Une forme de pénibilité peut en cacher d’autres.


   
Cette entreprise de plus de 200 salariés qui appartient à un grand groupe est spécialisée dans la fabrication de petit matériel électrique. Son activité est organisée dans le cadre de deux ateliers de production et selon deux process d’assemblage, l’un manuel et l’autre automatique. Dans le premier atelier, l’organisation du travail est individualisée, tandis qu’elle est collective dans le second.
Le personnel qui travaille dans ces ateliers est essentiellement féminin à l’exception de quelques hommes qui assurent les approvisionnements.

   
Dans le premier atelier d’assemblage manuel, le personnel est âgé et il est atteint de troubles musculo-squelettiques. Cela entraîne des difficultés dans la réalisation de l’activité et des restrictions d’aptitude qui amènent l’entreprise à rechercher des solutions de transformation du process pour diminuer les traumatismes subis par ces personnes.
Elle sollicite l’ARACT pour réaliser un diagnostic en lien avec les opératrices et l’encadrement de proximité concernés. Font partie du groupe de pilotage la direction du groupe, la direction, et l’encadrement du site, le médecin du travail et les membres du CHSCT.

   
Dès le début de l’intervention, il est apparu que la pénibilité au travail ne concerne pas seulement les postes de travail manuel du premier atelier ; mais aussi l’atelier de production automatisé.

Dans un premier temps, les observations et entretiens ont porté sur les postes manuels. Une typologie de ces postes a été dressée qui a fait apparaître des différences selon l’ergonomie du poste de travail : amplitude et répétitivité des gestes, nature de la tâche et de l’effort à fournir, cadence à respecter, variabilité des tâches, l’expérience acquise dans le secteur, sur la tâche… Par ailleurs, en cas de retard des approvisionnements, on observe que les opératrices accroissent leur charge de travail en allant chercher elles-mêmes le matériel dont elles ont besoin. En d’autres termes, même si le port de charge ne figure pas en tant que tel dans la prescription de travail, il constitue l’un des facteurs de pénibilité physique inhérents à cette activité (écart entre le travail prescrit et le travail réel).

Dans un second temps, nous nous sommes intéressés à l’atelier de production automatisée, où apparaissent des contraintes liées au port de charge (approvisionnement des trémies), mais surtout au travail en équipe, à la gestion des pannes aléatoires et à la charge mentale du travail de surveillance du fonctionnement des machines en ligne.

Les contraintes identifiées dans les deux ateliers, manuel et automatique, sont ainsi à l’origine de deux formes de pénibilités, l’une physique, l’autre mentale.

Après échange avec les opératrices, celles-ci évoquent une troisième forme de pénibilité, qui est de l’ordre du ressenti et qui est liée aux horaires de travail (en continu pour le travail sur machines, lesquelles ne s’arrêtent jamais), aux perturbations des rythmes biologiques et de vie familiale induits par le travail dans l’atelier automatique pour certaines et par la généralisation des horaires décalés dans l’atelier manuel pour les autres.

A l’origine, ce système de changements d’horaires de travail a été mis en place sur la base du volontariat. Le choix était laissé à la discrétion des salariées. Celles qui ont opté pour ce changement ont du même coup consenti à changer d’atelier, les autres sont restées dans l’atelier manuel. Pour celles-ci, la généralisation des horaires décalés dans l’atelier manuel a sans doute été vécue comme une modification difficile à accepter des conditions antérieures qui avaient justifié leur choix ; en conséquence le fait de rester dans l’atelier manuel s’est accompagné d’une forme de résistance à cette nouvelle donne et d’un refus délibéré de coopérer. C’est la superposition de cet ensemble de facteurs qui explique sans doute le fait qu’il y ait dans le secteur manuel une sur-représentation de salariées vieillissantes et en situation de restriction d’aptitude.

   
Lors de la restitution de l’enquête, la direction du site a mis en doute la pertinence de ses conclusions en ce qui concerne la dernière forme de pénibilité. Elle considère que cette pénibilité est trop subjective et qu’elle ne concerne qu’un nombre limité de personnes facilement repérables.
De plus, l’absence à cette réunion, des opératrices directement concernées n’a pas permis de préciser ces problèmes et de leur trouver des solutions.
Néanmoins, le questionnaire sur les conditions de travail administré à l’ensemble du personnel des deux ateliers a permis de lever ce doute, en confirmant l’importance de cette question d’un point de vue statistique.

Au-delà de l’aspect statistique, il est possible de s’appuyer sur des travaux récents qui montrent l’impact des changements « négatifs » survenus dans la situation de travail sur l’apparition de troubles de santé, notamment au-delà de 50 ans.
En conclusion, il est apparu nécessaire d’associer les salariés dans les processus de changement qui les affectent et de faire en sorte que, au moment où ils sont consultés et où ils ont à opérer des choix, ils aient une parfaite connaissance des données du problème et des conséquences des choix qu’ils seront amenés à faire.

   
Antoine KOUBEMBA, chargé(e) de mission, ARACT Limousin


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