, d'un mauvais ajustement des accessoires à l'origine de fuites par des ouvertures non blindées et il convient de vérifier le bon fonctionnement de tous les blindages, obturateurs, fenêtres de sortie du faisceau, accessoires et raccords.

    - Les contrôles techniques d'ambiance
    Afin de permettre l'évaluation des risques d'exposition externe et interne aux rayons Gamma, des contrôles techniques d'ambiance doivent être effectués par le service ou la personne compétente en radioprotection ou par un organisme agréé : à défaut d’être continus, ces contrôles doivent être réalisés au moins une fois par mois et au moins une fois par an par un organisme agréé.

    - La ventilation et le traitement de l’air des locaux de travail
    La mise en place d'une ventilation sur filtre, des hottes et boites à gants blindées et ventilées en dépression facilite la dilution des poussières contaminées et évitent leur dissémination.

    - Le confinement des matières radioactives
    Il s’agit d’éviter toute dispersion dans les locaux de travail et dans l’environnement dans toutes les étapes logistiques de transport, de manipulation lors du stockage, pour rendre impossible l’exposition par contact, inhalation ou ingestion de matières radioactives par le confinement des matières.
    L’étiquetage des substances radioactives pendant leur transport est obligatoire.
    Les règles applicables de sûreté pendant le transport, de sûreté de l’entreposage doivent être consignées et parfaitement connues par le personnel.

    - Le maintien des registres.
    Les registres suivants doivent être tenus à jour :
    . inventaire des sources et responsables,
    . suivi des doses reçues par le personnel,
    . compte-rendu de maintenance et réparation des matériels,
    . résultats des tests de fuite,
    . rapports d’enquête suite à incidents ou accidents…

    - Les mesures de prévention radiologique individuelle

    Le port de protections individuelles (gants, lunettes, tablier plombés...) complète les mesures de prévention collectives précédentes en réduisant considérablement l’intensité du rayonnement.
    Les opérateurs doivent avoir à leur disposition des vêtements de protection pour chaque personne travaillant en zone contrôlée, adaptés à leur morphologie et d’une épaisseur en équivalent de plomb d’au moins 0,35 mm à l’avant (0,50 mm possiblement) et 0,25 mm à l’arrière. Il est également préconisé d’avoir à disposition des lunettes en verre plombés, des caches thyroïdes, des caches gonades et des gants plombés lorsque l’exposition des mains ne peut être évitée, par exemple si la présence auprès du patient en radiologie médicale est nécessaire (examens spécifiques, …). Les opérateurs dans le secteur médical doivent avoir à leur disposition des vêtements de protection plombés pour chaque personne travaillant en zone contrôlée, adaptés à leur morphologie.
    Pour la contamination aux rayons Gamma, la prévention individuelle passe aussi par un respect strict des mesures d'hygiène : ne pas boire, ni manger, ni fumer, nettoyer les surfaces de travail en évitant de mettre en suspension les particules en les fixant. Les tenues adéquates regroupent tous les moyens qui protègent contre le dépôt des éléments radioactifs sur la peau et contre leur inhalation : elles dépendent du niveau de risque avéré de contamination, allant simplement de l'emploi de blouses, sur-bottes et gants à usage unique, à celui de tenues de protection vestimentaire complète filtrantes ou jetables et de masques de protection respiratoire (demi-faciaux jetables ou faciaux à pouvoir filtrant) de type FFP3.

    - La surveillance médicale radiologique

    Les salariés exposés aux rayonnements ionisants bénéficient d'une Surveillance Médicale Renforcée (SMR) adaptée à leur poste de travail.
    La surveillance médicale s'effectue avant l'affectation au poste de travail, puis au moins annuellement, ou à la demande du salarié, notamment en cas de grossesse, et visite exce
    ptionnelle en cas d'irradiation importante (avec examens hématologiques, dermatologiques, ophtalmologiques...). Le médecin du travail élabore une fiche d’exposition renseignant sur la nature du travail, la quantité des rayonnements reçus, la période d’exposition et les cas d’exposition accidentelle anormale éventuels. Cette fiche est mise à jour annuellement et conservée dans le dossier médical individuel pendant 50 ans à compter de la cessation de l'exposition.
    Les travailleurs de catégorie A bénéficie d’une surveillance médicale post-professionnelle

  • Le respect des règles d’hygiène et de la réglementation sur la prévention sanitaire
    Le contrôle du risque infectieux passe par l’application stricte des principes d’hygiène :
    - Il convient de prévoir un calendrier de fréquence et d'alternance nettoyage-désinfection adapté à l'occupation des locaux de radiologie.
    - Il faut utiliser des instruments à usage unique.
    - Des vestiaires appropriés doivent être mis à la disposition du personnel : le rangement des tenues de ville et des tenues de travail doit être séparé.
    - Disposer d’un lave-mains (à commande non manuelle, avec eau chaude, équipé de distributeurs de savon liquide, d’essuie-mains à usage unique, de solution désinfectante hydro-alcoolique, et d’une poubelle).
    - Le lavage des mains, le nettoyage et la désinfection des surfaces souillées, le transport des matériels souillés dans un emballage fermé étanche, doivent faire l’objet de procédures rigoureuses.
    - Des douches oculaires portatives conçues pour fournir immédiatement le liquide de rinçage et des fontaines rince yeux/visage fixes doivent être disponibles.
    - Désinfection des surfaces, pupitres, tables et matériels avec des produits désinfectants adéquats et des durées et procédures appropriées.
    - La tenue vestimentaire du personnel radiologue correspond à un niveau de risque biologique élevé : manches courtes, tunique pantalon, cheveux relevés, ongles courts sans vernis, mains et avant-bras sans bijoux.
    - Ne pas manger, ni boire au poste de travail.
    - Utiliser les conteneurs de collecte adaptés pour l’élimination des matériels de soins ayant été en contact avec le patient (coton, compresses, sondes, seringues, etc.), avec séparation à la source des déchets à risque : conteneurs de collecte adaptés pour les produits souillés ou à risque infectieux, collecteurs pour matériels piquants/tranchants.

  • La mise à disposition d’équipements ergonomiques
    Il s’agit d’éviter les efforts physiques répétés et de disposer d’équipements ergonomiques et si possible mécanisés. Différents outils permettent de réduire la pénibilité du travail, comme des chariots de soins, tables d’examen réglables en hauteur et en inclinaison, etc
    Les revêtements des sols et leur nettoyage sont des éléments d’hygiène fondamentaux avec plus de facilité si le mobilier et les équipements sont équipés de roulettes pour le déplacement.

  • Le port d’équipements de protection individuel adéquat
    Les équipements de protection individuelle sont nécessaires pour réduire le risque d’exposition non totalement éliminé par les mesures de protection collectives précédentes : gants, vêtements de protection, lunettes de sécurité, masques, adaptés à la tâche effectuée.
    - Port de gants
    Le type de gants à usage unique est à adapter au type d’activité : soins ou nettoyage-désinfection. Le port de gants chirurgicaux a pour but de protéger le patient lors de soins aseptiques, et de protéger le chirurgien dentiste et son assistant(e) des risques infectieux par contact avec les liquides biologiques et/ou de risques de blessures.
    Les gants doivent être changés entre deux patients, à l'occasion de soins à risque de piqûres ou de coupures, lors de la manipulation de prélèvements biologiques, tissu et matériel souillé, systématiquement lors des soins lorsque les mains du soignant comportent des lésions. Les gants médicaux pour les soins en latex doivent être remplacés par des gants en néoprène en cas d’allergie.
    Des mesures de prévention sont indispensables pour la manipulation des produits désinfectants, particulièrement lors de la dilution des produits concentrés : il y a de nombreuses possibilités de contact avec la main lors des transvasements ou de dilution ou d’application, et il s’avère indispensable de porter des gants de protection adaptés à la tâche effectuée et au produit manipulé. Des gants adaptés, à longues manchettes, pour éviter la pénétration des produits à l’intérieur, en vinyle, nitrile, butyle ou polyéthylène, sont préférables au latex, responsables d’allergies et de trop faible épaisseur. Le port des gants est obligatoire lorsque l’étiquetage du produit à manipuler comporte les phrases de risque R27 (très toxique par contact avec la peau), R24 (toxique par contact avec la peau), R21 (nocif par contact avec la peau), R34 (provoque des brûlures) et R35 (provoque de graves brûlures).

    - Port de blouses, lunettes, masques, bottes
    La tenue civile propre à manches courtes est protégée pour les soins par des tabliers ou des blouses. Le port de masque de type chirurgical, lunettes et de masque est indiqué si les soins ou les manipulations exposent à un risque de projection de sang, ou tout autre produit biologique, pendant les actes opératoires, ....

  • La surveillance médicale
    - Conduite à tenir face aux blessures
    Des trousses de premiers soins doivent permettre de désinfecter et panser une plaie superficielle après l’avoir rincer abondamment et tout de suite après sa survenue. Une blessure plus profonde nécessite absolument des soins médicaux et chirurgicaux d’urgence, dans le cadre de la procédure des accidents d’exposition au sang (AES) et doit être déclarée et enregistrée par le service de médecine du travail.

    - Eviction des femmes enceintes de certains postes
    S’il n’y a pas d’obligation de retrait systématique du poste radiologique, l'exposition aux radiations ionisantes des femmes enceintes (ou allaitantes) doit être évitée et en tout cas limitée à des doses en dessous de 1 mSv pendant toute la durée de la grossesse.
    Pour les femmes allaitantes, il ya nécessité de l’éviction des postes présentant une possibilité d'exposition interne.

    - La vaccination
    La vaccination obligatoire permet de lutter et le tétanos (DT polio : diphtérie tétanos poliomyélite) et l’hépatite B avec rappel régulier, et contre la tuberculose (BCG et cuti réaction régulières) dans les établissements à risque élevé. Compte tenu des risques importants de contamination biologique respiratoire, les vaccinations contre les oreillons, la rougeole, la coqueluche, la grippe sont recommandées.

    - La visite médicale
    La prophylaxie médicale du personnel radiologue s’effectue lors des visites annuelles ou en cas de contamination identifiée chez un employé.
    En plus des examens classiques (dont l’acuité visuelle et anomalies de vision), il faut surveiller particulièrement l’état cutané et respiratoire, à la recherche d’éventuelles allergies ou d’autres signes d’agents pathogènes (dosage d'anticorps anti-HBs), numération formule sanguine et numération des plaquettes.

  • L’information et la formation
    L’information et la formation du personnel en radiologie médicale sont également des éléments nécessaires pour leur faire prendre conscience des dangers qu’ils encourent, pour savoir les identifier et mettre en œuvre les moyens pour les prévenir.
    Selon l’art. 230-2 du Code du travail « Tout employeur de main d’œuvre est tenu d’informer ses salariés sur les risques professionnels auxquels ils sont exposés ». L’employeur doit rédiger un document d’évaluation des risques (Document Unique de Sécurité), le partager et le faire connaitre et engager des programmes d’actions pour les faire régresser. Les actions de formation en hygiène et sécurité les plus utiles sont les suivantes :
    - Formation PRAP (Prévention des Risques liées aux Activités Physiques) aux bons gestes et postures qui permettent de lutter contre tous les troubles musculo-squelettiques (TMS).
    - Formation à l'hygiène hospitalière.
    - Formation à la radioprotection.
    - Formation au secourisme.
    - Formation sur la nature des produits manipulés (détergents, désinfectants, produits pharmaceutiques …), de leurs effets néfastes potentiels, et sur la compréhension des étiquettes des emballages et des Fiches de Sécurité.
Octobre 2015