Les politiques de sécurité au travail et de prévention des risques professionnels.


La sécurité du travail repose sur un système sociotechnique,
ensemble géré par des mesures de prévention des risques
collectives et individuelles plus ou moins développées,
destinées à protéger les travailleurs contre les accidents du travail
et les maladies professionnelles. La prévention des risques professionnels
est ainsi le résultat au sein de l’entreprise
de facteurs nombreux et d’arbitrages complexes ...


La sécurité du travail repose sur un système sociotechnique, ensemble géré par des mesures de prévention des risques collectives et individuelles plus ou moins développées, destinées à protéger les travailleurs contre les accidents du travail et les maladies professionnelles.
La prévention des risques professionnels est ainsi le résultat au sein de l’entreprise de facteurs nombreux et d’arbitrages complexes entre plusieurs acteurs : les facteurs économiques, psycho-sociaux, juridiques s’entremêlent et la politique de prévention résulte de choix qui impliquent la Direction, les experts de l’Hygiène et la Sécurité au travail (préventeurs, médecins du travail), les salariés et leurs représentants (CHSCT, CE, délégués), mais aussi des acteurs extérieurs comme les Caisses d’Assurance Maladie, les inspecteurs du travail, les réseaux patronaux et syndicaux, et dans une moindre mesure les clients et financiers concernés par l’image de responsabilité et de qualité qui peut être ternie par des accidents majeurs et médiatisés.
Les objectifs de chacun de ces acteurs sont nécessairement divers et il y a une typologie variée des pratiques managériales de prévention : depuis négliger totalement les problèmes de santé et sécurité du travail jusqu’à mettre en place une politique globale, volontariste et dynamique de prévention des risques professionnels ou bien se satisfaire principalement du respect des obligations réglementaires.
Une politique (ou l’absence de politique !) de prévention crée une dynamique positive de motivation au travail ou, au contraire, avive des tensions, des conflits préjudiciables à la productivité et génère des surcouts (arrêts et retards de production...).
Une réelle politique de prévention permet de donner une réponse structurée aux problématiques en matière de sécurité du travail, avec l'adhésion et la coopération active des acteurs de l'entreprise aux respect de procédures et de consignes de sécurité ayant une cohérence d’ensemble, claire, connue et partagée.
C’est un des aspect de management des ressources humaines important que l’on peut aborder au minimum par des mesures ponctuelles (analyses des causes des accidents du travail pour alimenter le retour d’expérience), actions ciblées de prévention primaire et collective, ou mieux par des mesures systémiques (gestion d’un projet d’amélioration des conditions de travail, mise en œuvre d’un système de management de la santé et de la sécurité au travail).

Les différents facteurs de la politique de prévention des risques professionnels

Le processus de décision en matière de politique de prévention tient compte du système d’interactions au sein de l’entreprise de plusieurs facteurs :

  • Les facteurs économiques

Les coûts de la santé au travail et de prévention des risques professionnels sont difficiles à mesurer et les marges d’erreurs sont importantes.
Toutefois, les différentes estimations réalisées montrent que les impacts économiques de prévention et de réparation des risques professionnels sont lourds : l’ensemble de leurs coûts, directs et indirects, représenterait de l’ordre de 2% à 3% du PIB dans de nombreux pays (Agence européenne de la santé et de la sécurité au travail).
Si les problématiques de santé au travail ne se résument pas à une question de rapport "coûts - bénéfices", il n’en demeure pas moins que le coût total pour une entreprise des atteintes à la santé et à la sécurité au travail et de leur prévention est conséquent et qu’il y a lieu de chercher à l’optimiser, ne serait-ce que pour éclairer les décideurs sur les meilleurs choix à faire parmi toutes les options envisageables, pour faire en sorte que ces choix soient présentés de manière objective.
Un effort de prévention et de protection est efficient s’il permet de minimiser l’ensemble des coûts, c’est-à-dire lorsque le cout supplémentaire dépensé (en charges ou amortissements d’investissements) en prévention réduit plus les coûts futurs anticipés de réparation, dans la mesure où ceux-ci correspondent à des risques globaux jugés acceptables.
Les coûts directs correspondent aux cotisations payées par l’entreprise à la Sécurité Sociale et elles sont augmentées avec la fréquence des accidents du travail et maladies professionnelles. Mais les couts indirects sont beaucoup plus lourds : temps perdu par les salariés après un accident, baisse de production, coût de remplacement du salarié, coût de réparation du matériel éventuellement endommagé, pénalités de retard de livraison…
De mauvaises conditions de travail et de sécurité augmente le turn-over, surtout celui du personnel compétent et exposé aux risques… et recruter et former de nouvelles recrues s’avère coûteux, surtout si celles-ci démissionnent dès qu’elles sont bien opérationnelles et qu’elles vont éventuellement renforcer la concurrence qui offre de meilleurs conditions de travail. La fidélisation des salariés de valeur est devenue un facteur déterminant de la performance économique de l'entreprise : baisse de productivité avec constamment de nouveaux salariés inexpérimentés, déperdition du savoir-faire sans réelle possibilité de remplacement pour cause de pénurie dans certains profils…

  • Les facteurs psycho-sociaux

Des situations dangereuses sont sources de démotivation et ont des conséquences sur le climat social.
Les conditions de travail et la sécurité peuvent conduire à beaucoup de démotivation si elles sont médiocres. L’amélioration de ces conditions devient un facteur de motivation et de fidélisation car elle peut être perçue comme une reconnaissance de la part de son employeur. La dégradation de l’image de l’entreprise, l’aversion des salariés pour des emplois dégradés, des défauts de mobilisation de leur part, un fort taux d’absentéisme sont la conséquence inéluctable de manquements à l’Hygiène et à la Sécurité au travail.
Pour avoir des salariés qui demeurent motivés et fidèles, il est donc important d’examiner attentivement les conditions de travail qui peuvent nuire à la motivation : lorsque la motivation négative apparait, elle entre en conflit avec la motivation positive qu’on peut développer par ailleurs (rémunération, …), voire même déconsidère totalement les actions engagées dans ce but.
Ainsi, les bonnes conditions de travail et de sécurité entrent  pour une grande part dans l’attraction et la fidélisation des ressources humaines, pour embaucher et conserver des salariés compétents, ou pour diminuer le turnover du personnel expérimenté.
Une fréquence élevée d’accidents du travail engendre un climat social de l’entreprise dégradé, généralement propice aux oppositions :les salariés risquent de tomber dans des écueils de comportements tels que la rébellion sous forme de grève ou autre manifestation de colère, même si les mauvaises conditions de travail n’ont rien à voir avec les réels motifs du mécontentement social (salaires, réorganisation du travail…), mais elles ont sont alors le déclencheur. Aujourd’hui, beaucoup de mouvements sociaux revendiquent l'amélioration des conditions de travail et de la sécurité, et ce thème rencontre une adhésion très forte des médias et de la population.

  • Les facteurs juridiques

Si la responsabilité civile entraîne la réparation des préjudices subis par des victimes de maladies professionnelles et d’accidents du travail, notamment par l'octroi de dommages et intérêts, la responsabilité pénale, quant à elle, conduit à la condamnation du responsable à une peine d'amende et éventuellement à une peine d'emprisonnement, qui visent à punir l'auteur de l’infraction aux règles de santé et sécurité du travail. La responsabilité pénale de l’employeur est de plus en plus recherchée. Les sanctions pénales dues au non-respect de la législation du travail en matière d’hygiène et sécurité sont devenues à la fois plus fréquentes et plus lourdes au cours de la dernière décennie, en particulier du fait de l'obligation de résultat qui incombe au chef d'entreprise en matière d'évaluation et de prévention des risques professionnels dans son entreprise. Les injonctions de l’inspection du travail ou de la médecine du travail, l’exercice du droit de retrait par les instances représentatives du personnel, sont également des facteurs juridiques influençant les entreprises dans leurs politiques de prévention

Les différents niveaux de politique de prévention des risques professionnels

  • Le niveau du déni

Il s’agit des entreprises n’ayant pas de pratiques actives de prévention des risques professionnels : la prévention des risques professionnels n’est jamais abordée (par exemple, pas de document d’évaluation des risques professionnels, aucune mesure de formation à la sécurité…) ou seulement par le biais de mesures dérisoires ou vaines (quelques équipements de protection individuels, sans sensibilisation aux risques ni contrôle d’adaptation ou de port effectif).
La direction minimise ou nie carrément la gravité et /ou la fréquence des risques potentiels, leurs conséquences immédiates ou différées, avec parfois, dans toute l’organisation, un refoulement inconscient collectif du danger dans l’organisation. Il y a une sous-déclaration systématique des accidents du travail. Les dispositions du Code du Travail en matière d’Hygiène et Sécurité du travail sont largement ignorées : des accidents de travail graves, a fortiori mortels, peuvent alors engendrer des suites pénales en cas de violation flagrante des règlements. Les sanctions varient suivant les circonstances et les conséquences de l'accident du travail (ou maladie professionnelle) mais sont toujours lourdes en cas d’infractions caractérisées aux règles édictées par le Code du Travail.

  • Le niveau minimaliste

Il s’agit d’entreprises qui mettent en œuvre le minimum d’actions pour éviter d’être trop en infraction vis-à-vis du Code du Travail et d’être poursuivi pénalement en cas d’accidents graves, pour contenir des tensions et conflits sociaux majeurs, pour avoir le sentiment de faire l’indispensable. Les risques professionnels ne font pas l’objet d’une discussion collective : le Document Unique est certes rédigé mais reste au niveau de la Direction, et est considéré comme une tache administrative de plus. Les réunions du CHSCT sont purement formelles, on les convoque car elles sont obligatoires (pour les entreprises de plus de 50 salariés). Les rares actions de formation servent seulement d’alibi vis-à-vis des éventuelles remarques de l’inspection du travail sur les manquements à la sécurité, ou pour répondre aux revendications les plus pressantes des salariés. Les mesures de sécurité sont uniquement déployées au jour le jour, et porte beaucoup plus sur les équipements de protection individuels que sur la prévention collective. Pas d’analyse a posteriori des accidents pour en tirer les enseignements afin qu’ils ne se reproduisent pas. Les services de médecine du travail sont perçus comme des contraintes et des couts supplémentaires : leurs éventuelles recommandations ne sont pas suivies d’actions (hors mise en demeure légale), et, de ce fait, leurs conseils sont très peu nombreux et inopérants.
On retrouve les attitudes de déni, avec refoulement total du risque potentiel, pour tout ce qui concerne les risques psycho-sociaux. Pour les risques physiques et les accidents du travail qui en résultent, on reste surtout au stade de la justification simpliste ayant un caractère d’évidence, avec des mises en cause personnelles des opérateurs, des attitudes culpabilisantes et accusatrices (« il n’a pas respecté les consignes, le mode opératoire…), ou le fatalisme : « c’est un malheureux concours de circonstances qui ne peut pas se reproduire, c’est vraiment de la malchance !». On ne s’interroge presque jamais sur les actions de prévention primaire ou collective qui auraient pu pallier la carence individuelle éventuelle…

  • Le niveau réactif

Ces établissements rédigent, souvent avec accord des représentants du personnel, et diffusent un document d’évaluation des risques professionnels et définissent parfois sommairement des objectifs de sécurité et d’améliorations des conditions de travail, mais ceux-ci n’apparaissent pas comme prioritaires. Par contre, sur la pression souvent des instances représentatives du personnel, l’examen a posteriori des événements graves ayant pu mettre en cause la sécurité du travail, est entrepris pour en  rechercher les causes, avec les enchaînements et les conjonctions de faits générateurs, et à en retirer les enseignements pour mettre en place des actions correctives. Des actions ciblées de formation portent alors sur les risques spécifiques auxquels les salariés ont été exposés. Les causes matérielles qui nécessitent des investissements particuliers (ergonomie des postes, machines, outillages, installations électriques ou de ventilation, éclairage, insonorisation…) sont identifiées et font l’objet d’un budget correctif. En revanche, cette démarche au coup par coup ne permet pas de donner une réponse globale structurée aux problématiques en matière de sécurité du travail. L’implication de la Direction générale est très faible ou de façade, elle délègue totalement les questions de santé et sécurité au travail et de prévention des risques professionnels aux experts internes (DRH, IHS, médecins du travail) ou externes (IPRP) et aux responsables locaux.
Le règlement intérieur peut prévoir des dispositions concernant la sécurité au travail, par exemple sur l’alcoolisme, le tabagisme, les harcèlements au travail, mais de façon purement formelle, sans réels plans d’action.
En ce qui concerne les causes organisationnelles ou les méthodes de travail ou de management qui impliquent la Direction de l’établissement, celles-ci sont le plus souvent délibérément écartées. Il faut des tensions sociales très fortes et/ou des augmentations de la fréquence et de la gravité des urgences sur le lieu du travail liées à des incidents de santé négatifs (dépressions, tentatives de suicide …) pour que, avec réticence et retard, soient mise en œuvre une enquête de psycho-dynamique du travail et des mesures de modifications de l’environnement psychosocial et organisationnel du travail (styles de leadership, relations hiérarchiques…).
La veille interne, par l’écoute du personnel et des lanceurs d’alerte, et externe par la documentation sur l’Hygiène et la Sécurité au travail dans la même profession, la même industrie ou le même secteur technique, permettant de détecter les signaux de danger avant-coureur ou faibles, est négligée.

  • Le niveau proactif

Il s’agit d’entreprises qui ont pour objectif de prendre en compte l’amélioration des conditions de travail, de manière globale et partagée par tous les acteurs de l’entreprise, avec une gestion de la performance de la sécurité au travail basée sur des politiques de prévention, des procédures, des plans d’action, impliquant chaque niveau de responsabilité.

Cela nécessite une vision globale des risques de l’entreprise, d’un état des lieux complet vis-à-vis des obligations réglementaires et d’un benchmarking  face aux meilleures pratiques, pour parvenir  à la prise de conscience de tous les responsables et à des démarches cohérentes de progrès dans le domaine de la prévention des risques professionnels.
La politique de prévention se définit alors par rapport à des enjeux principaux révélés suite à une évaluation de la situation de santé et sécurité du travail et s’inscrit dans l’avenir en faisant connaître l’ambition que l’on va poursuivre de façon claire et concise, en fixant les objectifs, les orientations, les priorités et en suivant les effets des plans d’actions au fur et à mesure à l’aide d’indicateurs appropriés : elle s’appuie sur l’implication personnelle de la Direction Générale pour la rendre crédible.

La collecte et la mémorisation systématique des accidents et incidents du travail sont mises en œuvre pour organiser le retour d’expérience : il s’agit d’analyser les informations et le traitement des causes les concernant, pour parvenir à la capitalisation et au partage des connaissances ainsi acquises, pour mettre en pratique les transferts de savoirs et  renforcer les comportements performants en matière de sécurité du travail et de prévention des risques professionnels.
Une veille réglementaire et une adaptation constante aux évolutions des normes ou de la législation en matière d’environnement, d’hygiène et de sécurité est mise en œuvre.
La prévention primaire, qui a pour but d’éviter la survenance d'accident ou de maladie et la prévention collective, qui a pour but de protéger l’ensemble du personnel exposé, sont privilégiées et des efforts conséquents sont dédiés à la formation et sensibilisation des salariés aux risques professionnels.
La place accordée à la formation et à la sensibilisation aux risques professionnels est inscrite au sein d’un plan de formation répondant aux besoins actuels et futurs, compte tenu des évolutions prévues technologiques ou organisationnelles au sein du travail.

Une mission large de la médecine du travail est encouragée : visite régulière des divers lieux de travail et analyse sur place les risques et conditions de travail propres à certains postes et réalisation des prélèvements (produits chimiques) et des mesures (bruit, luminosité…) estimées nécessaires.

Au delà de la médecine préventive, le rôle des Services de la Santé au Travail s’étend vers une approche de conseil et de formation pour prévenir les risques professionnels, en s'appuyant sur des équipes pluridisciplinaires, réunissant des compétences aussi bien techniques que médicales, où les ergonomes, les ingénieurs de sécurité, les psychologues, les toxicologues, les techniciens en métrologie ajoutent leurs connaissances les unes aux autres pour former une prévention aussi efficace que possible.

La structuration des relations sociales accompagne la mise en œuvre de cette politique de prévention proactive, avec concertation sur les risques professionnels et sur leur prise en charge par les dirigeants et les salariés : présence de négociations avec les différentes instances représentatives du personnel, valorisation de la mission du CHSCT.

  • Les relations avec la taille de l’entreprise et le secteur d’activité

A part dans le « niveau du déni » ou ne se trouvent pratiquement que des petites entreprises et  dans le « niveau proactif » ou ne se trouvent pratiquement que des grandes entreprises qui peuvent disposer d’experts HSE consacrés pleinement à cette tache, il n’y a pas de relations vraiment établies entre la taille et le type de politique de prévention des risques professionnels : on trouve nombre de grandes entreprises dans le « niveau minimal », BTP, services de transport ou aux entreprises, grande distribution, administrations publiques (notamment en matière de risques psycho-sociaux), alors qu’a contrario, de nombreuses entreprises moyennes se situent au « niveau réactif », en particulier dans l’industrie.
Toutefois, dans le secteur industriel, si les politiques de sécurité au travail se sont nettement développées pour le personnel de nombreux donneurs d’ordre, par souci de la santé des salariés et du climat social, mais aussi en terme de communication extérieure et d’attrait du milieu professionnel, parallèlement, les enjeux de sécurité ont été massivement transférés sur des sous-traitants internes de services (nettoyage, maintenance, logistique…) de taille réduite et de survie économique limite qui n’ont pas les dispositifs, les compétences de santé et de sécurité au travail pour mener une politique active de prévention et auxquels les tâches confiées sont souvent parmi les plus dangereuses ; ceci est particulièrement sensible pour le secteur de la maintenance des machines et de l’entretien des équipements qui apportent des risques supplémentaires à ceux de la production normale et ou les risques sont démultipliés lorsque plusieurs intervenants sont amenés à travailler simultanément sur la même installation (« co-activité »). 

La majorité des effectifs concerne les entreprises de « niveau minimal «  ou « réactif ».
Le passage à un niveau supérieur de politique de prévention peut s’effectuer rapidement sous les contraintes d’obligations légales, de conflits sociaux majeurs, de catastrophes mortelles (explosion grave, intoxication massive, effondrement de structure....).

Les déterminants de la mise en œuvre d’une politique de prévention des risques professionnels

Les facteurs-clé de détermination du type de politique de prévention adopté relèvent :

- De la prise de conscience plus ou moins forte par les managers de l’intérêt que les actions préventives peuvent avoir sur le plan économique et social et médiatique,
- De l’exigence et la pression croissantes d’amélioration des conditions de travail et de diminution des risques professionnels ou environnementaux par les salariés ou l’opinion publique.
- De la régulation politique, au niveau des obligations légales, réglementaires et des recommandations des branches professionnelles ou des Caisses d’Assurances.

  • Les déterminants économiques

Les déterminants économiques sont rarement explicités, mais restent implicites, même inconsciemment, dans l’esprit des décideurs. 
En théorie et en résumé, le modèle économique des risques professionnels consiste à trouver les solutions minimales d’allocation de ressources dédiées à la sécurité et à l’amélioration des conditions de travail, en vue de minimiser les coûts directs ou indirects des accidents du travail, sous contrainte d’un niveau de criticité (dangerosité) acceptable socialement, fonction de leur fréquence (occurrence probable) et de leur gravité (conséquences).
Les couts sont calculés comme la différence entre les charges et les bénéfices actualisés (plus un bénéfice est lointain, moins sa valeur actuelle est forte) attendus, sous forme de couts de non-prévention, diminution des primes d’assurance.
A priori, plus le coût de prévention et de protection croit, plus le niveau de criticité décroit, soit par diminution de la fréquence des risques  (par des mesures de prévention), soit par la réduction de leurs gravité s’ils se produisent (par des équipements de protection).
Pour un coût modéré, on obtient généralement une baisse rapide du niveau de criticité (on a traité aisément les dangers évidents à surmonter), puis il faut des coûts croissant très fortement pour obtenir un niveau de criticité très bas.
L’importance de l’acceptabilité du risque comme facteur influençant l’évaluation économique est fondamentale puisque le modèle économique intègre la notion d’aversion au risque, qui entraîne que plus celle-ci est forte (ou plus le niveau d’acceptabilité est faible), plus le risque est coûteux au sens où il faut adopter plus de mesures de prévention et de protection pour réduire le risque futur.
L'acceptation d'un risque dépend des critères retenus par les décideurs, elle intègre une dimension psychologique et sociale et une dimension économique liée au surcoût de la prévention et de la protection et de son efficacité attendue.
Au niveau des postes de travail, l’arbitrage entre productivité et sécurité se pose, mais il est rare qu’il s’exprime uniquement de cette manière : des équipements individuels de protection inconfortables et gênants (comme les masques respiratoires) se trouvent dans cette catégorie, mais une nouvelle machine plus performante et à aspiration intégrée des poussières résout à la fois le problème de productivité, de sécurité, et probablement aussi de qualité de la production.

Evidemment, au prix de mesures de protection ou d'investissements supplémentaires en sécurité toujours plus important, on peut atteindre en théorie un niveau toujours plus faible de criticité, mais en contrepartie d’une perte de compétitivité dirimante qui rend illusoire cette volonté, pour des raisons concurrentielles mais aussi pour des raisons de consommation liées au renchérissement totalement excessif des produits qui obère leur attractivité commerciale.

Ainsi, les freins économiques restreignant l’amplitude d’une politique de prévention sont les suivants :

- Des couts ou des investissements immédiats et certains,
- Des bénéfices différés et incertains, parfois purement qualitatifs (amélioration du climat social, de l’image de marque…) ou difficilement chiffrables (baisse du turn-over, de l’absentéisme…),
- Une faible aversion au risque, c'est-à-dire l’acceptation d’u niveau de criticité élevé,
- Un taux d’actualisation élevé, qui marque la préférence pour aujourd’hui plutôt que pour le futur.

A cet égard, il n’est pas surprenant que les politiques de prévention soient généralement moins développées dans les secteurs d’activités de service que dans ceux de l’industrie (à taille d’entreprise et dangerosité comparables) : l’intensité capitalistique faible des secteurs de service rend leurs décideurs moins réceptifs aux problèmes d’investissement à long terme, leur formation et leur expérience tendent vers une acceptabilité des risques plus élevée et une sous-estimation des dangers, à la fois en fréquence et en occurrence (contrairement aux industriels ou la longue tradition ancrée dans un site, avec des équipements et installations plus pérennes et lourds, permet une plus juste appréciation) ; de ce fait, la stabilité de l’activité économique et des effectifs dans l’industrie plus que dans les services s’accompagne souvent de meilleures pratiques de santé et sécurité au travail.

En ce qui concerne les moteurs économiques, le financement à la charge des entreprises fonction du coût des sinistres qu’elles génèrent, par le biais de la tarification AT-MP,  a un effet incitatif à la prévention. Si les accidents de travail s’accompagnent  d’une forte désorganisation de la fabrication, les coûts indirects de non-prévention, liés aux dysfonctionnements induits, aux pertes de production dues aux destructions, au coût de réparation du matériel éventuellement endommagé, aux pénalités de retard de livraison…sont tellement importants qu’ils représentent de ce fait une puissante justification économique à une dynamique politique de prévention.  A nouveau, on note la différence entre une activité industrielle et commerciale : par exemple, si un l'ouverture d’un carton avec un cutter par un manutentionnaire dans un supermarché provoque une coupure grave à la main, l’impact sur le fonctionnement du magasin sera très faible, alors que le même type de blessure sur une machine-outil peut provoquer l’arrêt prolongé de tout le process de fabrication.

  • Les déterminants sociaux

Tout autant que pour les déterminants économiques, les déterminants liés à la gestion des ressources humaines et aux relations sociales conditionnent le type de politique de prévention mise en œuvre.

- Amélioration des conditions de travail jugée ou non comme un facteur important de motivation et de fidélisation du personnel et d’atténuation des conflits sociaux.

De mauvaises conditions de travail sont des facteurs de démobilisation, car alors l’entreprise apparaît comme méprisant les besoins fondamentaux de sécurité. De bonnes conditions de travail sont perçues comme une reconnaissance par les salariés. Pour avoir des salariés fidèles, il est donc important d’examiner attentivement les conditions de travail qui peuvent nuire à leur motivation. Cette fidélisation des employés est rendue particulièrement nécessaire quand le marché de l’emploi est en pénurie pour certains métiers, souvent précisément ceux les plus dangereux.

La demande croissante d’amélioration des conditions de travail et de diminution des risques professionnels engendre beaucoup de mouvements sociaux qui revendiquent l'amélioration de la sécurité au travail (en particulier de plus en plus, la prise en compte des problèmes de souffrance psychologique au travail) : les décisions en matière d’augmentation des salaires ne sont plus suffisantes pour les entreprises qui entendent maintenir un bon climat social.

- Souhait ou non de développer une démarche participative d’élaboration d’une politique de prévention.
Les pratiques liées aux types de management et d’organisation et de contrôle impactant l’hygiène et la sécurité au travail sont cruciales pour expliquer l’efficacité relative des entreprises en matière de prévention des risques. Elles sont d’autant plus importantes qu’elles doivent concerner l’intégralité du personnel exposé, susciter leur engagement et leur contribution à l’application permanente des dispositifs de prévention et au progrès des performances de l’entreprise en matière de maitrise des risques professionnels.
En effet, la prévention des risques professionnels ne se résume pas à l'ensemble de mesures techniques à prendre pour éviter qu'une situation de travail ne se dégrade au point qu'un accident ou une maladie ne survienne. C’est aussi une attitude : par exemple, le comportement individuel (méconnaissance ou négligence) a parfois autant d'importance que les moyens de prévention ; l’implication des employés et de leurs instances représentatives à la discussion et à l’adoption des mesures, leur culture sécuritaire, obtenue et renforcée par la sensibilisation aux risques, l’information et la formation, est fondamentale pour lutter efficacement contre les facteurs de risque.
La planification des actions de prévention des risques professionnels est l'affaire du DRH, du service de médecine du travail, des préventeurs, du CHSCT, des managers qui auront à la mettre en œuvre, mais l’efficacité dépendra aussi fortement de l’implication dans le processus du personnel et ses instances représentatives, de manière à ce qu’ils adhérent aux axes d'actions prioritaires retenus, et en partagent les objectifs qui doivent être clairs et mobilisateurs.

- Volonté plus ou moins présente d’afficher une image de marque HSE responsable devant les tiers clients, décideurs politiques, actionnaires, banquiers…. Notre société a une aversion accrue aux risques, et, lorsqu’il s’agit de risques professionnels, la dénonciation des entrepreneurs privilégiant le profit à la sécurité est un thème porteur et ravageur pour l'image de l'entreprise, dont les parts de marché peuvent souffrir, surtout pour les produits destinés au grand public, et qui peuvent perdre la confiance que leur accorde les décideurs politiques ou financiers.

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- OFFICIEL PREVENTION : Formation > Formation continue à la sécurité : Le retour d'expérience et la sécurité du travail.
- OFFICIEL PREVENTION : Formation > Conseils : Les systèmes de management de la santé et de la sécurité au travail (SMSST)

Juin 2012

 



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