Le facteur humain dans la prévention des risques professionnels

Des réglementations constamment renforcées, des équipements individuels de protection toujours plus efficaces, des dispositifs de sécurité sur les machines en constante amélioration etc.…ont permis d’assurer tout au long du 20èm siècle une baisse constante de la fréquence des accidents du travail et de leur gravité, mais on assiste en ce début du 21èm siècle à un plafonnement des performances en matière de sécurité au travail : une prévention efficace des risques professionnels doit nécessairement prendre en compte le facteur humain et cet aspect n’est pas toujours suffisamment considéré par les préventeurs ...


Des réglementations constamment renforcées, des équipements individuels de protection toujours plus efficaces, des dispositifs de sécurité sur les machines en constante amélioration etc.…ont permis d’assurer tout au long du 20èm siècle une baisse constante de la fréquence des accidents du travail et de leur gravité, mais on assiste en ce début du 21èm siècle à un plafonnement des performances en matière de sécurité au travail : une prévention efficace des risques professionnels doit nécessairement prendre en compte le facteur humain et cet aspect n’est pas toujours suffisamment considéré par les préventeurs ; l’analyse comportementale est négligée souvent au profit de l’analyse de prévention traditionnelle, technique et organisationnelle.
Pourtant, l’implication des employés est à la base de la culture sécuritaire : leurs comportements à risque sont à la source d’accidents, même si le poste de travail possède des dispositifs de sécurité et malgré de bonnes conditions de travail.
Les « erreurs humaines » sont souvent révélées lors des expertises des accidents, ce qui confirme la nécessité d une meilleure prise en compte des aspects comportementaux dans la démarche globale de prévention : cela vise à créer une culture de sécurité, en identifiant les comportements à risque les plus fréquemment adoptés par les employés, en développant leur sensibilisation, leur responsabilisation et leur implication lors des observations et des feedback.

La perception du risque

D’une manière classique, l’évaluation des risques professionnels identifie les sources de dangers et les classe en fonction de leur fréquence et de leur gravité, permettant de calculer un niveau de criticité : cette matrice à deux dimensions (probabilité × conséquences) est le résultat d’une étude rationnelle, mais ces notions de fréquence d'occurrence et de gravité et ne sont pas les seuls éléments pris en compte par les travailleurs : d'autres variables de dimensions psychosociologiques ou cognitives modifient leur perception du risque et sont par conséquent susceptibles d'influencer les deux facteurs constitutifs de la démarche d’évaluation des risques, en particulier celui relatif à la probabilité («moi,  j’ai de l’expérience », « en 20 ans de travail, cela n’est jamais arrivé »).

En effet, la perception des risques est souvent affectée d’un certain nombre d’illusions ou de biais perceptifs et ces illusions sont susceptibles d’affecter  le comportement vis-à-vis de la sécurité et de la motivation à sa propre protection.

La maîtrise des risques ne peut donc pas se concevoir sans prendre en compte la perception que les personnes concernées en ont. En effet, on a pu remarquer que, même si on informe les individus sur les risques auxquels ils peuvent être confrontés et si on leur donne les moyens d’y faire face, ces derniers n'en changent pas forcément leurs comportements, en continuant de ne pas porter certains équipements nécessaires à leur protection comme las casques ou lunettes de sécurité par exemple.

C’est pourquoi, partir du principe qu'une fois l'information et la formation sont donnés, les comportements de sécurité s'effectueront de manière appropriée n’est pas du tout certain.
La prévention des risques, par de l’information, de la répression, peut n’avoir que peu d’effet ou des effets pervers parce que les travailleurs adoptent souvent des attitudes de déni du risque pour eux- mêmes, ou que le flot d’éléments sur les dangers ont suscité chez eux un certain fatalisme ou un relativisme face aux risques. De même, la perspective de sanctions vis à vis des manquements aux consignes de sécurité peut générer des conséquences néfastes comme la dissimulation des sources de dangers.
Ainsi,  une étude de la perception et de l’évaluation subjectives des dangers, dans les stratégies de maîtrise des risques, est importante : en effet, la perception des risques intervient  dans l’acceptation et l’adhésion à ces stratégies d’action.

L’approche comportementale

La difficulté de prévenir les risques comportementaux est grande : elle nécessite une intervention de spécialistes le plus souvent provenant de cabinets de conseil qui ont développé des méthodologies adéquates et éprouvées.

La première difficulté réside dans le fait qu’un directeur d’usine, par exemple, n’a pas toujours l’habitude de se référer à des intervenants susceptibles de remettre en cause ses pratiques organisationnelles et comportementales. Le premier préalable est donc que le management lui-même soit persuadé de créer la dynamique requise pour nourrir un processus d’amélioration et il convient de connaître sa propre perception du risque et son implication dans la maîtrise de la sécurité.

La deuxième difficulté réside dans le fait que tous les différents acteurs de l’entreprise doivent être impliqués : le développement d’une conscientisation de chacun au sein de l’entreprise est nécessaire et tous les acteurs doivent comprendre à la fois qu’il ne sert à rien de veiller à la sécurité si celle-ci ne s’applique pas à l’ensemble de la chaîne,  et que ce sont tous les opérateurs qui, individuellement et in fine, sont responsables de leur propre sécurité et qu’ils doivent en être profondément convaincus.
Cette démarche d’appropriation signifie que les bonnes pratiques de sécurité seront d’autant plus appliquées que les opérateurs auront été associés à leur élaboration.
Des techniques d’animation sont utilisées pour amener un groupe d’opérateurs à travailler sur des cas concrets d’accidents survenus dans l’entreprise et à identifier les bonnes pratiques qui auraient pu les éviter pour permettre à chacun des membres du groupe de travail d’être sensibilisé personnellement à la sécurité, de prendre conscience, exemples à l’appui, des conséquences résultant de l’absence de mesures de prévention adéquates.
L’observation réciproque de ses comportements par ses collègues de travail, guidée par l’animateur, permet une émergence collectivement partagée des comportements surs et de ceux à risques. Ce dialogue positif sur les gestes sûrs et à risque permet de valoriser les gestes sécuritaires, et, a contrario, de stigmatiser ceux qui ne le sont pas. On parvient à un accord sur le risque et ses conséquences, c’est à dire à une perception collective moins biaisée par les jugements personnels.
Cette évolution de la perception du risque entraîne la  prise de conscience de la nécessité de modifier son comportement. Il faut alors accompagner les participants pour qu’ils identifient les causes du comportement à risque et qu’ils expriment leurs idées pour entreprendre des actions correctives.

Janvier 2010