La prévention des risques professionnels des hydrocarbures

Les risques professionnels présentés par les hydrocarbures, utilisés de façon massive dans tous les secteurs, sont de deux ordres : d'une part le risque pour les gaz et les liquides volatils d’asphyxie et d’incendie ou d’explosion, car la plupart des hydrocarbures sont inflammables, et d'autre part la toxicité (par inhalation, ingestion, contact cutané), qui est variable selon les produits, parfois élevée, avec risque cancérogène pour certains d’entre eux.

La prévention des risques professionnels des hydrocarbures

Les risques professionnels présentés par les hydrocarbures, utilisés de façon massive dans tous les secteurs, sont de deux ordres :
    - le risque pour les gaz et les liquides volatils d’asphyxie et d’incendie ou d’explosion, car la plupart des hydrocarbures sont inflammables,
    - la toxicité (par inhalation, ingestion, contact cutané), qui est variable selon les produits, parfois élevée, avec risque cancérogène pour certains d’entre eux, parmi notamment la famille des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dont le benzène.

Les hydrocarbures sont formés de molécules d’atomes de carbone et d’hydrogène, certains atomes d’hydrogène pouvant être substitués pour donner des dérivés halogénés, nitrés, soufrés… Les hydrocarbures proviennent essentiellement des très nombreuses synthèses chimiques réalisées à partir des produits des gisements des combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon, bitume) ou apparaissent lors de la combustion incomplète de matières organiques (gaz d’échappement, fumées des chaudières, résidus de combustion du bois et de la houille…).
Ils sont, dans des conditions normales de température et de pression, solides (paraffine), liquides (essences, huiles, solvants, etc.) ou gazeux (méthane, butane, etc.) ou adsorbés sur des particules.
En volume, la grande partie des hydrocarbures sont des carburants utilisés dans les moteurs thermiques, les centrales électriques ou dans les installations de chauffage. Mais les utilisations croissantes des hydrocarbures issus de la pétrochimie sont omniprésentes dans les applications des huiles et graisses, des matières plastiques et du caoutchouc, du revêtement routier, des gaz propulseurs, etc. et tous les solvants dans les peintures, les colles, les dégraissants …
Les multiples risques chimiques, d’asphyxie et d’incendie ou d’explosion que présentent les hydrocarbures ont conduit à de nombreuses réglementations et normes de transport et d’utilisation, aboutissant à un ensemble complexe de mesures préventives.
La prévention consiste à :
    - limiter l’utilisation des produits les plus nocifs et favoriser la substitution par d’autres qui le sont moins,
    - promouvoir des actions de réduction à la source d’émission (optimisation des procédés d’application par exemple),
    - capter les vapeurs d’hydrocarbures le plus en amont possible et au mieux aspirer les vapeurs à leur source d’émission,
    - utiliser des machines fermées étanches,
    - ventiler les lieux de travail,
    - respecter scrupuleusement les règles de stockage et de transport des hydrocarbures,
    - adapter toutes les installations électriques des locaux à la zone de risque, conformément aux directives européennes ATEX concernant les atmosphères explosives,
    - porter des vêtements et gants de protection adaptés à la tâche effectuée et au produit concerné, des chaussures de protection antidérapantes, et en cas d’urgence ou pour des travaux exceptionnels de courte durée, porter un masque de protection respiratoire.

Les moyens de secours et de lutte contre l'incendie doivent être particulièrement adaptés et régulièrement contrôlés, avec des plans d'évacuation et des exercices d’application fréquents.

Les principales caractéristiques des hydrocarbures

La multitude des hydrocarbures tient au fait que l’atome de carbone a de très nombreuses possibilités de se lier à l’atome d’hydrogène en formant des chaines moléculaires linéaires ou fermées (cycliques) ; et l’atome de carbone peut non seulement être associé à des atomes d’hydrogène, mais encore être lié à un autre atome de carbone formant des composés saturés (ne contenant que des liaisons simples) ou insaturés (contenant au moins une double liaison) ; les combinaisons chimiques possibles se démultiplient encore avec la capacité d’autres atomes de se substituer à certains atomes d’hydrogène (chlore, brome, azote, soufre, iode, fluor).

• La classification des hydrocarbures
    • Les hydrocarbures aliphatiques sont des composés constitués de molécules acycliques à chaîne ouverte, pouvant présenter une ou plusieurs ramifications avec des chaînes latérales, saturée ou insaturée, selon la nature des liaisons carbone-carbone.
    - Les alcanes sont des hydrocarbures saturés de formule générale CnH2n+2 : méthane (CH4) principal constituant du gaz naturel, et les composés chimiques surtout obtenus par craquage, distillation et fractionnement du pétrole brut, l’éthane (C2H6), le propane (C3H8), le butane (C4H10), le pentane, hexane, heptane, octane etc.…
    On retrouve principalement les alcanes dans les carburants (kérosène, essence, gazole, …).
    - Les alcènes sont des hydrocarbures insaturés ayant une ou plusieurs doubles liaisons carbone, de formule générale CnH2n, le représentant principal étant l’éthylène (C2H4).
    - Les alcynes sont des hydrocarbures insaturés acycliques comportant une triple liaison carbone, de formule CnH2n-2, dont le principal représentant est l’acétylène (C2H2).
    A chaque hydrocarbure aliphatique, il peut correspondre un hydrocarbure alicyclique (les cyclanes comme le cyclohexane, le cyclopropane,… les cyclènes et les cyclynes…).
    Les hydrocarbures aliphatiques à petite molécule sont gazeux à la température ambiante (de C1 à C4). Pour des masses moléculaires plus élevée (de C5 à C16), les hydrocarbures deviennent liquides, volatils du pentane à l’octane, plus visqueux du nonane à l’hexadécane puis solides à la température ambiante (paraffines au-delà de C16).
    Lorsqu’il y a substitution d’un ou plusieurs atomes d’hydrogène du squelette carboné par un halogène (chlore, fluor, brome ou iode), on obtient des hydrocarbures aliphatiques halogénés, ou des dérivés nitrés avec substitution par un atome d’azote :
    - chlorés, saturés (chlorure de méthyle, dichlorométhane…) ou insaturés (trichloréthylène, perchloréthylène…) qui sont majoritairement utilisés dans les solvants organiques.
    - bromés, iodés, fluorés (bromure d’éthylène, fréons…)
    - nitrés (nitrométhane, nitroéthane, nitropropane…)

    Les hydrocarbures aromatiques sont des composés chimiques qui contiennent un système cyclique composé d’un noyau benzénique très stable formant un hexagone régulier (le benzène de formule C6 H6, le toluène, le xylène, l’éthylbenzène, le propylbenzène, le butylbenzène,..) et une ou plusieurs chaînes latérales.
    Les hydrocarbures aromatiques polycycliques HAP sont composés de 4 à 7 cycles (naphtalène, benzopyrène, benzoanthracène, …) : ils sont très nombreux (plus d’une centaine) et se présentent généralement sous forme de mélanges plus ou moins complexes.
    Le bitume et surtout le goudron contiennent des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les HAP sont souvent le résultat de la combustion incomplète de matières organiques.
    Les hydrocarbures aromatiques peuvent être chlorés (chlorobenzène), bromés (bromobenzène), nitrés (nitrobenzène) ou soufrés (thiophènes).

    Remarques :
    1) Si on opère une substitution d’une liaison carbone-hydrogène par une liaison carbone-oxygène ou d’un groupement OH, on obtient des alcools (méthanol CH3OH, éthanol CH3CH2OH), des éthers et des esters, des cétones aliphatiques ou cycliques (acétone…) qui sont des antiseptiques, désinfectants, conservateurs et des solvants très utilisés.
    2) Les dérivés aminés des hydrocarbures sont des composés azotés par remplacement d'un ou plusieurs atomes d'hydrogène par des groupes NH (exemple : la méthylamine CH3NH2). Il y a un grand nombre de produits aminés utilisés comme solvants, catalyseurs, durcisseurs pour les colles…


• La composition des carburants
Les carburants sont des mélanges de plusieurs dizaines d'hydrocarbures : alcanes, alcènes, aromatiques :
• L’essence renferme surtout des alcanes légers en carbone de C5 à C10 (naphta), avec l’octane C8H18 comme hydrocarbure moyen. L'essence renferme aussi 1% environ de benzène, du toluène, xylène…
• Le kérosène (de C10 à C13), est l’hydrocarbure des carburéacteurs,
• Le gazole contient surtout des hydrocarbures lourds en carbone (de C13 à C20),
• Le white spirit est un mélange complexe qui n'a pas de composition standard : il renferme entre 80% à 85% d'alcanes aliphatiques et cycliques (essentiellement en C10, C11, C12) et entre 15% à 20% d'hydrocarbures aromatiques.

• Les propriétés des hydrocarbures
    • L’oxydation et l’inflammabilité
    L’action de l’oxygène sur les hydrocarbures dans certaines conditions de température et de pression détruit leurs molécules en formant du gaz carbonique et de l’eau et en libérant une grande quantité de chaleur, donc de l’énergie : soit sous forme volontaire et contrôlée pour les besoins des moteurs thermiques ou de chauffage, soit sous forme accidentelle en générant des incendies et explosions.
    Les hydrocarbures sont inflammables pour la plupart (à l’exception par exemple d’hydrocarbures chlorés tels que le trichloroéthane, chlorure de méthylène, perchloréthylène, trichloréthylène) : les hydrocarbures gazeux et les vapeurs d’hydrocarbures émis par les hydrocarbures liquides peuvent aussi former avec l’air des mélanges explosifs, d’autant plus qu’ils ont tendance à accumuler les charges électrostatiques. Les étincelles dues à l'électricité statique (par exemple lors du transvasement de liquides peu conducteurs : hexane, toluène, xylène) peuvent suffire pour permettre l’inflammation.
    La plupart des hydrocarbures liquides dégagent à leur surface, avant même d'avoir atteint leur température d'ébullition, des vapeurs combustibles qui s'enflamment et/ou explosent au contact d'une source de chaleur importante (étincelle, flamme, surface brulante…) au-delà d'une certaine concentration. Ils émettent continuellement des vapeurs jusqu’à saturation de l’atmosphère dans laquelle ils s’évaporent, et de ce fait une enceinte fermée (bonbonnes, citernes, réservoirs…) contenant des hydrocarbures peut être soumise à des pressions internes augmentant fortement avec la température.
    Les risques d'incendie et d'explosion dépendent des caractéristiques physico-chimiques de chaque hydrocarbure, identifiées notamment par les critères suivants :
      - La température d'auto-inflammation est la température minimale pour laquelle il y a une inflammation spontanée au contact d'une surface, ou partie de surface portée à une température, sans nécessité de la présence d’une flamme.
      - Le point d’éclair est la température minimale à laquelle le produit émet suffisamment de vapeurs pour former, avec l’air ambiant, un mélange gazeux qui s’enflamme momentanément sous l’effet d’une source d’ignition (flamme), mais pas suffisamment pour que la combustion s'auto-entretienne.

    Un hydrocarbure qui a un point éclair :
      • inférieur à 0°C est " extrêmement inflammable " (exemples : essence, benzène),
      • compris entre 0°C et 21°C est " très inflammable " (exemple : toluène),
      • compris entre 21°C et 55°C est " facilement inflammable " (exemple : gazole).
      • compris entre 55°C et 100°C est " inflammable ".
      - La température d’inflammabilité est la température minimale pour maintenir une inflammation (généralement 2 à 3°C au-dessus du point d'éclair). Les hydrocarbures ayant donc un point d’éclair bien inférieur à la température ambiante, en présence d’une flamme nue, d’une étincelle ou d’une source de chaleur importante, s’enflamment instantanément et durablement.
      - La limite d’explosivité est une zone de concentration située entre deux limites de concentration en gaz ou vapeurs mélangée à l’air, en deçà (pas assez de combustible) et au delà (pas assez de comburant) desquelles une flamme n’est plus en mesure de se propager par elle-même.

    • Les résidus de la combustion
    Les mélanges d’hydrocarbures inflammables ne se décomposent pas uniquement en gaz carbonique et en eau sous l’effet de la combustion, parce que celle-ci est le plus souvent incomplète et parce que les hydrocarbures contiennent d’autres molécules (soufre, azote, chlore….) qui induisent la formation d’autres produits chimiques que ceux d’origine (HAP, oxydes de soufre et d’azote, composés cyanurés, des gaz toxiques tels que le chlore, l’acide chlorhydrique gazeux...). Les HAP sont généralement associés à des particules en suspension, en particulier celles des gaz d’échappement des moteurs Diesel et des suies de charbon de houille ou de bois, auxquelles l’homme est susceptible d’être exposé dans l’air, l’eau, les sols et les aliments pollués, et au sein du réseau d'assainissement (égouts et stations d’épuration), particulièrement lors des orages.

    • La densité
    Presque tous les hydrocarbures liquides sont plus légers que l’eau et, pour ceux qui sont peu miscibles, ils forment des pellicules huileuses irisées sur les cours d’eau ou sur la surface de la mer dans lesquels ils sont déversés suite à un lessivage des surfaces imperméables (routes, parkings, aires industrielles…) ou suite à un rejet ou déversement accidentel, notamment par les navires et embarcations à moteur. Mais, compte tenu de la volatilité des hydrocarbures et donc de leur dispersion progressive dans l’atmosphère, la plus grande partie se perd par évaporation, ce qui n’est pas le cas pour les eaux souterraines.
    À l’exception du méthane et de l’acétylène qui sont plus légers que l’air, de l’éthane et de l’éthylène qui ont une densité voisine de l’air, les autres vapeurs d’hydrocarbures sont plus lourdes que l’air. Aussi, elles s’accumulent dans les parties basses et circulent ainsi près du sol, et peuvent former avec l'air des mélanges explosifs en présence d'une étincelle provoquée par une prise électrique défectueuse ou un court-circuit et à y séjourner faute de ventilation suffisante (par exemple dans les fosses de visite, les caves et sous-sols, les caniveaux).

    • La miscibilité
    La plupart des hydrocarbures sont insolubles ou très peu solubles dans l’eau, mais miscibles dans la plupart des huiles et graisses minérales, végétales, dans les tissus animaux ou humains gras, ce qui augmente leur toxicité biologique (par liposolubilité).

Les situations professionnelles à risque

Depuis leur lieu de production à leur lieu de consommation, les hydrocarbures font l’objet de traitements chimiques, de stockage, de transports et d’utilisation, ou à chaque stade, surviennent de graves risques chimiques et d’incendie/explosion pour les travailleurs qui les manipulent et les mettent en œuvre.
     • Les lieux de production d’hydrocarbures
Ce sont essentiellement les lieux d’extraction du pétrole, les raffineries et usines pétrochimiques et de conditionnement des produits.
     • Les lieux de stockage d’hydrocarbures
Ce sont essentiellement les installations de chargements et déchargements des navires, des wagons et des citernes routières, les stations de pompage et les dépôts d’hydrocarbures, les réservoirs des usines, chaufferies, centrales électriques, cuves des stations-service et magasins des ateliers utilisant des solvants.
     • Les transports d’hydrocarbures
Les hydrocarbures sont transportés par des camions ou wagons-citernes, par des navires pétroliers ou méthaniers, par des oléoducs ou gazoducs, chacun de ces moyens de transport recélant des risques de fuites et d’accidents.
     • Les utilisations des hydrocarbures
On utilise les hydrocarbures :
- directement par combustion, pour toutes les activités, sous forme :

    • liquide : carburants (essence, gazole, kérosène) pour le transport automobile, ferré, naval, aérien, combustibles (fuel) pour le chauffage, la production de vapeur à destination de la production électrique, l’incinération des déchets, …
    Les hydrocarbures aliphatiques avec les cyclanes constituent une grande partie de l’essence, avec une présence d’hydrocarbures aromatiques benzéniques.
    • ou gazeuse (propane et butane principalement), pour le transport (GPL) et le chauffage ou la production de vapeur,
    • ou solide (charbon de houille) dans les cokeries, hauts-fourneaux, le chauffage ou la production de vapeur, la fabrication d’électrodes...

- ou pour leurs propriétés chimiques intrinsèques, notamment :
    • dans la plupart des solvants, qui sont des produits capables de dissoudre, diluer ou extraire d’autres substances sans en provoquer de modifications chimiques et sans eux-mêmes se modifier,
    • ou les revêtements bitumineux routiers ou du bâtiment (toiture, murs …) pour leurs propriétés d’étanchéité,
    • ou les huiles des moteurs, de coupe, les graisses, les lubrifiants pour glissières, pour câbles métalliques…… pour leurs propriétés de viscosité.

Il existe plusieurs milliers de solvants organiques, dont une centaine est d’usage courant et auxquels de très nombreux travailleurs sont donc exposés (environ 10 % de la population active).
Les secteurs professionnels concernés par les solvants organiques, au stade de la production ou de leur utilisation, sont très nombreux : peintures, vernis, résines, colles, encres, parfums, dégraissants des métaux et textiles, propulseurs de nombreux aérosols, produits pharmaceutiques, cosmétiques, pesticides, traitements des bois et toutes les industries du cuir, des plastiques et du caoutchouc (noir de carbone)…

Parmi quelques professions particulièrement concernées, on peut citer les mécaniciens automobiles, pompistes, citernistes, épandeurs de bitume, chauffeurs routiers, peintres, opérateurs de coulée dans les aciéries et les fonderies, travailleurs des raffineries et dépôts pétroliers, plasturgistes et travailleurs du caoutchouc et du cuir, menuisiers et ébénistes, employés des pressings, agents d’assainissement et de traitement des eaux usées, etc.…

 

Les principaux risques professionnels des hydrocarbures

• Les risques d’asphyxie
Les vapeurs d’hydrocarbures peuvent d’abord provoquer l’anoxie ou l’asphyxie par manque d’oxygène, avec des malaises pouvant être mortels : ces situations se rencontrent avec les hydrocarbures gazeux ou vapeurs de liquides hautement volatils en fortes concentrations (essences, solvants), émis par une fuite dans une conduite ou un réservoir, ou répandus au sol par rupture du contenant ou déversement accidentel, dans des lieux confinés, mal ventilés (caves, galeries souterraines…), en produisant une atmosphère asphyxiante qui peut induire de sérieuses conséquences respiratoires, pouvant aller jusqu’au coma.
Les premiers représentants de la série des alcanes, le méthane, l’éthane et le propane, sont de simples asphyxiants qui ne provoquent pas d’autres effets sur l’organisme que la privation d’oxygène : ces gaz peuvent être tolérés à de faibles concentrations dans l’air inspiré sans manifestation toxique.

• Les risques de toxicité chimique des hydrocarbures
Du fait de leur volatilité et de leurs sources d’émission très nombreuses dans l’industrie, le bâtiment et les transports, des vapeurs d’hydrocarbures se retrouvent en concentration plus ou moins élevée à de nombreux postes de travail, induisant une exposition respiratoire et parfois cutanée à de très nombreux travailleurs.
Lors de l'inhalation de vapeurs d’hydrocarbures (particulièrement les solvants), celles-ci pénètrent dans les poumons, traversent le tissu lipo-cutané et, par voie sanguine, se diffusent dans le corps entier et passent dans le sang, puis dans le cœur et le cerveau, avec des actions potentielles sur la moelle osseuse, et le système nerveux central.
Enfin, certains hydrocarbures ou leurs dérivés sont mutagènes et cancérigènes : l'exposition à ceux-ci est tout particulièrement dangereuse chez la femme enceinte car ils peuvent entraîner des malformations congénitales ou perturber la grossesse et le développement du fœtus (risque tératogène et d’intoxication fœtale) en franchissant la barrière placentaire.
Les vapeurs d’hydrocarbures affectent des organes cibles divers : irritations des yeux et de la gorge, des organes respiratoires (asthme…), troubles cardiaques, digestifs (nausées…), du système nerveux, maux de tête, ...
Les vapeurs agissent principalement par inhalation, mais les hydrocarbures liquides peuvent aussi détruire le film lipidique protecteur cutané et sont donc des irritants pour la peau avec un pouvoir nocif variable selon les compositions chimiques.
La gravité de l’exposition aux risques d’émanations toxiques des hydrocarbures dépend :
- de la toxicité intrinsèque de la molécule chimique concernée, tendant à augmenter avec la grosseur de la molécule,
- de la volatilité de la molécule, les composés les plus légers et donc les plus volatils de chaque classe sont ainsi les plus toxiques de ce point de vue,
- de la concentration, de la fréquence et de la durée d’exposition,
- de la voie d’exposition (respiratoire, cutanée, oculaire, digestive),
- des combinaisons entre les produits,
- de la sensibilité individuelle (notamment aux allergènes).
On distingue les effets aigus (dus à des concentrations élevées) et chroniques (dus à de faibles concentrations, mais à des expositions répétées). Les effets aigus s’observent lors de fuites ou de déversements importants, suite à des rejets accidentels massifs.
Les informations relatives à la toxicité de chaque hydrocarbure font partie des indications répertoriées dans la fiche de données de sécurité (FDS), obligatoirement fournie par le fabricant du produit et figurant sur les étiquettes des emballages sous forme de symboles et d’informations écrites (phrases de risque R et conseils de prudence S).

    • Toxicité des hydrocarbures aliphatiques
    Les hydrocarbures aliphatiques ont une toxicité généralement modérée, avec des effets communs : leur inhalation répétée ou prolongée conduit à des manifestations telles que maux de tête, vertiges. A fortes concentrations, ils entraînent aussi des troubles du système nerveux et du système digestif. Plus précisément, les vapeurs des alcanes liquides supérieurs au propane agissent sur le système nerveux central (céphalées, nausées, somnolence), sont légèrement irritantes pour les muqueuses pulmonaires et des irritants cutanés (dermatites pour des contacts avec la peau répétés et prolongés). L’hexane, que l’on trouve dans des colles, l’essence, les nettoyants de freins, a une neurotoxicité plus affirmée, mais l’hexane a été souvent remplacé par de l’heptane.

    • Toxicité des hydrocarbures aromatiques
    Les hydrocarbures aromatiques (benzène, toluène, xylène, styrène, etc.) sont potentiellement plus dangereux pour la santé que les hydrocarbures aliphatiques (essence, gazole, …). Les fumées et vapeurs d’hydrocarbures aromatiques peuvent provoquer :
    - des troubles neurologiques (céphalées, vertiges, agitation, irritabilité, somnolence, convulsions, ébriété),
    - des affections gastro-intestinales accompagnées de vomissements à répétition,
    - des anémies dues à la toxicité pour les cellules sanguines et la moelle osseuse (benzolisme),
    - des affections des voies respiratoires supérieures et inférieures : manifestations aiguës comme les irritations pulmonaires et laryngo-pharyngées, ou manifestations respiratoires chroniques (bronchites, emphysème).
    - des irritations oculaires (conjonctivites) et cutanées.
    - ototoxicité, en particulier pour le toluène, le xylène et le styrène
    Le benzène dans l’essence, et le benzopyrène (faisant partie des hydrocarbures aromatiques polycycliques HAP) dans le goudron, les poussières de suies de carbone (ramonage des cheminées), la fumée des cigarettes, sont des composés cancérigènes. Les hydrocarbures aromatiques polycycliques HAP pénètrent dans l’organisme par voie transcutanée et par voie respiratoire, voire suite à l’ingestion de particules polluées. Si la toxicité de l’ensemble des HAP n’est pas connue, plusieurs d’entre eux sont classés cancérogène probable ou possible et sont susceptibles de provoquer des cancers du poumon et des cancers de la vessie qui peuvent se déclarer très longtemps après l'exposition.

    L’exposition concomitante à l'extérieur aux fumées de bitume ou de goudron et aux ultraviolets, de même que la projection sur la peau de certains bitumes et goudrons plus riches en hydrocarbures aromatiques polycycliques, peuvent être à l'origine de brûlures cutanées photo-toxiques, qui pourraient être à l'origine d'une cancérisation des zones brûlées.
    Le benzopyrène est souvent utilisé pour exprimer l’exposition globale aux HAP dans l’air car il se retrouve habituellement majoritairement adsorbé à des particules aéroportées (d’où le danger du tabagisme passif en particulier).

    • Toxicité des hydrocarbures chlorés
    En plus des effets dépresseurs du système nerveux central communs à de nombreux hydrocarbures, les hydrocarbures chlorés présentent d’autres nocivités dont les organes cibles sont le foie, le rein, le cœur pour certains :
    Quelques exemples :
    - Le perchloréthylène (ou tétrachloréthylène), qui est le solvant le plus souvent utilisé dans les pressings pour nettoyer les vêtements, a un effet cancérogène suspecté et ce solvant chloré provoque des problèmes respiratoires en cas d’inhalation répétée.
    - Le trichloréthylène et le dichlorométhane (ou chlorure de méthylène CH2Cl2), d’usage courant pour le dégraissage des pièces métalliques et le décapage des peintures et l'extraction des matières grasses, ont une toxicité sur le système nerveux central et le cœur, sont toxiques pour le système nerveux (narcose brutale et intense pour une forte exposition) et irritants cutanés et respiratoires et sont cancérogène possible pour le premier et probable pour le second.
    - Le tétrachlorométhane (ou tétrachlorure de carbone CCl4) est de plus hépato- et néphrotoxique. Le trichlorométhane (ou chloroforme CHCl3) a des capacités narcotiques puissantes.

    • Toxicité des huiles minérales
    Les huiles de vidange, les graisses contiennent aussi des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et peuvent être responsables d'irritations ou d'allergie de la peau, et sont aussi cancérigènes probables pour certains d’entre eux (benzopyrène). Les contacts cutanés avec ces huiles sont susceptibles de provoquer des dermatoses, des eczémas, des irritations cutanées se traduisant par des rougeurs (sur le dos des mains et entre les doigts), des démangeaisons (prurit), des fissures, desquamations et des crevasses et le contact répété peut donner une acné professionnelle (les « boutons d'huile »).
    Les huiles de pleine coupe (ou entières) pour l’usinage des métaux peuvent elles-aussi contenir des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérigènes par contact cutané, et sont susceptibles de provoquer des dermites et dermatoses. Les huiles de décoffrage utilisées par les maçons peuvent provoquer une folliculite acnéiforme (ou élaïoconiose)


Parmi les maladies professionnelles reconnues dues aux hydrocarbures, figurent, de façon non exhaustive, celles répertoriées sur les tableaux suivants :
    - Tableau n° 4 : Hémopathies provoquées par le benzène
    - Tableau n° 4 bis : Affections gastro-intestinales provoquées par le benzène, le toluène et les xylènes
    - Tableau n° 9 : Affections provoquées par les dérivés halogénés des hydrocarbures aromatiques
    - Tableau n° 12 : Affections professionnelles provoquées par les dérivés halogénés des hydrocarbures aliphatiques
    - Tableau n° 13 : Intoxications professionnelles par les dérivés nitrés et chloronitrés des hydrocarbures benzéniques.
    - Tableau n° 84 : Affections engendrées par les solvants organiques liquides à usage professionnel hydrocarbures liquides aliphatiques, alicycliques, hétérocycliques et aromatiques, et leurs mélanges (white spirit, essences spéciales).


La maladie professionnelle est reconnue si il y a une conséquence directe de l'exposition plus ou moins prolongée et/ou répétée d'un travailleur au risque chimique causé par l’exposition aux hydrocarbures et ouvre droit à une réparation intégrale du préjudice subit pendant l’arrêt de travail (indemnisation et gratuité des soins) et au-delà s’il y a des séquelles (capital ou rente d’incapacité).

• Les risques d’explosion et d’incendie
L'atmosphère explosible n'est pas uniquement l'apanage des mines et des industries chimiques et pétrolières dans lesquelles se sont produites des catastrophes de grande amplitude aux effets dévastateurs : l'utilisation de gaz ou d’hydrocarbures fluides à des températures voisines de leur température d’inflammation peut rendre chaque usine, chaque atelier, chaque transport d’hydrocarbures dangereux. Les principales conséquences dangereuses consécutives à l’explosion ou à l’incendie sont les traumatismes liés au blast, et les brûlures.

• traumatisme acoustique aigu : rupture tympanique et éventuellement lésions des os (blast), souvent réversible, sauf si l’intensité du bruit a détruit des cellules de la cochlée.

• Brulures cutanées, de degré variable mais souvent sévères avec les feux d’hydrocarbures.
Une atmosphère est dite explosive lorsque les conditions sont réunies pour produire son explosion : mélange avec l'air d'une substance inflammable dans des proportions telles que toute source d'inflammation d'énergie suffisante (étincelles, arcs électriques…) produira immanquablement son explosion. L'atmosphère est dite explosible quand sa composition habituelle n'est pas explosive mais qu'elle est susceptible de le devenir par suite de circonstances prévisibles : incident de fabrication, élévation de la température ambiante…
Le transport de marchandises dangereuses (TMD) par route est le mode de transport le plus exposé aux accidents. Les causes sont diverses : mauvais état du véhicule, faute de conduite du conducteur ou d'un tiers, mauvais état des routes, météo défavorable... Les accidents de transports d’hydrocarbures liquides ou gazeux peuvent survenir partout, à la différence des accidents industriels. Les risques diffus engendrés sont difficiles à appréhender car c'est une activité circulante donc difficile à identifier, à localiser et à quantifier et il y a une grande diversité des sources du risque (défaillance du mode de transport, du confinement, erreur humaine ...).

• Les risques liés aux chutes
Les risques de chute de plain-pied sur sol glissant (flaque d'huile, dépôt de graisse,...), inégal ou encombré, accentués par un éclairage insuffisant, sont fréquents dans les locaux dans lesquels sont utilisés les hydrocarbures ou les fuites et déversements sur les sols arrivent souvent. Il en résulte des contusions et plaies cutanées, entorses et fractures…

 

Les mesures de prévention des risques des hydrocarbures

Les installations utilisant des hydrocarbures doivent faire l’objet d’une analyse de risques.
Les analyses de risques sont confiées à des spécialistes de la sécurité au travail (hygiéniste, ingénieur sécurité). Les rapports d’analyses de risques, d’intervention et de maintenance seront intégrés à la documentation de sécurité au travail de l’entreprise (Document Unique de Sécurité DUS) et communiquées au médecin du travail et au CHSCT.
Les moyens de secours et de lutte contre l'incendie (détection incendie et extinction automatique, matériels fixes et mobiles de lutte, alarmes d'évacuation optiques et sirènes sonores, fermetures coupe-feu, installation de désenfumage…) doivent être particulièrement adaptés et régulièrement contrôlés, avec des plans d'évacuation et des exercices d’application fréquents.

Les multiples emplois des hydrocarbures rendent difficile de donner un panorama détaillé exhaustif des mesures de prévention pour chaque situation de travail. Néanmoins, il est possible de préciser les grandes caractéristiques des mesures à prendre et des exemples.

• La suppression / substitution des hydrocarbures les plus dangereux
La prévention la plus efficace est la prévention primaire avec la mise en place de technologies qui permettent des actions sur les produits (suppression ou emploi de produits de substitution de moindre impact potentiel sur l'homme et l’environnement) et/ou des actions sur les procédés (emploi de matériels ou de machines supprimant ou limitant au maximum les impacts sur l’environnement : très faibles rejets atmosphériques et volumes de déchets et d’effluents générés les plus faibles possibles).
La suppression des hydrocarbures les plus toxiques et leur remplacement par une technologie propre (nouveaux procédés ou produits) ou leur substitution par des hydrocarbures beaucoup moins toxiques apparaissent comme des solutions prioritaires.
De même, pour limiter le risque d’incendie, il convient de travailler si possible avec des produits dont le point éclair est supérieur à 40°.
Par exemple,
    • pour des applications particulières de nettoyage des pièces mécaniques, le nettoyage cryogénique, le dégraissage plasma ou laser permettent de s’affranchir de produits solvantés chlorés.
    • Le benzène doit être substitué dans la plupart de ses applications par ses homologues supérieurs (toluène ou xylène),
    • Choix des produits additifs et des modes opératoires les moins dangereux dans les travaux de revêtement routier : dérivés de l’huile de colza plutôt que d’origine pétrolière pour les produits de fluxage, enrobés tièdes ou «à froid » dans certaines situations (en couches de surface, finitions…),
    • Le chlorure de méthylène, solvant utilisé comme décapant à peinture et vernis, peut être remplacé par des procédés à chaud sans solvant ou d'autres procédés chimiques à cause de ses effets nocifs,
    • Le CO2 supercritique sert de solvant pour des extractions de composés aromatiques, alcools, esters … dans les industries alimentaires et la parfumerie et a un grand avantage de revenir à pression et température ambiantes à l’état gazeux sans résidus toxiques,
    • Pour le perchloréthylène largement utilisé dans le nettoyage à sec des vêtements (pressing), trois procédés alternatifs sont possibles : le nettoyage aux hydrocarbures aliphatiques (KWL, ACTREL …), au siloxane (un solvant du type silicone), moins toxiques mais inflammables, le nettoyage à l’eau,
    • Pour les peintures et vernis ou encres, développement de l’usage de produits en phase aqueuse et produits à haut extrait sec,
    • Remplacer les huiles d’usinage de pleine coupe (ou entières) par des fluides d’usinage aqueux (huile + eau),
    • Les huiles de décoffrage sans solvant doivent être privilégiées : huiles 100% végétales sans solvant (à base de soja ou colza) ou huiles minérales de synthèse sans solvant hydrocarboné,
    • Utiliser des nettoyants de freins sans N-hexane,
    • Substitution des mastics au brai de houille et autres produits à base de brai par d’autres produits synthétiques,
    • utiliser les produits les moins volatils et privilégier les formes en poudre compacte, en granulés,
    • etc…...


• L’utilisation de machines et équipements adaptés
    • machines fermées avec chambre de travail étanche,
    • systèmes d'encoffrement et de captage au plus près des émissions, de façon à évacuer les aérosols et les vapeurs,
    • fontaines solvant sécurisées avec une aspiration permettant le captage des vapeurs qui peuvent être adsorbées sur des charbons actifs,
    • des équipements d’arrête-flammes, de soupapes et de détenteurs permettent de stocker, manipuler le hydrocarbures explosibles, en réduisant les dangers,
Par exemple,
    • les machines des pressings doivent fonctionner en circuit fermé avec neutralisation des vapeurs de perchloréthylène par courant d’air chaud, être équipées de raclage automatique des boues et de remplissage du perchloréthylène par pompage direct et disposer d’un filtre, afin d’éviter les rejets lors de l’ouverture du tambour,
    • Les cabines des engins de revêtement routier doivent être ventilées avec aspiration des fumées de bitume à la source et commandées à partir de la cabine du débit de la rampe d’épandage
    • Etc.…

Le respect des recommandations des constructeurs et un entretien régulier des machines sont des éléments essentiels pour limiter les risques accidentels et pour prévenir des émanations. Ainsi, l’utilisation et l'entretien des machines doivent être effectués par un personnel qualifié, spécifiquement formé (respect scrupuleux des capacités nominale des machines…) : de nombreux cas de fuites accidentelles peuvent survenir au niveau de différents équipements, ce qui entraîne la nécessité d’une maintenance rigoureuse des machines avec contrôle de l'étanchéité.
Des machines utilisées de manière non conforme ou mal entretenues et non vérifiées périodiquement créent un risque chimique supplémentaire. S’il subsiste des manipulations manuelles inévitables, celles-ci doivent être effectuées à un poste de travail muni d’un dispositif d’aspiration des vapeurs à leur source d’émission.

• Une ventilation des lieux de travail adéquate
La ventilation et l’aération des lieux de travail jouent un rôle essentiel pour limiter la concentration de l'ensemble des hydrocarbures dans l'air ambiant et les évacuer des lieux de travail, de façon à respecter les valeurs limites fixées par les réglementations et éviter ainsi les conséquences sur la santé des travailleurs.

La valeur limite correspond à sa concentration dans l’atmosphère dans laquelle une personne peut travailler pendant un temps donné sans risque d’altération pour sa santé.

La Valeur Limite d’Exposition (VLE) est la concentration maximum à laquelle un travailleur peut être exposée au plus pendant 15 mn sans altérations physiologiques : ce critère a pour but d’éviter les effets immédiats sur l’organisme.

La Valeur Limite Moyenne d’exposition (VME) est la limite d’exposition d’un travailleur pour une exposition régulière de 8h par jour et de 40h par semaine : ce critère a pour objectif d’éviter les effets à long terme sur l’organisme.

Ces valeurs limite s'expriment en "ppm" (partie par million) ou en mg par m3 (par exemple : la VLE du trichloréthylène est de 200 ppm soit 1080 mg/m3 ; la VME du trichloréthylène est de 75 ppm soit 405 mg/m3.

La VLE totale s'applique à la somme massique des hydrocarbures.

Pour effectuer des mesures, les vapeurs présentes dans l’air sont adsorbées à l’aide d’une cartouche de charbon actif qui retient les molécules en surface, puis recueillies et analysées par chromatographie en phase gazeuse avec double détection par spectrométrie de masse et ionisation de flamme.

Les mesures et analyses peuvent être faites par l’employeur ou par un laboratoire agréé et le respect des valeurs limites doit être vérifié au moins annuellement. Si la valeur limite d’exposition est dépassée, cela permet d’imposer un arrêt temporaire d'activité pour remédier à la situation.

Il existe deux techniques de ventilation : la ventilation locale par aspiration à la source et la ventilation générale ou la ventilation par dilution.

    • Ventilation locale : on opère par le moyen de hottes et autres systèmes locaux de déplacement de l’air.
    Des systèmes d’extraction de l’air comme des hottes et des tables aspirantes sont utilisées pour aspirer les contaminants près de la source d’émanation et filtrer l’air, ce qui prévient la contamination de l’air ambiant ; en particulier, c’est le cas des manipulations manuelles inévitables qui doivent être effectuées à un poste de travail muni d’un dispositif d’aspiration des vapeurs à leur source d’émission.

    Le matériel doit éviter notamment la formation d’étincelles. Les hottes ou plafonds filtrants et autres composants aérauliques comme les ventilateurs, les conduits entre autres doivent être accessibles et faciles d’entretien et de nettoyage. En particulier, les réseaux s’encrassent rapidement avec de filtres hors d’usage, une évacuation des condensats obstruée…

    • Ventilation générale : la ventilation mécanique générale, extracteur d’air pour l’aspiration des vapeurs d’hydrocarbures, doit assurer un renouvellement d'air en permanence afin de limiter les risques pour la santé, en évitant l’accumulation de vapeurs nocives et explosives, par extraction et soufflage : l'air est transporté dans le local par un ventilateur de soufflage et extrait du local par un ventilateur d'évacuation. L’extraction de l'air se fait grâce à un système de collecte par ces ventilateurs et des gaines de diffusion, réseau de conduits jusqu'aux filtres et aux épurateurs dans l'installation d'air soufflé qui permettent de nettoyer l'air, puis de l’évacuer à l'extérieur par rejet dans l'atmosphère.

    • Une installation électrique conforme
    L’incendie et/ou l’explosion peuvent provenir des équipements électriques, et en particulier, l’équipotentialité et la bonne mise à la terre de toutes les installations métalliques doivent être contrôlées, les prises défectueuses remplacées, et il faut éviter toute accumulation d’électricité statique.
    Les étincelles, arcs et échauffements provoqués par les moteurs et appareillages électriques en fonctionnement peuvent aussi déclencher la catastrophe.
    Le but principal de l’appareillage électrique pour atmosphères dangereuses est de prévenir que le matériel, y compris l’éclairage, soit à l’origine d’un incendie ou d’une explosion.
    Dans le domaine des atmosphères explosives (Atex), des normes européennes fixent le cadre de travail des industriels et des installateurs. Depuis juin 2003, tout nouveau site de type Atex doit être équipé avec du matériel certifié, avec des enveloppes antidéflagrantes. Les autres installations doivent, depuis juin 2006, avoir été mises à niveau.

    • Un stockage des hydrocarbures rigoureux
    Le stockage des hydrocarbures présente des risques tels que l’incendie, l’explosion, le risque de chute ou de renversement d'emballage … Toutes ces caractéristiques rendent nécessaire, outre les précautions lors de leur emploi, transport et transvasement, l’aménagement de locaux de stockage. La réduction des risques existants passe par une réflexion sur la structure du local, sur les modalités de rangement et sur les incompatibilités entre les produits. Des procédures de stockage non adaptées peuvent entraîner une fragilisation des emballages à l'origine de fuites ou de ruptures accidentelles, de pollution, de réactions dangereuses ou d'accidents ou induire une modification ou une dégradation du produit qui le rend plus dangereux.
    Le stockage des bidons de solvants et autres conteneurs d’hydrocarbures, doit se faire dans un local ventilé et sur cuvette de rétention, et toujours bien refermés.
    L’interdiction de fumer dans les locaux doit être absolument respectée et signalée de manière apparente (de même que toutes les autres consignes de sécurité).
    Il faut stocker les plus faibles quantités de produits possibles car le risque d'incident ou d'accident croît avec la durée et le volume de stockage.
    Les stockages de volumes importants doivent être traités selon les règles applicables aux stockages industriels, en se référant, s'il y a lieu, à la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement : les réservoirs doivent alors posséder un toit ou un écran flottant pour éviter toute émission à l’atmosphère.
    Le sol doit être en matière ininflammable, imperméable, résistant aux produits chimiques et en légère pente vers un caniveau d’évacuation relié à une fosse de récupération.
    Les produits chimiques doivent être isolés du sol. Pour cela, il est possible d’utiliser des caillebotis. Tout stockage doit être muni d’une cuvette de rétention ayant la capacité de contenir au moins le contenu du plus grand réservoir ou la moitié de la totalité des réservoirs stockés. Il faut prévoir une réserve de matière absorbante à proximité du local : il existe en version hydrocarbure des kits de dépollution à disposer dans des armoires près des zones de stockage.
    Le local doit posséder un système d’extinction incendie, et une douche et un lave-œil de sécurité doivent être installés à proximité.
    Les parois du local doivent être en matériaux ininflammables.

    • Un transport des hydrocarbures respectueux des consignes et de la réglementation
    La réglementation impose que chaque chargement soit clairement identifié par des plaques orange réfléchissantes affichant :
      • le Code Danger : il permet de connaître les caractéristiques détaillées de la matière. Pour les hydrocarbures, la classe 1 désigne les « Matières et objets explosibles », la classe 2 les « Gaz comprimés, liquéfiés ou dissous sous pression », la classe 3 les « Matières liquides inflammables ».
      • le Code Matière, permettant de désigner les caractéristiques physiques de la matière transportée, numéro à 4 chiffres. Il permet aux services d’incendie et de secours de connaitre précisément le produit en cause.
      • le Pictogramme représentant le danger principal présenté par la matière : des panneaux de couleur orange, disposés à l'avant et à l'arrière du véhicule, avec le numéro du haut qui est le code de danger, et le numéro du bas est le code matière.

    Au delà des prescriptions techniques de construction des véhicules et des citernes de transport, il y a un équipement de sécurité spécialisé obligatoire : extincteurs, coupe-batterie, cales, matériel de sécurité et de première intervention (pelle, absorbants utilisables sur revêtements routiers, tapis et boudins absorbeurs, lunettes et de gants de protection, sacs pour déchets).
    Deux extincteurs sont obligatoires à bord des engins de transport d’hydrocarbures.

    • La mise en œuvre de détecteurs de gaz inflammables
    Tout détecteur de gaz fixe comporte un capteur et un circuit électronique qui transforme le signal délivré par l'élément sensible (le capteur) en un signal électrique utilisable. Ce signal permet de déclencher une alarme, visuelle et/ou sonore (buzzer, flash …) et peut également dans certains cas générer une action, comme l'arrêt d'un procédé, la fermeture d'une vanne...
    De plus, les appareils peuvent comporter un afficheur et des signaux visuels qui indiquent le bon fonctionnement ou un défaut de l'appareil et de l'alarme.
    La détection de gaz inflammables est obtenue par une large variété de systèmes basés sur les technologies des capteurs catalytiques ou capteurs infrarouge, détection ponctuelle ou linéaire.
    Les détecteurs fixes de gaz inflammables, conçus pour une détection de fuite de gaz tels le gaz naturel, le butane, le propane ou le gaz de pétrole liquéfié (GPL) sont calibrés pour déclencher une alarme bien avant d’atteindre la limite inférieure d'explosivité (LIE) et disposent d’une alarme sonore puissante pour alerter du danger et d’un relais de sortie pour neutraliser automatiquement l’installation gaz (par exemple asservissement d'une électrovanne de sécurité gaz).
    Les détecteurs portables de gaz inflammables, de gaz explosibles et d'oxygène (Explosimètre ou Explosimètre/Oxygénomètre) mesurent le risque d'explosion et le défaut ou l'excès d'oxygène, et combinés à un vibreur, une alarme sonore et optique réagit immédiatement lorsque la concentration de gaz dépasse les seuils d'alarme préréglés.

    • Le port d’équipements de protection individuel adéquat
    En cas d’urgence ou pour des travaux exceptionnels de courte durée dans des atmosphères polluées par des émissions d’hydrocarbures, il est nécessaire de porter un appareil de protection respiratoire : masque à cartouche avec un filtre adapté au produit et au type d’usage (application ou pulvérisation) : En cas d’utilisation de masque à cartouche, le type de filtre est désigné par le marquage A1, A2 ou A3 (le chiffre représentant la capacité de piégeage) accompagné d’une bande de couleur marron.

    En cas d’application par pulvérisation, un filtre de type A2P2 (bandes marron et blanc) est conseillé, et pour les travaux en milieu confiné et les fortes concentrations, un filtre de type P3.

    S’il y a possibilité de contact avec la main lors des transvasements par exemple, il s’avère indispensable de porter des gants de protection adaptés à la tâche effectuée et au produit manipulé. Les gants en néoprène sont les plus utilisés lors de la manipulation d’hydrocarbures et de solvants.

    Par ailleurs, pour éviter les glissades sur les sols huileux ou graisseux, il convient de porter des chaussures de protection résistantes aux hydrocarbures avec des propriétés antidérapantes liées au relief et matériau de la semelle :
      • conformes aux exigences de la norme XPS 73-012 pour la résistance au glissement sur sols industriels lisses et gras.
      • conformes à la norme EN 347 O1, chaussures de travail à usage professionnel, ou norme EN 347 O4, pour les bottes, en ce qui concerne la résistance de la semelle de marche aux hydrocarbures.


    • Une gestion des rejets et des déchets réglementaire
    Les rejets atmosphériques de vapeurs de solvants aromatiques sont fortement limités et réglementés dans le cadre de la directive européenne concernant les composés organiques volatils (directive COV 1999/13/CE).
    Les hydrocarbures ne doivent pas être rejetés dans le milieu naturel. Ils doivent :
      • Soit être recyclés par distillation, que ce soit au sein de l'entreprise ou à l'extérieur par un prestataire, en vue de leur réutilisation dans le même procédé.
      • Soit être détruits par incinération dans des centres de traitement spécialisés avec récupération d'énergie. Les boues de solvants, dans l’attente de leur traitement, doivent être récupérées dans un récipient étanche, étiquetées et entreposées dans un local ventilé et enlevées régulièrement vers des installations habilitées à les traiter par des sociétés spécialisées. Les Bordereaux de Suivi des Déchets Industriels (B.S.D.I.) attestent de la collecte des déchets par des entreprises autorisées, et de leur élimination conforme (à conserver pendant 5 ans en cas de contrôle). De nouvelles techniques de récupération des hydrocarbures voient le jour : procédés cryogéniques pour réduire les vapeurs d’hydrocarbures émises aux différents lieux de stockage et de distribution des produits pétroliers, procédés de bio filtration d'effluents gazeux pour le traitement des hydrocarbures aromatiques monocycliques (HAM) ou polycycliques (HAP).

    Les déchets et résidus liquides (diluants usés...) ou solides (chiffons sales …) doivent être entreposés dans des récipients munis de couvercles étanches maintenus fermés, en particulier pour les futs destinés à recueillir les huiles de vidange.

    La collecte des déchets dangereux doit être confiée à des prestataires spécialisés qui délivrent des BSDD (Bordereaux de Suivi des Déchets Dangereux) pour justifier l'élimination conforme. Pour les rejets d’eaux usées dans les réseaux d’égout, il est interdit d’y déverser des déchets liquides et la mise en place d'un séparateur à hydrocarbures est obligatoire si l’établissement est soumis à déclaration ou à autorisation au titre des ICPE (Installations Classées pour la Protection de l'Environnement).

    • La formation, par un organisme agréé, sur les dangers des produits utilisés et sur les moyens de se protéger, est indispensable : par exemple, comprendre les étiquettes du contenant des produits, connaître l’attitude à adopter en cas de fuite ou de déversement accidentel, savoir utiliser les E.P.I adéquats, formation incendie et premiers secours.
    • La surveillance médico-professionnelle

    L’exposition aux hydrocarbures impose une surveillance périodique des travailleurs au moins une fois par an, instaurée par le médecin du travail, avec un suivi médical approprié (explorations fonctionnelles respiratoires et radiographies pulmonaires, dépistage du cancer de la vessie, réalisées en fonction de l'intensité et l'ancienneté de l'exposition).

    Pour permettre une traçabilité des expositions, l’employeur doit établir la liste des salariés exposés aux hydrocarbures dangereux (CMR : cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques), en précisant la nature de l’exposition, sa durée, son degré estimé par les contrôles effectués. (Article R. 4412-40 du Code du Travail).

    Chaque salarié exposé à des hydrocarbures dangereux doit faire l’objet d’une fiche d'exposition établie par l'employeur et bénéficier d’une surveillance médicale renforcée : le dossier médical comporte alors les dates et résultats des examens médicaux complémentaires pratiqués, le double de la fiche individuelle d'exposition et doit être conservé pendant au moins 50 ans après la fin de la période d'exposition. A sa sortie de l’entreprise, il doit recevoir une attestation d’exposition qui lui permettra de continuer à se faire suivre médicalement.

     

    Octobre 2011