La prévention des risques professionnels des détergents et désinfectants.

Les produits détergents et désinfectants sont très largement utilisés. Toutes les opérations d'entretien et de nettoyage y font appel,
pour débarrasser des surfaces inertes de toutes souillures visibles et inactiver ou tuer les micro-organismes présents.


Les produits détergents et désinfectants sont très largement utilisés dans les industries agro-alimentaires, les cuisines collectives, en milieu hospitalier, dans l’hôtellerie/restauration … Toutes les opérations d'entretien et de nettoyage y font appel, pour débarrasser des surface inertes (sols, murs, plans de travail, mobilier, dispositifs médicaux…) de toutes souillures visibles et inactiver ou tuer les micro-organismes présents.

Les agents détergents et désinfectants utilisent souvent des produits chimiques très agressifs susceptibles de provoquer des intoxications par inhalation ou absorption et des brûlures cutanées ou oculaires, ou des sensibilisations allergiques (eczéma, asthme…).
Le risque est parfois difficile à évaluer car la nocivité du produit est liée soit à plusieurs molécules principales dans des mélanges (ex. : détergents /désinfectants), soit à des molécules additionnelles destinées à préserver le produit (ex. : conservateurs).
Ces pathologies irritatives et/ou allergiques (asthme, dermites, eczéma …), atteignant la peau et les muqueuses, nécessitent d’adopter des mesures de prévention collective et de protection individuelle, car celles-ci peuvent avoir des conséquences graves, obligeant parfois à un reclassement professionnel.

Les différents produits détergents et désinfectants

Les produits détergents et désinfectants ont généralement une composition complexe et mélangent un ou plusieurs principes actifs à de nombreux adjuvants ou excipients (dont des sels minéraux, des  conservateurs, colorants, parfums...) et un solvant aqueux ou alcoolique.

  • Les détergents sont des agents chimiques destinés au nettoyage : savons, lessives, nettoyants pour les sols, les surfaces ou les dispositifs médicaux. Un détergent rend propre visuellement une surface.
    Les détergents contiennent des agents de surface ou «tensio-actifs» qui détachent les salissures de leur substrat, les maintiennent en suspension, les dispersent dans la phase liquide et forment une mousse plus ou moins compacte. Les tensio-actifs éliminent les salissures et se caractérisent par leurs pouvoirs mouillant, émulsifiant, dispersant et moussant.
    Un détergent est efficace s’il respecte quatre phases  (cercle séquentiel de Sinner) :
    - l’action chimique entre le produit et la salissure,
    - l’action mécanique (brossages ou frottements pour décoller la salissure),
    - la température,
    - le temps d’action du produit, durée de contact nécessaire pour que le produit soit efficace.

    Il existe plusieurs formes de présentation (liquide concentré, poudre, capsules ou granulés) et ils possèdent un pH alcalin ou acide.
  • Les désinfectants ont pour objectif de tuer ou d’inactiver momentanément les microorganismes présents sur des surfaces ou des milieux inertes contaminés.
    Leur activité dépend de leur spectre : bactéricide, virucide, fongicide.
    Les désinfectants sont destinés aux milieux inertes (sols et surfaces, dispositifs médicaux, bennes et containers à déchets…), alors que les antiseptiques sont destinés aux tissus vivants (peau, muqueuses, plaies…) et ont un statut de médicament.
    La désinfection se différencie de la stérilisation par un niveau d’exigence biologique inférieur.
    Il existe des détergents-désinfectants de pouvoir nettoyant en général moindre à celui d’un produit détergent seul.
    Toute désinfection doit être précédée d’un nettoyage pour être efficace.
  • La toxicité des détergents et désinfectants
    -
    Les tensio-actifs détruisent le film lipidique protecteur cutané et sont donc tous des irritants pour la peau avec un pouvoir nocif variable selon les compositions chimiques : les tensio-actifs cationiques (ammoniums quaternaires) et anioniques (savons) sont les plus irritants et allergènes.
    - les aldéhydes (formaldéhyde, glutaraldéhyde) utilisés pour leur activité antimicrobienne sont des molécules irritantes et sensibilisantes, générant des affections cutanées aiguës et chroniques. De plus, ces aldéhydes sont des composés organiques volatils qui dégagent des vapeurs à température ambiante responsables de symptômes respiratoires (asthme…). Le formaldéhyde est par ailleurs classé par le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) comme cancérogène certain chez l’homme.
    - L’acide peracétique est une molécule couramment utilisée dans les solutions désinfectantes bactéricides et fongicides (services médicaux, industries alimentaire et cosmétique) en remplacement du glutaraldéhyde : c’est un produit acide à la forte odeur de vinaigre, corrosif, au pouvoir irritant, dangereux à forte concentration pour la peau et les muqueuses.
    - Les oxydants (agents chlorés…) utilisés pour leur propriétés antimicrobiennes sont à l’origine de dermites irritatives, notamment avec l’eau de Javel.
    - Les amines aliphatiques et la soude, pouvant être contenues dans certains produits détergents et désinfectants, sont caustiques pour la peau et les muqueuses.
    - Les enzymes protéolytiques, les adjuvants et excipients peuvent être responsable de manifestations allergiques.
    - Les solvants alcooliques en spray pour désinfection de contact sont desséchants et irritants pour les muqueuses (aérosol).

Les principaux risques des détergents et désinfectants

Les produits détergents et désinfectants, peuvent provoquer des lésions à type d’irritation et/ou de sensibilisation allergique.
Les affections cutanées sont les plus fréquentes, suivies des atteintes des muqueuses oculaires et bronchiques.

  • les dermatites de contact avec des détergents et antiseptiques représentent la plus grande partie des risques professionnels de ces produits. La dermatite de contact comporte deux formes :

    - La dermatite de contact allergique est due aux substances allergènes. Le travailleur se sensibilise progressivement aux produits de façon spécifique du fait de la multiplicité des contacts cutanés non protégés.
    L'eczéma de contact siège au début sur les zones de contact avec les produits responsables, mais peut ensuite s'étendre au-delà : faces dorsales et latérales des doigts et des mains, face interne des poignets. Les atteintes cutanées sont érythémateuses avec lésions prurigineuses, vésiculeuses suivies d'une phase de suintement, de formation de croûtes et de desquamation, et l’eczéma peut se surinfecter.
    La dermite urticarienne de contact se traduit par des lésions avec prurit, brûlures, parfois douleurs.
    La déclaration en maladie professionnelle correspond au n°65 (allergies cutanées) du tableau des maladies professionnelles.

    - La dermatite de contact irritant, plus fréquente, est consécutive à une agression chimique de la peau, souvent aggravée par des frictions mécaniques répétées et un travail en milieu humide, à température élevée (nettoyage), ces facteurs n’entrainant pas l'intervention de mécanismes immunologiques. A noter que certains symptômes cutanés semblables sont plus de type irritatifs qu’allergiques et le traitement dépend donc d’un diagnostic correct. Toutefois, une dermite d’irritation, due à des contacts excessifs avec des produits irritants, peut créer une prédisposition à un eczéma, d'où l'importance de la prévention.

    - Les irritations cutanées se traduisent par des rougeurs (sur le dos des mains et entre les doigts), des démangeaisons (prurit), des sensations de brûlure, des fissures, desquamations et des crevasses, lésions plus au moins importantes de l'épiderme et par réaction inflammatoire au niveau du derme.

  • Les désinfectants sont des produits irritants des muqueuses oculaires, oro-rhino-laryngées et bronchiques et potentiellement sensibilisants. Ce sont des causes reconnues de conjonctivite, rhinite, et d’asthme professionnel pour le personnel soignant (décontamination du matériel médical) ou d’entretien des sols et des surfaces, et susceptibles d’être à l’origine d’un syndrome d’irritation bronchique, si inhalés à forte concentration. L’utilisation sous forme de spray augmente le risque de sensibilisation et d’irritation des muqueuses (gêne oro-pharyngée, difficultés respiratoires…).

Les mesures de prévention des risques professionnels des détergents et désinfectants

L’évaluation du risque d’exposition pour les personnes manipulant les produits détergents et désinfectants doit tenir compte de plusieurs facteurs, déterminant  la gravité du risque :

- la voie d’exposition par contact direct ou par voie aéroportée,
- la forme de présentation du produit : produit concentré ou dilué, forme liquide ou poudre ;
- les caractéristiques physico-chimiques du produit : par exemple la présence de composés organiques volatils, l’acidité ou l’alcalinité…
- les conditions d’utilisation du produit : bains de trempage et solutions, vapeurs, pulvérisation (spray), projections, chiffon imprégné…

  • La prévention technique collective

    • La connaissance des produits

L'ensemble des produits doivent être en conformité avec plusieurs réglementations fondamentales qui sont matérialisés sur l'emballage et/ou sur les documents qui accompagnent ces produits, délivrées obligatoirement et gratuitement par le fournisseur.
C’est pourquoi, les produits détergents et désinfectants doivent posséder leur Fiche de Données de Sécurité (FDS). Ce document renseigne sur la composition, les propriétés (exemple : détergent acide pour le tartre, et détergent alcalin pour une souillure organique), les caractéristiques physico-chimiques et surtout le mode d'utilisation, comme la concentration des mélanges. On y trouve également des données concernant les premiers soins, la toxicité et les précautions de manipulation. L'ensemble de ces connaissances  facilite la rédaction de la méthode de nettoyage pour optimiser l'abaissement de la tension superficielle, de meilleures réactions de saponification et d'hydrolyse… en se limitant aux plages des températures conseillées sous peine de destruction des molécules de détergent, d'où une perte d'efficacité, et aussi un danger pour les personnes suite à des émanations toxiques. Ce document est remis au chef d'établissement qui le transmet au médecin du travail et doit être porté à la connaissance des responsables utilisateurs.
Les fiches de données de sécurité qui comportent plusieurs rubriques parmi lesquelles figurent les indications suivantes :

- identification du produit,
- propriétés physico-chimiques et toxicologiques,
- précautions de stockage, d'emploi et de manipulation et celles qui doivent être prises en cas d'élimination ou de destruction,
- mesures à prendre en cas d'incendie, de dispersion accidentelle,
- informations sur le transport...

Chaque classe de danger sur l’étiquette de l’emballage est représentée par un symbole  imprimé en noir sur fond jaune.
Ce symbole est accompagné de plusieurs mentions :

- le ou les nom(s) de la ou des substance(s) qui apporte(nt) le danger,
- un certain nombre de phrases R (phrases de risque) qui renseignent sur la nature exacte du danger :
Exemple :
R36 "irritant pour le yeux"
- un certain nombre de phrases S (conseils de prudence) destinées à assurer l'utilisation du produit dans de bonnes conditions :
Exemple :
S37 "porter des gants appropriés",
- le nom, l'adresse et le numéro de téléphone du fabricant.

Bien entendu, ce type de prévention ne se concrétise que par la formation et  l’information du personnel, sur la nature des produits manipulés et de leurs effets néfastes potentiels, et  sur la compréhension des étiquettes des emballages.

    • Le choix des produits

Les substitutions de détergents ou désinfectants par d’autres beaucoup moins irritant et/ou moins allergisant apparaissent comme des solutions prioritaires. Par exemple, le remplacement du glutaraldéhyde, un désinfectant pour endoscopes et autres instruments médicaux, apparaît nécessaire lorsque des symptômes d’irritation respiratoire, cutanée et oculaire de certains employés des services d’endoscopie et des salles d’opération se manifestent : l’ortho-phthalaldéhyde, l’acide peracétique tamponné, les agents chlorés sont d’autres désinfectants de haut niveau, qui sont moins toxiques pour le personnel soignant et les patients.
De même, le formaldéhyde (formol), un désinfectant bactéricide et fongicide utilisé dans des opérations de nettoyage, est une substance très volatile, très toxique et classé cancérogène avéré, et peut être substitué par l’acide peracétique pour la désinfection de matériel médical, dans les laiteries et les brasseries, pour les désinfections d’emballages de jus de fruits.
Par ailleurs,  les produits en capsules ou en granulés diminuent les expositions par voie respiratoire par rapport aux produits en poudre ; les formulations en sachets dégradables limitent l’exposition du personnel au contact cutané.

    • La manipulation des produits

Des mesures de prévention sont indispensables pour la manipulation des produits détergents et désinfectants, particulièrement lors de la dilution des produits concentrés.
Il convient de respecter les dosages et les modes opératoires. Lors de la dilution d‘un produit, il faut d‘abord verser l‘eau dans le contenant, ensuite le produit, pour éviter les projections.
L’automatisation des mélanges suppriment les contacts avec les produits purs.
En cas de transvasement de produits, il faut veiller à multiplier les étiquettes sur chaque emballage. Les bouteilles et emballages alimentaires ne doivent pas servir au conditionnement des produits.
Des produits de natures différentes ne doivent jamais être mélangés entre eux (risque de dégagement de vapeurs dangereuses, risque d’incendie par auto-inflammation) ; en particulier un détartrant (acide) et un produit contenant de l’eau de Javel (base), car il y a alors un risque de dégagement de chlore (gaz toxique).
Ne pas laisser ouverts les récipients et traîner les chiffons souillés ou les emballages vides au poste de travail.

    • Le stockage  des produits

Le stockage des produits doit être effectué par catégorie dans les locaux prévus à cet effet, correctement ventilé et fermant à clé. Il sera limité aux quantités requises pour une période déterminée. Aucun matériel ou produit ne devra être abandonné en dehors des emplacements autorisés ou laissé sans rangement après chaque intervention.
Des procédures de stockage non adaptées peuvent entraîner une fragilisation des emballages à l'origine de fuites ou de ruptures accidentelles, de pollutions.
Il convient également de limiter au maximum les quantités stockées et n’entreposer dans les ateliers que les quantités de produits ne dépassant pas celles nécessaires au travail d'une journée.

    • la ventilation des locaux

La ventilation du local de travail, et le captage des désinfectants à la source et rejet à l’extérieur du local doit assurer un renouvellement d'air en permanence afin de limiter les risques pour la santé. La ventilation et l’aération des lieux de travail jouent un rôle essentiel pour limiter la concentration de l'ensemble des vapeurs dans l'air ambiant et les évacuer des lieux de travail, de façon à respecter les valeurs limites d’exposition.

Ainsi, les bains de glutaraldéhyde ou d’acide peracétique ouverts ou transvasés manuellement doivent être effectués dans une pièce adaptée, avec capture des vapeurs au lieu d’émission et extraction de l’air pollué, ou à défaut un renouvellement d’air suffisant dans la pièce par une ventilation mécanique.

  • La prévention individuelle

La mise en place d’une protection individuelle est nécessaire car les mesures d’élimination ou de réduction des risques par la prévention collective sont insuffisantes dans les opérations d’entretien, de nettoyage ou de désinfection, puisque la manipulation et le contact avec les produits restent indispensables.
C’est ainsi que le port d’équipements de protection individuels (EPI) s’impose car les risques ne pourront être évités ou suffisamment limités par des moyens techniques de protection collective.
Ces équipements sont utilisés pour réduire le plus possible l'exposition aux agents chimiques  nocifs des détergents et désinfectants.

    • Le port de gants

Il y a de nombreuses possibilités de contact avec la main lors des transvasements ou de dilution par exemple, et il s’avère indispensable de porter des gants de protection adaptés à la tâche effectuée et au produit manipulé.
Des gants adaptés, à longues manchettes, pour éviter la pénétration des produits à l’intérieur, en vinyle, nitrile ou polyéthylène, sont préférables au latex, responsables d’allergies. Le nitrile est le matériau recommandé pour le contact avec l’acide peracétique.

    • Des vêtements protecteurs

Une  tenue vestimentaire adéquate (blouses de protection) assure la protection des membres supérieurs et inférieurs.
Un tablier imperméable et des lunettes de protection sont également conseillés pour la manipulation de substances caustiques et irritantes (soude, glutaraldéhyde).
En cas d’urgence (fuites ou déversements importants, particulièrement en milieu confiné), pour des travaux exceptionnels de courte durée dans des atmosphères polluées par des vapeurs de désinfectants, il est nécessaire de porter un appareil de protection respiratoire : masque à cartouche avec un filtre adapté au produit.

    • La surveillance médicale

La détection au plus tôt des irritations cutanées et l'intervention du médecin du travail permet l'identification des travailleurs prédisposés aux allergies professionnelles et le retirement de l'exposition afin de prévenir une maladie chronique due aux contacts des détergents et désinfectants.
En cas d'une allergie aux détergents ou désinfectants, établie et invalidante (asthme notamment), le changement de poste pour une éviction totale de l'allergène concerné peut être demandé par le médecin du travail, qui, conformément à l'article L241-10-1 du Code du Travail, est habilité à proposer des mesures individuelles telles que mutations ou transformations de postes, justifiées par des considérations relatives à l'état de santé physique des travailleurs qui ne correspondent plus au travail exigé.

Janvier 2011