La prévention des risques chimiques des colorants et pigments

L’exposition permanente des travailleurs à des colorants et pigments induit des effets pathologiques variés et certaines molécules, les amines aromatiques et sels métalliques notamment, peuvent avoir une grave toxicité. Par inhalation sous forme de poussières ou par contact cutané, les colorants et pigments peuvent être responsables de pathologies respiratoires, de cancer des voies urinaires et du poumon, d’effets nocifs sur les globules rouges, d’effets cutanés allergiques...

La prévention des risques chimiques des colorants et pigments

L’exposition permanente des travailleurs à des colorants et pigments, pour colorer les textiles, les cuirs, les papiers, les encres, les peintures, les produits alimentaires, pharmaceutiques, cosmétiques, les préparations bactériologiques ... induit des effets pathologiques variés et certaines molécules, les amines aromatiques et sels métalliques notamment, peuvent avoir une grave toxicité.
Par inhalation sous forme de poussières ou par contact cutané, les colorants et pigments peuvent être responsables de pathologies respiratoires aigues ou chroniques (asthme), de cancer des voies urinaires et du poumon, d’effets nocifs sur les globules rouges, d’effets cutanés allergiques (eczéma, urticaire) dans de nombreux métiers très divers.
Les amines aromatiques, intermédiaires dans la fabrication des colorants et des pigments, sont des produits cancérogènes avérés.
Cette large utilisation des colorants et pigments dans l’industrie et l’artisanat nécessite, par des mesures de prévention appropriées, de réduire toutes ces expositions pour diminuer fortement les risques professionnels associés : substitution des produits les plus nocifs, mise en place d’une organisation du travail adaptée (installations automatiques, machines fermées étanches), aménagement des postes et des lieux de travail (systèmes d’aspiration de poussières et de fumées, ventilation), équipements individuels de protection adéquats, respect des règles d’hygiène au travail, information et formation à la sécurité des opérateurs, surveillance médicale renforcée ...

Les principaux risques chimiques des colorants et pigments

Les matières colorantes se caractérisent par leur capacité à absorber les rayonnements lumineux dans le spectre visible : la couleur est donnée par la fraction non absorbée mais réfléchie.
Les colorants sont en général des substances organiques alors que les pigments sont souvent des composés minéraux (sels métalliques) : les colorants sont utilisés en solution, leurs molécules sont dispersées dans le milieu qu'elles colorent et les teintures sont absorbées par le support, alors que les pigments sont des solides pulvérulents utilisés en suspension, mélangés avec des liants avant leur application sur les surfaces.

  • Les colorants issus de la chimie organique sont de loin les plus nombreux, et sont responsables, pour certains d’entre eux, d'eczéma, urticaire, et d’asthme et peuvent libérer des substances cancérigènes : les colorants contenant de l’auramine, des amines aromatiques... sont des substances possiblement cancérogènes, et même certainement pour quelques-uns de ces composés (benzidine, naphtylamine...).
    - Les colorants azoïques constituent la famille la plus importante puisqu’ils représentent plus de la moitié de la production mondiale de matières colorantes, en particulier pour la teinture des fibres textiles, les articles en cuir, les produits de papeterie, matières plastiques, etc.
    Les colorants azoïques sont synthétisés à partir des amines aromatiques.
    Les amines aromatiques (arylamines, hydrocarbures aromatiques azotés par remplacement d'un ou plusieurs atomes d'hydrogène par des groupes aminés NH2) qui sont utilisées comme intermédiaires dans la fabrication de ces colorants, dont le représentant le plus simple est l’aniline, possèdent des cycles de type benzénique ayant un caractère cancérogène.
    Certains colorants azoïques peuvent être redécomposés en amines aromatiques par coupure chimique, enzymatique ou bactérienne du groupement azoïque, ce qui explique pourquoi ces colorants sont considérés comme possiblement cancérogènes, et pas seulement les composants de leur fabrication.
    La rupture des liaisons azoïques entraîne la formation d’amines primaires qui causent aussi la méthémoglobinémie, caractérisée par un empêchement du transport d’oxygène dans le sang.
    Les amines aromatiques sont essentiellement absorbées par voie percutanée, par inhalation de de poussières et éventuellement par ingestion : le risque d’absorption est aggravé du fait que les amines aromatiques sont pratiquement toutes liposolubles.
    Les amines aromatiques, telles que la 2-naphtylamine, la benzidine, le 4-amino-diphényle, la 4-chloro-ortho-toluidine, l’ortho-dianisidine ... sont responsables de cancers de la vessie.
    La dichlorobenzidine, DCB, est classée cancérogène probable par le CIRC.
    MALADIES PROFESSIONNELLES
    • Tableau n°15 RG : Affections provoquées par les amines aromatiques, leurs sels et leurs dérivés notamment hydroxylés, halogénés, nitrés, nitrosés et sulfonés
    • Tableau n°15 bis RG : Affections de mécanisme allergique provoquées par les amines aromatiques, leurs sels, leurs dérivés notamment hydroxylés, halogénés, nitrés, nitrosés, sulfonés et les produits qui en contiennent à l'état libre
    • Tableau n°15 ter RG : Lésions prolifératives de la vessie provoquées par les amines aromatiques et leurs sels et la N.Nitroso-dibutylamine et ses sels.
    - Les autres colorants anthraquinoniques, polyméthiniques, di et triphénylméthane, indigoïdes, phtalocyanines ... peuvent causer des irritations cutanées, oculaires et respiratoires et également causer des dommages permanents à la cornée et sa conjonctive, en particulier pour les employés à la pesée et au mélange de ces colorants en poudre. Des réactions cutanées allergiques, asthme ou rhinite d’origine professionnelle sont fréquemment observés.
    Le chlorhydrate d'auramine, colorant dérivé du diphénylméthane, de nuance jaune, est classé comme « agent pouvant être cancérogène pour l’homme ».

  • Les pigments issus de composés métalliques peuvent être toxiques à faible dose.
    Des oxydes de métaux sont utilisés pour colorer le verre, les peintures, les encres, la céramique, les plastiques : cadmium, chrome, cuivre, nickel, cobalt, manganèse, étain, titane, tungstène, zinc, plomb, fer ... et obtenir toutes les teintes souhaitées.
    Toutes ces fumées d’oxydes et composés métalliques peuvent entrainer des pathologies respiratoires (toux, expectoration, essoufflement), particulièrement pour certains alliages avec des oxydes de métaux dangereux pour la santé (plomb, nickel, chrome, cadmium...) et peuvent être à l’origine d’asthmes professionnels et de cancers pulmonaires.
    Des affections cutanées sont aussi liées au contact de poussières renfermant ces oxydes métalliques, notamment des ulcérations, dermites, ...

Les situations professionnelles à risque d’exposition chimique aux colorants et pigments

Les colorants et pigments sont sources d’expositions respiratoires et cutanées très nombreuses et variées en milieu professionnel, à la fois dans la fabrication de colorants et dans leur utilisation.

  • Les risques causés par la fabrication de colorants
    Les amines aromatiques sont utilisées par l’industrie chimique depuis longtemps dans la fabrication de colorants. Les fabrications de l'auramine et du magenta (mélange de 3 amines aromatiques) sont classées dans le groupe 1 de la classification du CIRC.

  • Les risques causés par l’industrie textile
    La fabrication et transformation des fibres en tissus utilise des teintures dans lesquelles on trouve la benzidine et ses dérivés, l'auramine possiblement cancérogènes vésicaux ... Les colorants utilisés (colorants azoïques comme les chloroanilines,...) dans les ateliers de teintures sont par ailleurs responsables d'eczéma, urticaire, et d’asthme.
    Des sels métalliques peuvent être utilisés suivants l’intensité et la stabilité de la couleur recherchée : le sulfate de cuivre et le bichromate de potassium peuvent former avec certains colorants azoïques des complexes métalliques ayant une meilleure solidité à la lumière.

  • Les risques causés par les opérations de fabrication du verre
    Les substances entrant dans la composition du verre sont très nombreuses et les fumées et les poussières de métaux lourds provenant des matières premières en suspension exposent les verriers et cristalliers à des dangers d’affections respiratoires et certains sont cancérogènes.
    Des oxydes de métaux sont en effet utilisés pour colorer ou décolorer le verre : cadmium, chrome, cuivre, nickel, cobalt, manganèse, étain, titane, tungstène ...
    Des affections respiratoires et cutanées sont liées à l’inhalation ou au contact de poussières renfermant ces oxydes métalliques, notamment :
    - les ulcérations, dermites, cancers provoqués par les bichromates,
    - syndromes neurologiques causées par le bioxyde de manganèse (manganisme),
    - lésions des voies respiratoires et du rein et cancers causés par le cadmium,
    - dermites, rhinites, asthmes, cancers (ethmoïde, sinus, bronches) causés par le dioxyde de nickel.

  • Les risques causés par les opérations de fabrication de céramique
    Des particules ou fumées de métaux lourds des colorants sont émises lors de la décoration : les glaçures contiennent des oxydes de métaux qui colorent, mélangés avec des composés terpéniques (dont l’essence de térébenthine) et des solvants. L'oxyde de cadmium, utilisé comme colorant dans certains produits céramiques pour les décors ou les émaux, est toxique.
    Les ors et platine sont utilisés sous forme de poudre ou en solution. En solution, ils sont sous forme de composés organométalliques et sont associés à des résines, en suspension dans des huiles essentielles. Les lustres sont des solutions inorganiques de combinaisons métalliques.
    Toutes ces fumées d’oxydes et composés métalliques peuvent entrainer des pathologies respiratoires (toux, expectoration, essoufflement), particulièrement pour certains alliages avec des oxydes de métaux dangereux pour la santé (plomb, nickel, chrome, cadmium...) et peuvent être à l’origine d’asthmes professionnels.

  • Les risques causés dans l’Industrie du cuir et du tannage
    Lors des différentes étapes de traitement et coloration du cuir (tannerie, maroquinerie, fabrication d’articles chaussant en cuir), certaines substances sont cancérogènes vésicaux : les colorants à base de benzidine, d’ortho-toluidine, ...

  • Les risques causés dans les industries graphiques
    Les pigments de coloration dans les encres, utilisés en grande quantité par les imprimeurs, peuvent être inorganiques (noir de carbone pour le noir, sels métalliques pour les autres couleurs) ou organiques dont des dérivés d'amines aromatiques, qui peuvent libérer des substances cancérigènes, et teintures diverses (anthraquinone, phtalocyanine, etc.).

  • Les risques causés dans les papeteries
    Les papiers de couleur s'obtiennent en teintant la pâte à papier ou en colorant la surface du papier.
    Pour la coloration du papier, on utilise des pigments soit inorganiques soit organiques (par exemple azoïques et phtalocyanines) et du noir de carbone. Risques d’irritations oculaires et de la peau.

  • Les risques causés dans la plasturgie
    L’exposition des plasturgistes aux poussières de matières plastiques chargées de produits riches en colorants (sels de plomb, sulfure de cadmium) génèrent des risques lors du mélange et broyage avec leurs adjuvants.

  • Les risques causés dans les salons de coiffure
    Ce secteur expose directement aux différents colorants et décolorants capillaires.
    Les dermatoses (maladies de peau) professionnelles sont fréquentes dans la coiffure et elles sont reconnues en maladies professionnelles. Le paraphénylènediamine (PPD) et ses dérivés restent les colorants capillaires les plus sensibilisants (eczémas de contact allergique). Parmi les allergènes des teintures capillaires, on retrouve aussi des colorants azoïques, triphénylméthaniques, anthraquinoniques, des colorants aromatiques nitrés (nitroaminophénols, nitroaminobenzènes), ... pour les colorations temporaires et semi-permanentes.

  • Les risques causés dans les laboratoires
    Dans les laboratoires de recherche et d’analyses (biologie, chimie, agronomie, etc.), on utilise beaucoup des colorants et pigments pour communiquer sa couleur à divers tissus et liquides organiques, lors d'observations microscopiques pour révéler les constituants particuliers d'une cellule, afin de suivre l'activité électrique des neurones, l'évolution d'une réaction chimique ou d'un dosage...
    Parmi les substances cancérogènes auxquelles les laborantins sont souvent exposés, on retrouve la benzidine et les colorants qui en contiennent, l’auramine ...

  • Les risques causés dans les industries pharmaceutiques et agro-alimentaires
    Les colorants alimentaires sont souvent les mêmes que les colorants pharmaceutiques , avec des réactions sous forme d’intolérances/hypersensibilité de mécanismes non immuno-allergiques et quelques cas de réactions allergiques immédiates.

  • Les risques causés dans les industries cosmétiques
    Les produits de maquillage, de soins capillaires ... contiennent des colorants azoïques qui permettent d'obtenir des teintes vives et variées (dans la nomenclature internationale des composants cosmétiques, les colorants sont une suite de 5 chiffres précédés de la mention "CI" : exemple CI 42090, colorant bleu turquoise synthétique), mais pouvant libérer des amines aromatiques, dont l'aniline. Irritations des yeux, des muqueuses, de la peau possibles en cas de contact important et prolongé.

  • Les risques causés dans les travaux de peinture
    Le risque pour le peintre est généré par l’inhalation des pigments contenus dans les poussières produites en particulier dans les travaux de ponçage, pouvant provoquer des pneumoconioses de surcharge.
    Les pigments minéraux, chromates, dérivés plombifères, et organiques sont responsables de pathologies particulières (allergies et irritations cutanées et respiratoires, saturnisme).
    Enfin, le métier de peintre est également classé cancérogène avéré pour les cancers de la vessie, du poumon, du fait de la présence d’amines aromatiques utilisés dans les peintures.

Les mesures préventives des risques chimiques des colorants et pigments

Les ateliers fabriquant ou utilisant des colorants et pigments doivent faire l’objet d’une analyse poussée des risques pour permettre la rédaction du Document Unique de Sécurité (Décret du 5 novembre 2001) en appréciant à la fois l’environnement matériel et technique (outils, machines, produits utilisés) et l’efficacité des moyens de protection existants et de leur utilisation selon les postes de travail.
Les analyses de risques sont confiées à des spécialistes de la sécurité au travail (hygiéniste, ingénieur sécurité). Les rapports d’intervention et de maintenance seront aussi intégrés à la documentation de sécurité au travail de l’entreprise et communiquées au médecin du travail et au CHSCT.
Les salariés doivent être aussi informés à propos des produits dangereux mis en œuvre et formés aux pratiques professionnelles sécuritaires.
En raison de la facilité d’absorption, la prévention de l’intoxication par les amines aromatiques exige une hygiène industrielle et personnelle rigoureuse.
La prévention la plus efficace est la prévention primaire avec la mise en place de technologies qui permettent des actions sur les produits (suppression ou emploi de produits de substitution de moindre impact potentiel sur l'homme) et/ou des actions sur les procédés (emploi de matériels ou de machines supprimant ou limitant au maximum les impacts, par de très faibles rejets atmosphériques ...).
La prévention collective implique l’utilisation de systèmes de fabrication isolés et automatisés et de dispositifs mécaniques comme l’extraction de poussières, un captage à la source, une ventilation générale des locaux efficace, qui permettent de réduire l’exposition des travailleurs par des mesures techniques visant à limiter l’inhalation de ces émanations, en particulier lorsque l’on ne peut pas remplacer des produits chimiques dangereux par d’autres pour des raisons techniques.
Enfin, le port d’équipement de protection individuel (combinaison, gants, lunettes de protection, masques respiratoires filtrants ...) est obligatoire pour réduire le risque d’exposition non totalement éliminé par les mesures de protection collectives, ainsi que la présence d’installations et de matériel de premier secours et des mesures individuelles d’hygiène empêchant l'ingestion de particules.
La surveillance médicale renforcée annuelle est obligatoire des travailleurs exposés aux produits cancérogènes ou aux métaux lourds pour contrôler régulièrement leur santé.
De manière aussi à ce que les salariés puissent être informés à propos des composés métalliques utilisés, les Fiches de Données de Sécurité (F.D.S.) doivent être mises à disposition et la connaissance de leurs risques expliquée au travers de la compréhension de l’étiquetage de leur emballage. Ce document renseigne sur la composition, les propriétés et surtout le mode d'utilisation. On y trouve également des données concernant les premiers soins, la toxicité et les précautions de manipulation.

  • L’identification, la suppression / substitution des produits les plus toxiques
    La première étape consiste à repérer en particulier les agents chimiques cancérogènes ou dangereux dans le cadre de l'évaluation des risques du Document Unique de Sécurité (DUS). Les Fiches de Données de Sécurité (FDS), obligatoires pour tout produit chimique dangereux, comportent les renseignements relatifs à la toxicité des produits, donc notamment leur caractère cancérogène éventuel.
    A défaut de produit de remplacement, il convient d’utiliser les produits les moins volatils et privilégier les formes en poudre compacte, en granulés, en pâte au lieu de poudre.

    - Le remplacement des couleurs au plomb et au cadmium par des couleurs qui en sont exemptes et moins dangereuses s’impose. De même, les pigments à base de chrome et les colorants qui contiennent de l’antimoine, du cobalt, du manganèse ou du vanadium doivent être évités.
    - Restrictions d’utilisation ou interdictions de certaines amines aromatiques : 2-naphtylamine, 4-amino-diphényle, de benzidine, 4-nitrodiphényle, d’auramine... (directives 84/364/CEE 1988 et 2002/761/CE)
    - Articles D4152-10 et D4153-27 du Code du travail : travaux interdits aux femmes enceintes ou allaitant, et aux jeunes travailleurs âgés de moins de dix-huit ans : aniline et homologues, benzidine et homologues, naphtylamines et homologues
    - Arrêté du 12 mai 1998 fixant la liste des travaux pour lesquels il ne peut pas être fait appel aux salariés sous contrat à durée déterminée ou aux salariés des entreprises de travail temporaire. Amines aromatiques suivantes : benzidine, ses homologues, ses sels et ses dérivés chlorés, 3,3'diméthoxybenzidine (dianisidine), 4-amino-diphényle; béta-naphtylamine, N,N-bis (2-chloroéthyl)-2-naphtylamine (chlonaphazine), o-toluidine (orthotoluidine).
    - Interdiction d'exposition des femmes enceintes ou allaitant à des travaux les exposant au plomb métallique ou à ses composés.
    - ...

  • Une ventilation des lieux de travail adéquate
    La ventilation et l’aération des lieux de travail jouent un rôle essentiel pour limiter la concentration de l'ensemble des poussières dans l'air ambiant et les évacuer des lieux de travail, de façon à respecter les valeurs limites fixées par les réglementations et éviter ainsi les conséquences sur la santé des travailleurs. On procède par ventilation générale des ateliers et par aspiration continue à la source aux postes de travail.

    - La ventilation générale opère par dilution des polluants à l’aide d’un apport d’air neuf dans le local de travail de manière à diminuer les concentrations des substances toxiques pour les amener à des valeurs aussi faibles que possible et inférieures à la VME (valeur moyenne d'exposition).
    La ventilation mécanique générale, extracteur d’air pour l’aspiration des fumées et poussières métalliques, doit assurer un renouvellement d'air en permanence afin de limiter les risques pour la santé, en évitant l’accumulation de substances nocives et explosives, par extraction et soufflage : l'air est transporté dans le local par un ventilateur de soufflage et extrait du local par un ventilateur d'évacuation. L’extraction de l'air se fait grâce à un système de collecte par ces ventilateurs et des gaines de diffusion, réseau de conduits jusqu'aux filtres et aux épurateurs dans l'installation d'air soufflé qui permettent de nettoyer l'air, puis de l’évacuer à l'extérieur par rejet dans l'atmosphère.
    Les composants aérauliques comme les ventilateurs, les conduits doivent être accessibles et faciles d’entretien et de nettoyage. En particulier, les réseaux s’encrassent rapidement avec de filtres hors d’usage, une évacuation des condensats obstruée... L'entretien régulier du système de ventilation (nettoyage des conduits d'extraction, changement des filtres) est une condition indispensable de bon fonctionnement.
    - Ces dispositifs doivent être complétés par une aspiration avec extraction localisée des fumées et particules métalliques, ... ou sur les équipements avec filtres, épurateurs ou autres collecteurs de poussières : par exemple, tables, hottes ... aspirantes, cabines avec extraction par le haut ou par l’arrière. Les dispositifs de captage à la source consistent à capter les polluants au plus près possible de leur point d’émission, avant qu’ils ne pénètrent dans la zone des voies respiratoires des travailleurs et ne soient dispersés dans toute l’atmosphère du local. Les polluants ne sont pas dilués mais évacués.
    - Il est important de choisir des ventilateurs de dimensions et de type appropriés afin d'assurer l'efficacité du système de ventilation. Les vitesses de l'air dans les canalisations doivent être choisies pour chaque équipement, car la vitesse de transport est un facteur essentiel pour les réseaux d'évacuation d’air contenant des poussières : elle doit être supérieure à une valeur minimale de façon à éviter une sédimentation des poussières et un bouchage des canalisations.
    La ventilation générale des ateliers doit être déterminée en fonction des aspirations locales pour ne pas perturber l’efficacité des captages à la source. Le respect de l'équilibrage des réseaux est indispensable au bon fonctionnement de ces installations.

    Pour mesurer l’efficacité des installations de ventilation, la mesure périodique des agents chimiques par prélèvements d'atmosphère et analyses des fumées et poussières est importante.

    La valeur limite correspond à sa concentration dans l’atmosphère dans laquelle une personne peut travailler pendant un temps donné sans risque d’altération pour sa santé.

    La Valeur Limite d’Exposition (VLE) est la concentration maximum à laquelle un travailleur peut être exposée au plus pendant 15 mn sans altérations physiologiques : ce critère a pour but d’éviter les effets immédiats sur l’organisme.

    La Valeur Limite Moyenne d’exposition (VME) est la limite d’exposition d’un travailleur pour une exposition régulière de 8h par jour et de 40h par semaine : ce critère a pour objectif d’éviter les effets à long terme sur l’organisme.

    Par exemple,
    - la valeur limite moyenne d'exposition professionnelle au plomb sur 8 heures est de 0,1 mg/m3 (exprimée en plomb métallique). Une entreprise est soumise à la législation plomb si la concentration atmosphérique en plomb est supérieure à 0.05 mg/m3.
    - La VLE du chrome hexavalent est de 0,1 mg/m3 et sa VME est de 0,05 mg/m3.
    La norme EN 481 concerne l’échantillonnage de poussières ou d’aérosols sur les lieux de travail et donne les caractéristiques des instruments à utiliser pour déterminer les concentrations.

    Les mesures et analyses peuvent être faites par l’employeur ou par un laboratoire extérieur et le respect des valeurs limites doit être vérifié au moins annuellement.

    Si la valeur limite d’exposition est dépassée, cela permet d’imposer un arrêt temporaire d'activité pour remédier à la situation, puis il faut réaliser un nouveau contrôle sans délai.

    Ces rapports d’analyses métrologiques, d’intervention et de maintenance seront intégrés à la documentation de sécurité au travail de l’entreprise (Document Unique de Sécurité).

  • L’utilisation de procédés adaptés
    Pour empêcher les projections, les déversements ou la contamination de l’atmosphère du lieu de travail par les poussières de colorants et pigments, il faut avant tout disposer d’ateliers convenablement conçus. L'isolement des procédés et la réalisation les opérations en enceinte fermée (vase clos), et l'utilisation de procédés par voie humide (broyage, ...) permettent de mettre les travailleurs à l'abri des poussières.

    Le process des grandes imprimeries, verreries, papeteries, tanneries ... industrielles est mécanisé et automatisé, ce qui réduit considérablement les risques : les travailleurs sont isolés dans des salles de contrôle ou des cabines pressurisées, climatisées et insonorisées. Toutefois, des incidents dans l’automatisation des opérations, des fuites, nécessitent des interventions de maintenance qui restent dangereuses. Par ailleurs, dans l’artisanat, les petites séries, les pratiques sécuritaires sont beaucoup moins mises en œuvre et maîtrisées.

  • Les mesures organisationnelles de prévention
    Les moyens de prévention à mettre en œuvre pour pallier les risques professionnels des colorants et pigments résident aussi dans les mesures organisationnelles visant à diminuer fortement le nombre de personnes exposées et la durée et l’intensité d’exposition.

    Ces mesures concernent les zones de travail, leur accès et leur balisage, les modes opératoires limitant l'importance des manipulations et les efforts physiques qui augmentent la ventilation pulmonaire donc l’inhalation des poussières, par exemple en approvisionnant les produits en quantité strictement nécessaire (prépesage des produits).

    Il convient de limiter au strict minimum le nombre de travailleurs soumis au risque en restreignant l’accès des zones où se déroulent les activités et limiter la durée de travail de ces personnes dans les zones à risque.

  • Des mesures d’hygiène
    - Un nettoyage régulier permet de réduire les niveaux de poussières. Il convient de réaliser un nettoyage des lieux de travail avec les outils appropriés, avec des précautions pour éviter la dispersion des poussières lors du vidage des aspirateurs ou des conteneurs à déchets, du changement des filtres des dépoussiéreurs.
    Les zones de travail doivent être nettoyées avec un chiffon humide ou un aspirateur à filtre absolu, jamais avec une soufflette ou un balai à sec, ni avec de l’air comprimé pour éliminer les poussières adhérentes.
    Ces mesures d'hygiène concernent les sols et les plans de travail, mais aussi les murs et les plafonds.
    - Des installations sanitaires (WC, lavabos, douches) doivent être mises à disposition des travailleurs, correctement équipées et en nombre suffisant, permettant aux travailleurs de se nettoyer fréquemment les mains et le visage à l'eau et au savon et de se laver en fin de poste pour limiter l’incrustation des particules dans la peau. En cas de forte contamination, les installations sanitaires doivent elles-mêmes faire l'objet d'un nettoyage méticuleux.
    - Des douches oculaires portatives conçues pour fournir immédiatement le liquide de rinçage et des fontaines rince yeux/visage fixes doivent être disponibles.
    - Des vestiaires appropriés doivent être mis à la disposition des travailleurs : l’entreposage des tenues de travail doit avoir lieu à l’abri de la poussière (le rangement des tenues de ville et des tenues de travail doit être séparé).
    - La gestion et le nettoyage des vêtements de travail et autres équipements individuels de protection fournis aux travailleurs doivent être pris en charge par l’employeur.
    - le respect des règles d’hygiène s’étend aux comportements individuels : ne pas manger sur le lieu de travail afin de ne pas ingérer par inadvertance un produit toxique.
    - En cas d’exposition aux amines aromatiques, les vêtements de travail doivent être changés quotidiennement et des installations doivent être prévues pour un bain ou une douche obligatoires à la fin du poste.

  • Les équipements de protection individuelle contre l’exposition aux colorants et pigments
    Le principal risque pour la santé dû à l’exposition professionnelle aux amines aromatiques et aux sels métalliques notamment, tient à la facilité avec laquelle ils peuvent être absorbés soit par inhalation, soit par résorption percutanée.

    Le port d'équipement de protection individuelle (gants, tenue de travail, lunettes de protection ...) est toujours indispensable car toutes les mesures de prévention collective ne permettent pas de supprimer totalement l'exposition.

    Par exemple,
    - pour les coiffeurs, il faut utiliser des gants en vinyle ou nitrile à usage unique, très fins, pour les contacts avec les produits chimiques des colorations.
    - Pour les laborantins, Il convient de se protéger les yeux en portant des lunettes de sécurité enveloppantes pour éviter en particulier les projections oculaires de colorants.

    Quant à la protection respiratoire, le port d’un appareil respiratoire toujours gênant ne s’envisage que s’il persiste un risque d’exposition par inhalation, malgré la mise en place de la prévention collective ou bien dans les cas ou la protection individuelle est la seule possible, comme dans certaines opérations d’entretien, de maintenance ou d’intervention d’urgence, mais l'usage de masques respiratoires ne peut s'envisager que pour des manipulations ponctuelles de courte durée.
    - des masques anti-poussières fines de type FFP2, en papier ou cartonnés, légers, jetables, filtrant les particules mais de durée d’efficacité limitée à quelques heures peuvent convenir pour des expositions faibles (ce qui est le cas le plus souvent si les mesures techniques sont mises en œuvre).
    - des demi-masques, avec cartouche filtrante, de type FFP3, prenant le nez et la bouche, peuvent être utilisés pour se protéger des fumées et des poussières en concentration plus importante.
    - enfin, un masque à adduction d’air est recommandé pour des tâches particulièrement exposées, dans des conditions de travail exceptionnellement difficiles (fuites ou déversements importants).

  • La surveillance médicale des travailleurs exposés aux colorants et pigments
    L’exposition aux agents cancérogènes ou aux métaux lourds impose une surveillance périodique des travailleurs au moins une fois par an, instaurée par le médecin du travail : il faut réaliser des visites médicales régulières dans le cadre d’une surveillance médicale renforcée. La périodicité du contrôle des expositions est alors fonction des niveaux mesurés.
    - Tests respiratoires (spiromètre) à l’embauche pour détecter une déficience des fonctions pulmonaires et tous les 2 ans pour dépister l’apparition des troubles respiratoires.
    - Radiographie thoracique si nécessaire, épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR) conseillées : le salarié doit être soustrait au risque dès l’apparition de signes irritatifs.
    - Analyses annuelles (plombémie, cobalturie ...) dans le sang ou les urines, cytologie urinaire.
    - En cas d’imprégnation trop importante constatée au cours de cette analyse biologique, cela peut justifier une décision d’inaptitude temporaire ou définitive au vu de l’évolution des paramètres pathologiques constatés dans les contrôles antérieurs : le médecin du travail est habilité à proposer des mesures individuelles telles que mutations ou transformations de postes, justifiées par des considérations relatives à l'état de santé physique du travailleur. Le chef d'entreprise est tenu de prendre en considération ces propositions et, en cas de refus, de faire connaître les motifs qui s'opposent à ce qu'il y soit donné suite. En cas de difficulté ou de désaccord, la décision est prise par l'inspecteur du travail après avis du Médecin-Inspecteur du travail. - Généralement, il y a un long délai entre l'exposition et le diagnostic d’un cancer professionnel (en général au moins 10 ans et jusqu'à 50 ans) ce qui nécessite une traçabilité au travers de la rédaction d’une fiche d'exposition et d’une surveillance médicale régulière, à visée de dépistage, réalisées par le médecin du travail.
    A sa sortie de l’entreprise, le travailleur exposé doit recevoir une attestation d’exposition qui lui permettra de continuer à se faire suivre médicalement. La reconnaissance d'un cancer professionnel est importante, car elle ouvre droit à une réparation intégrale du préjudice subi pendant l’arrêt de travail (indemnisation et gratuité des soins) et au-delà s’il y a des séquelles (capital ou rente d’incapacité).

    - Le dossier médical doit stipuler la nature du travail effectué, la durée des périodes d'exposition et les résultats des examens médicaux. Ces informations sont indiquées dans l'attestation d'exposition et le dossier médical doit être conservé 40 ans après la cessation de l'exposition.
    - Suivi post professionnel (article D. 461-25 du code de la Sécurité sociale) : quand le salarié n'est plus exposé ou part à la retraite, ce suivi permet d'assurer pour les cancers professionnels qui se déclareraient après, une réparation du dommage subi.

Mars 2014