La prise en compte du risque incendie sur les lieux de travail

En France, de nombreux incendies se déclarent chaque jour.
Si le nombre de victimes directes (décès, brûlés, intoxiqués
par les fumées) est relativement peu important,
en revanche, les coûts engendrés s’avèrent très élevés.
La prise en compte du risque incendie en prévention est fondamentale, d’autant plus que la destruction par le feu d’un établissement industriel ou commercial entraîne très souvent sa fermeture temporaire ou définitive.

L'incendie sur les lieux de travail est un sujet très préoccupant et d'actualité permanente. Chaque année, des victimes sont à déplorer lors d'incendies d'établissements industriels et commerciaux. Dramatiques sur le plan humain, ces sinistres le sont aussi sur le plan économique : dans près de 70 % des sinistres, l'entreprise disparaît et le personnel se retrouve au chômage. Ce dossier rappelle les éléments de base nécessaires à la prévention des incendies en milieu de travail, et présente les mesures techniques et organisationnelles qu'il est fondamental de pérenniser.

En matière d'incendie, la réglementation vise essentiellement à assurer la protection des personnes. De plus, les assureurs préconisent des mesures propres à protéger les biens.

Les deux grands principes destinés à la protection des personnes contre le risque « incendie » sont :

  • leur évacuation hors des bâtiments,
  • leur isolement dans des zones résistant au feu.

Le premier texte auquel doivent se référer les chefs d’établissements est le Code du travail. Les articles spécifiques au risque « incendie » y sont peu nombreux : ils concernent essentiellement l’évacuation des personnes et le désenfumage.
Les règles régissant la prévention du risque incendie tiennent compte du nombre de personnes susceptibles d’être présentes dans l’établissement.
Le code du travail stipule que le chef d’entreprise doit prévoir des visites périodiques du matériel ainsi que des exercices (tous les 6 mois).

De plus, si l’établissement industriel est également un établissement recevant du public (ERP) ou un immeuble de grande hauteur (IGH), bâtiments régis par des textes réglementaires spécifiques, il appartient aux chefs d’établissements de retenir des solutions lui permettant de respecter les textes auxquels il est soumis.

Il est nécessaire d’agir le plus précocement possible après le déclenchement d’un incendie afin de limiter ses conséquences.

Le risque incendie en quelques chiffres

L'incendie est le sinistre le plus connu de tous et sans doute celui pour lequel il existe le plus grand nombre de moyens de prévention.
Le nombre des incendies représentait, en 2003, 2 accidents du travail sur 10 000 (selon les statistiques de la Caisse nationale de l'Assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) pour le régime général de la Sécurité Sociale.
Tout établissement industriel est concerné. Citons notamment les entrepôts et les locaux commerciaux responsables de 15 % des sinistres et les industries où des fours sont en action (aciéries, cimenteries, verreries…) avec près de 20 % des sinistres.

Alarme et alerte

L'alarme est un avertissement donné par l'entreprise au personnel (et au public dans certains cas), par un signal sonore et / ou visuel à l'intérieur de l'établissement et informant d'un danger généralement invisible et inodore de l'endroit ou l'on se trouve. Toute les personnes présentes doivent évacuer rapidement et dans le calme l'établissement.
L'alerte est la retransmission vers les services de secours publics. Elle est transmise en général par le téléphone urbain, mais peut également l'être par ligne directe, avertisseur privé ou personne extérieure. Le message d'alerte doit contenir :

  • l'identification de la personne qui appelle ;
  • l'adresse exacte du sinistre et le numéro de téléphone ;
  • la nature et l'ampleur du sinistre ;
  • le nombre de blessés éventuellement ;
  • les risques particuliers, les facteurs aggravants.

Il faut prévoir l'accueil des services de secours à l'entrée de l'établissement dès que l'alerte est donnée.

L'évacuation du personnel

L'évacuation est la mise à l'abri d'un danger imminent, du personnel et du public. Ils sont dirigés vers une zone de sécurité souvent à extérieure des locaux.
Il ne faut pas prendre une alarme à la légère et ne jamais la considérer comme un simple exercice (pas le temps de le vérifier ; chaque minute compte).

Les quelques règles suivantes permettent d'évacuer les lieux en toute sécurité :

  • Cesser immédiatement le travail,
  • Eteindre les appareils électriques,
  • Fermer les fenêtres,
  • Evacuer les lieux en tirant les portes derrière sois et se diriger vers la sortie de secours la plus proche et dégagée des fumées, en empruntant le chemin le plus court (si les lieux sont enfumés, il faut se baisser, l'air frais se trouve près du sol),
  • Ne jamais utiliser les ascenseurs et les monte-charges, même pour les personnes handicapées,
  • Ne jamais revenir en arrière, qu'elle qu'en soit la raison,
  • Garder son calme et se conformer aux instructions de la Direction, de l'équipe d'évacuation et / ou des services de secours,
  • Rejoindre le point de rassemblement (au moindre doute de l'absence d'un(e) collègue resté(e) dans l'établissement, prévenir immédiatement les secours),
  • Aider les personnes handicapées à sortir rapidement. Lorsque ce n'est pas possible, les éloigner loin du sinistre et les placer dans une pièce près d'une fenêtre accessible aux pompiers de l'extérieur. Ne pas les laisser seule et faire prévenir les secours.

Ces consignes de sécurité sont affichées dans l'entreprise et tout salarié doit en prendre connaissance afin de savoir comment agir en cas d'incendie.

Plusieurs équipes d'intervention sont déterminées dans l'entreprise : une première équipe, est chargée de donner l'alerte, combattre le feu au départ de l'incendie, mettre en œuvre les moyens de premiers secours et rendre compte de la situation avec les moyens disponibles sur place.
La seconde équipe, qui doit avoir reçu une formation adaptée (risque incendie, évolution en milieu hostile, connaissance des lieux, des cheminements et des accès pompiers, identification des risques particuliers de l'établissement..) a pour mission de rejoindre le point de rassemblement de l'équipe dès réception du signal d'alarme, de se munir des moyens de premiers secours à sa disposition, de mettre en œuvre tous les moyens de lutte contre l'incendie, d'accueillir et guider les secours extérieurs et de rendre compte de la situation en signalant la localisation du sinistre.
Un dossier technique, aide mémoire indispensable pour les équipes de sécurité, pourra être constitué où figureront les différentes installations techniques (ascenseurs, locaux électriques, moyens de secours, dangers potentiels...) et les premières mesures à prendre.

Les exercices d'évacuation, préparés et non improvisés, permettent :

  • de sensibiliser l'ensemble des occupants sur leur sécurité,
  • de vérifier que l'alarme est audible de tous les locaux et bien interprétée de tous,
  • de leur faire connaître les cheminements d'évacuation à emprunter,
  • de relever les difficultés rencontrées ou les erreurs commises,
  • de tester la validité des consignes,
  • de réduire le temps total d'évacuation
  • d'apporter des modifications à l'organisation de la sécurité.

La direction de l'entreprise n'est pas tenue d'informer le personnel à l'avance lors de l'organisation des exercices. Les sapeurs-pompiers peuvent apporter leur aide mais celle-ci n'est pas obligatoire.

Les moyens d'extinction

- Les R.I.A. ou Robinets d'Incendie Armés constituent des moyens de secours de première intervention. Ils sont implantés à l'intérieur des bâtiments, le plus près possible des risques à protéger et doivent pouvoir atteindre toute la surface des locaux (dans les locaux à risques importants, tout point de la surface doit pouvoir être atteint par au moins deux jets de lance).

- Les extincteurs : appareil contenant un produit extincteur qui peut être projeté et dirigé sur un feu par l'action d'une pression. Il est utilisé pour éteindre un début d'incendie.
Dans les E.R.P., la protection de base est toujours réalisée avec des extincteurs à eau pulvérisée de 6 litres minimum à raison d'un extincteur par tranche de 200 m2 (la distance à parcourir pour atteindre l'appareil doit être inférieure à 15 mètres).
Il existe plusieurs types d'extincteurs, destinés à agir sur des foyers différents (il est inefficace voire dangereux de les utiliser à mauvais escient).

  • Les extincteurs à eau pulvérisée : on les utilise pour les feux de classe A et pour les feux sur les personnes. L'eau agit par refroidissement. Il ne faut pas les utiliser sur une installation électrique supérieure à la moyenne tension (1000 Volts).
  • Les extincteurs à eau pulvérisée avec additif : on les utilise pour les feux de classe A et B (suivant l'additif). Ils agissent par refroidissement sur les feux de classe A et par étouffement sur les feux de classe B. Il ne faut pas les utiliser sur les feux de liquides polaires (alcool...) ni sur une installation électrique supérieure à la moyenne tension (1000 Volts).
  • Les extincteurs à CO2 / à neige carbonique : on les utilise pour les feux de liquides inflammables B et pour les feux d'origine électrique. Le CO2 agit par étouffement et/ou par refroidissement. Il ne faut surtout pas toucher ni le tromblon ni la base de l'extincteur car la température descend à -78° C.
  • Les extincteurs à poudre : on trouve deux types de poudre. La poudre ABC est utilisée pour les feux de liquides inflammables et les feux de gaz. La poudre BC agit par inhibition alors que la poudre ABC agit par inhibition et étouffement.

- Les colonnes sèches : elles doivent être installées dans les établissements dès lors que des locaux à risques importants sont aménagés dans les étages dont le plancher bas est à plus de 18 mètres du niveau de la voie accessible aux engins de secours. Elles sont mises en charge au moment de l'emploi par raccordement aux engins pompes des sapeurs-pompiers à l'aide de tuyaux simples.

- Les colonnes humides : c'est une colonne remplie d'eau sous pression en permanence, alimentée à partir de réserve d'eau par les surpresseurs. Elles peuvent être imposées dans certains établissements importants tels que les I.G.H.

- Les déversoirs et rideaux d'eau : placés en partie haute de certains locaux, ils ont pour but de noyer les locaux à fort potentiel calorifique où l'incendie est susceptible de se développer très rapidement. Ils sont alimentés soit par une canalisation faisant partie d'un R.I.A. soit par une canalisation exclusivement destinée à cet usage. Les rideaux d'eau peuvent être imposés pour améliorer la résistance au feu de certains éléments de construction mais ils ne peuvent en aucun cas remplacer un mur résistant au feu.

- Les Sprinkleurs : "installation fixe d'extinction automatique à eau". Une telle installation a pour but de surveiller en permanence un risque, de déclencher une alarme en cas d'incendie, d'éteindre ou de contenir un début d'incendie (attaque immédiate du foyer). On trouve deux types de têtes de Sprinkleur, avec fusible ou avec ampoule : le fonctionnement est identique. Lorsque la température monte, le fusible ou l'ampoule est détruite et l'arrosage se déclenche.

Principe d'une démarche de prévention

  • Eviter les risques,
  • Evaluer les risques qui ne peuvent être évités,
  • Combattre les risques à la source,
  • Adapter le travail à l'homme,
  • Tenir compte de l'état d'évolution de la technique,
  • Remplacer ce qui est dangereux,
  • Planifier la prévention,
  • Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle,
  • Former et informer les salariés sur les risques et leur prévention.

D'après le Code du travail (article L. 230-2)

La prévention doit être organisée en amont et pensée dès l'aménagement Un responsable incendie est désigné. Il travaille avec le responsable de maintenance et la médecine du travail, les services départementaux d'incendie et de secours ainsi que les instances représentatives du personnel (CHSCT, délégués du personnel…). L'entreprise planifie les différentes étapes de la démarche de prévention et la communique aux salariés.
Il est également nécessaire de bien connaître l'ensemble de la réglementation relative au risque incendie ainsi que les règles d'installations des sociétés d'assurance (entre autres, les règles APSAD de la Fédération française des sociétés d'assurance).

L'évaluation des risques

Il faut identifier les origines possibles d'un incendie et les sources potentielles d'inflammations.
Les produits combustibles représentent un risque. Il faut donc établir leur liste, étudier leur nature, connaître leurs caractéristiques physico-chimiques, recenser leurs conditions de stockage ou d'utilisation (quantités…).
Pour éviter le risque d'incendie, il est nécessaire d'agir soit sur les combustibles, les comburants ou les sources d'ignition. Mais il n'est pas possible de supprimer les combustibles ou les comburants sur le lieu de travail ; l'action se portera donc sur les sources d'ignition potentielles.
Le risque incendie est évalué et retranscrit dans le document unique qui permet ensuite à l'employeur d'élaborer un plan d'action définissant les mesures de prévention et d'évacuation.

Mots clés

  • Combustible
    Matière capable de se consumer (matériau de construction, bois, charbon, essence, butane…)
  • Comburant
    Corps qui en se combinant avec un combustible permet la combustion (oxygène, air, peroxydes…)
  • Source d’énergie ou d’ignition
    Énergie nécessaire au démarrage de la réaction chimique de combustion (électricité, travaux par point chaud ou flamme nue, cigarette…)
  • Point éclair
    Température minimale (en °C) à laquelle, dans des conditions d’essais spécifiés, un liquide émet suffisamment de gaz inflammables capables de s’enflammer momentanément en présence d’une source d’inflammation
  • Pouvoir calorifique
    Quantité de chaleur dégagée par la combustion complète de l’unité de masse ou de volume d’un combustible donné
  • Réaction au feu
    Comportement d’un matériau qui, par sa propre décomposition, alimente un feu auquel il est exposé
  • Résistance au feu
    Aptitude d’un matériau à conserver, pendant une durée déterminée, la stabilité au feu, l’étanchéité au feu et l’isolation thermique
  • Classes de feu
    Classification normalisée des différents feux pouvant être rencontrés, sur lesquels se basera le choix du ou des agents extincteurs
  • Désenfumage
    Système ou dispositions constructives assurant l’évacuation des fumées et des gaz chauds produits au cours d’un incendie

Dossier INRS " Incendie et lieux de travail " : www.inrs.fr/dossiers/incendie.html