L’organisation du travail à l’épreuve des risques psychosociaux

Les risques psychosociaux auxquels sont exposés certains salariés sont susceptibles de dégrader leur santé physique et mentale. L’enquête Sumer de 2010 permet de repérer les situations de travail qui accroissent ces risques, comme la tension au travail (job strain) ou le manque de reconnaissance.

L’organisation du travail à l’épreuve des risques psychosociaux

Source : DARES Analyses 2016-004 (8 pages, janvier 2016) - http://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/etudes-et-syntheses/dares-analyses-dares-indicateurs-dares-resultats/article/l-organisation-du-travail-a-l-epreuve-des-risques-psychosociaux

  • Résumé de l’étude DARES

    « Les risques psychosociaux auxquels sont exposés certains salariés sont susceptibles de dégrader leur santé physique et mentale. L’enquête Sumer de 2010 permet de repérer les situations de travail qui accroissent ces risques, comme la tension au travail (job strain) ou le manque de reconnaissance.

    Les salariés qui exercent des fonctions d’exécutants sont davantage exposés aux risques psychosociaux que les autres. Le job strain concerne plus les femmes en raison d’une plus faible autonomie dans le travail et de marges de manœuvre réduites. Les hommes qui exercent des fonctions occupées majoritairement par des femmes sont plus touchés par le manque de reconnaissance de leur travail. La fonction publique hospitalière s’avère particulièrement concernée par les risques psychosociaux.

    Les modes d’organisation du travail, comme les contraintes de rythme, influencent le risque d’exposition aux facteurs psychosociaux. Ces derniers sont fortement liés à l’impossibilité de faire correctement son travail par manque d’information, de coopération et de moyens. Travailler en contact direct avec le public est en revanche un facteur protecteur, à condition qu’il n’y ait pas de tension avec le public.

    Les salariés les plus exposés au job strain ou au manque de reconnaissance se déclarent en moins bonne santé que les autres et sont plus souvent concernés par des symptômes dépressifs et anxieux. Les risques psychosociaux augmentent aussi le risque d’accident du travail et d’absentéisme, notamment pour les hommes qui déclarent un manque de reconnaissance.»

  • Analyse des points essentiels de l’étude DARES

    Les salariés ne sont pas exposés à la même intensité de risques psychosociaux selon leur catégorie professionnelle, leur sexe ou leur secteur d'activité.

    - Les fonctions d’exécutants sont plus concernées par les risques psychosociaux

    Le job strain ou tension au travail associe une faible autonomie et une forte exigence de travail (modèle de Karasek), et varie selon la catégorie socioprofessionnelle. La tension au travail sera particulièrement forte dans les catégories socioprofessionnelles ayant à la fois une faible latitude décisionnelle et une forte charge de travail, répétitive, soumise au rendement et au contrôle ... : employés administratifs, ouvriers non qualifiés des industries de process, employés de commerce et de service... A l’inverse, certaines fonctions demandent certes de fortes exigences au travail mais bénéficient d’une plus grande marge de manœuvre : chercheurs, cadres et ingénieurs. Les aspects d’insuffisance de soutien social, d’aide morale et de reconnaissance des efforts et des résultats de la part de la hiérarchie influencent aussi la tension mentale au travail. Les principaux métiers concernés sont les ouvriers de l’industrie, les employés des transports, de la logistique et du tourisme. La fonction publique hospitalière est aussi particulièrement touchée par les risques psychosociaux. Les agents ou salariés de cette fonction sont nombreux à déclarer être exposés au job strain, se caractérisant par le sentiment d’effectuer une quantité de travail excessive sans soutien moral, notamment chez les aides-soignantes et les infirmières.

    - Le sexe influence l’exposition au risque psychosocial

    Les hommes et les femmes ne sont pas également exposés aux facteurs psychosociaux : le quart des femmes contre un cinquième des hommes déclarent subir une forte tension mentale au travail.

    Les femmes déplorent principalement un manque d’autonomie ou de marges de manœuvres alors que les hommes déplorent prioritairement un manque d’estime pour leur travail. C’est notamment le cas des postes occupés majoritairement par des femmes : nettoyage, gardiennage, entretien ménager, secrétariat et accueil. Ces postes d'exécutants majoritairement féminins font état aussi plus fréquemment de comportements sexistes stressants dans les milieux professionnels à dominante masculine.

    - Certaines contraintes organisationnelles renforcent les risques psychosociaux

    Les contraintes organisationnelles peuvent fortement contribuer à se trouver dans une situation de tension au travail. Ces contraintes organisationnelles peuvent être le fait de travailler de nuit, de devoir souvent interrompre son travail, de ne pas avoir d’informations claires et suffisantes pour faire correctement son travail, de travailler au-delà des horaires officiels prévus sans compensation... Ces contraintes organisationnelles et modes d’organisation ont en commun de renforcer l’exposition aux risques psychosociaux : les salariés exposés à au moins trois contraintes de rythme, ceux qui travaillent au-delà des horaires officiels ou encore ceux qui sont exposés à des pénibilités physiques sont davantage soumis au job strain.

    Le fait d’être en contact direct avec du public, en face à face ou au téléphone, est aussi une source de tension, du fait du risque de violence verbale, voire physique.

    Ne pas être en mesure de faire correctement son travail est également un facteur de risques psychosociaux, par manque d’information, de coopération et/ou de moyens : il y a alors d’une inadéquation entre les objectifs fixés aux salariés et les moyens effectifs dont ils disposent pour les atteindre.

    Enfin, des « objectifs chiffrés précis à atteindre » entrainent pour le tiers des salariés qui y sont soumis, un risque plus élevé de tension mentale au travail, due aux critères exigeants de productivité fixés.

    En revanche, l’entretien d’évaluation individuel et annuel des salariés est considéré comme un facteur protecteur du manque de reconnaissance, si ces entretiens reposent sur des critères « précis et mesurables ».

    - Un impact certain des risques psychosociaux sur la santé

    Les salariés soumis à un fort job strain perçoivent leur état de santé mentale ou physique comme étant altérée : c’est surtout le cas des femmes, en raison notamment de la proportion plus forte d’entre elles ayant des emplois précaires ou subalternes. C’est aussi la part des salariés éprouvant un manque de reconnaissance au travail qui augmente beaucoup la probabilité de signaler un état de santé général moyen, mauvais ou très mauvais.

    Cet impact sur la santé se répercute clairement sur l’absentéisme maladie. Il résulte en effet que « les salariés exposés aux facteurs psychosociaux déclarent plus souvent des absences pour maladie, et en nombre plus important ». Le risque de cumuler au moins trois arrêts de travail dans l’année est doublé pour les salariés qui subissent des tensions, et triplé (ou quadruplé pour les hommes) pour ceux qui déclarent manquer de reconnaissance. Le risque de présenter des symptômes dépressifs ou anxieux, la fréquence des accidents du travail sont aussi majorés.


Voir aussi les dossiers :

- OFFICIEL PREVENTION : Protections collectives - Organisation – Ergonomie > Psychologie du travail : La notion de charge mentale au travail

- OFFICIEL PREVENTION : Formation > Formation continue à la sécurité : Conditions de travail et satisfaction au travail

Septembre 2016