La prévention des risques professionnels des colles

Les techniques de collage se sont très vite développées dans toute l’industrie et l’artisanat à mesure que la science de la chimie des adhésifs a trouvé des résines synthétiques et des solvants organiques toujours plus performants pour tout type de pièces et supports à assembler. Mais, la mise en œuvre des colles expose les travailleurs à des risques toxiques par inhalation ou pénétration cutanée

La prévention des risques professionnels des colles

Les techniques de collage se sont très vite développées dans toute l’industrie et l’artisanat à mesure que la science de la chimie des adhésifs a trouvé des résines synthétiques et des solvants organiques toujours plus performants pour tout type de pièces et supports à assembler. Mais, la mise en œuvre des colles expose les travailleurs à des risques toxiques par inhalation ou pénétration cutanée : les risques d’irritations et d’allergies respiratoires, de dermatoses professionnelles, les risques de cancers, de troubles neurologiques induits par les nombreux produits chimiques entrant dans les compositions complexes des colles, nécessitent l’adoption de mesures de prévention lors de leur emploi. Par ailleurs, les risques potentiels liés aux propriétés inflammables et explosives des composés organiques volatils (COV) entrant dans la composition de très nombreuses colles doivent être pris en compte, notamment dans leur utilisation en milieu confiné.

La substitution si possible des colles solvantées, la protection collective par une ventilation adaptée des locaux, l’aspiration à la source aux postes d’encollage, la protection individuelle avec des gants, lunettes de sécurité et éventuellement masque à cartouche filtrante, sont des moyens indispensables pour tous les travaux de collage.

Par ailleurs, il convient d’assurer la formation aux dangers des colles et la surveillance médicale des travailleurs exposés, en particulier les colleurs et encolleurs.

Principales caractéristiques et composition des colles

  • Caractéristiques des colles
    La plupart des colles sont des liquides adhésifs qui durcissent en faisant adhérer entre eux des objets. Les performances mécaniques du collage dépendent de la structure chimique et physique (porosité, rugosité) des surfaces à assembler et de la nature de l’adhésif utilisé qui permet l’agglomération des diverses particules solides entre elles : c’est la polymérisation, formant des chaines et réseaux moléculaires (réticulation), qui fait adhérer les surfaces, avec éventuellement un effet structurel si il y a une réaction chimique avec la surface des pièces assemblées.
    Les types de colles sont très nombreux car ils correspondent à la grande diversité des matériaux à assembler (métaux, cuirs, textiles, bois, papier, matières plastiques, verre, céramique …) : les progrès de la chimie macromoléculaire ont amenés à l’apparition de résines polymères et de solvants organiques de très haute performance et de grande rapidité d’assemblage. Les solvants permettent de dissoudre les constituants de la substance adhésive (résines), de la fluidifier pour l’étaler sur les supports à coller.
    Plusieurs phénomènes physico-chimiques, colles à prise physique en dissolution ou dispersion, ou à prise chimique ou thermique, sont utilisés pour obtenir le durcissement et le collage :
    - La dissolution d’une résine (le liant) dans un mélange de solvants qui doivent s’évaporer pour permettre la prise de la colle : après application, la résine collante se solidifie de nouveau, avec formation d’un film adhésif au cours du séchage.
    - La dispersion en phase aqueuse, avec une émulsion qui disperse les petites particules de résine, puis forme un film continu par évaporation de l'eau.
    - Le durcissement par réaction chimique lors de l'addition de deux composants : la résine et le durcisseur qui provoque la réaction lors du mélange.
    - Le durcissement par la chaleur des colles avec des résines thermoplastiques sans solvant (holtmelts) qui se ramollissent du fait de l’élévation de température (par exemple dans des pistolets à chauffage électrique), ce qui permet de les étaler, puis se rigidifient en refroidissant.
    - Le durcissement par action de polymérisation des rayons ultraviolets (colles photoreticulables).
    - Dans le cas d’une colle en dissolution ou dispersion sur un support poreux (papier, carton, tissu …), une application de dissolvant ou d’eau peut entrainer la re-solvatation ou la réhydratation du liant permettant le décollage dans certains cas (réversibilité de l’opération).

  • Composition des colles
    - Les résines
    Des résines très diverses et variées, synthétiques ou naturelles, forment un film adhésif en séchant : ce sont des polymères cellulosiques, amylacés, acryliques et polyacryliques, cyanoacryliques, vinyliques, époxydes, polyuréthanes, polyesters, polychloroprènes, polyamides, formo-phénoliques, furaniques, polysilanes, polysiloxanes, résorcine ou urée - formol, etc.

    - Les solvants
    Les solvants organiques utilisés dans les colles sont très nombreux : ce sont des composés organiques volatils fabriqués à partir des hydrocarbures aliphatiques (hexane, cyclohexane, …), chlorés (trichloréthylène, trichloroéthane, monochlorobenzène … ), aromatiques (toluène, xylène …), alcools (méthanol, glycols … ), cétones (acétone, acétate d'éthyle, méthyléthylcétone MEK ou butanone…), éthers de glycol, tétrahydrofurane THF etc.

    - Les durcisseurs et accélérateurs de prise
    Les durcisseurs employés sont des amines aliphatiques ou aromatiques, des polyisocyanates. Des catalyseurs acides (acide chlorhydrique, chlorure d'ammonium …) sont utilisés par exemple pour les colles à base d'urée - formol (colles à bois), car la vitesse de prise augmente avec la diminution du pH.

    - Les additifs
    Des substances chimiques peuvent être incorporées à la composition de la colle pour d’améliorer la force du collage ou l’absorption du support ou leur conservation : des agents tackifiants (ester de colophane, …) renforçant la capacité de l’adhésif à s’accrocher au support, des charges minérales (talc, silice, carbonate de calcium), des agents bactéricides et fongicides.

  • Propriétés des colles
    L’adhésivité d’un liant, engendrée par le phénomène de liaison physico-chimique d’adhérence, est la résistance mécanique à la séparation qu’offre le collage entre les deux matériaux : décollement à la traction, au cisaillement, au clivage ou au pelage.
    Les propriétés mécaniques à la séparation des colles varient d’une faible performance d’adhésivité, comme celle par exemple des colles en dispersion aqueuse vinyliques et acryliques, à une performance élevée comme celle par exemple des colles structurales époxydes qui réalisent un assemblage à peu près de même résistance que les supports (métal, béton…).
    La rapidité de prise (instantanée pour la colle cyanoacrylate), la pression de contact sur les surfaces à encoller, sont d’autres propriétés distinguant les colles les unes des autres, en plus évidemment de leur adaptation aux matériaux à encoller.

  • Présentation des colles
    Les colles se présentent soit prêtes à l'emploi (adhésifs mono-composants), soit sous forme de poudre à diluer dans de l’eau ou de l’alcool, soit sous forme de deux ou de plusieurs composants à mélanger entre eux au moment de l’utilisation dans l’atelier ou sur le chantier.

Les situations professionnelles à risque d’exposition aux colles

Il existe plusieurs centaines de compositions de colles d’usage courant et auxquels de très nombreux travailleurs de l’industrie ou de l’artisanat sont exposés.
Les secteurs professionnels concernés par la toxicité des colles, au stade de la production ou de leur utilisation, sont très nombreux : toutes les industries du bois et de l’ameublement, du cuir, du textile, du caoutchouc, de la papeterie, de l'emballage, de l’aéronautique et de l’automobile, de l’électronique, toutes les activités du bâtiment et des travaux publics pour le scellement, le revêtement mural et de sol, la pose de canalisations, les activités artisanales de la bijouterie, décoration, …
Les métiers de peintre, carreleur, parqueteur et moquettiste, plombier, chauffagiste, menuisier, ébéniste, charpentier, bijoutier, maquettiste, travailleur du bois lamellé-collé et de panneaux agglomérés, ouvrier du caoutchouc, du cuir, du textile… figurent parmi les professions les plus concernées par la toxicité des colles.
Le mode d'application (brossage, pulvérisation, à chaud…) et le milieu d’utilisation (travaux en sous-sol …) conditionnent grandement les niveaux d'exposition.
L’utilisation de colle par pistolet pulvérisateur en milieu confiné est la situation la plus dangereuse, du fait de la formation d’aérosols et de vapeurs de solvants qui atteignent rapidement une concentration très toxique dans un volume d’air restreint. De même, les collages à chaud libèrent des vapeurs toxiques (en particulier celles du formol) lors de l’application de la colle sur les pièces préchauffées puis de l’étuvage pour effectuer le durcissement.

Les principaux risques professionnels des colles

  • Les risques chimiques des colles
    La plupart des colles contiennent des molécules toxiques lors de leur application (par contact cutané ou inhalation), mais aussi lors de la manipulation de contenants mal fermés, ou dans les lieux de stockage, ou d’entrepôt de déchets, en dégagent des vapeurs, des poussières nocives.
    Les actions toxiques des colles sont nombreuses et les atteintes à la santé des colleurs et encolleurs peuvent concerner toutes les fonctions corporelles : dermatites ou sensibilisation allergène cutanée de certaines résines, inhalations de vapeurs toxiques de solvants organiques, brulures avec l’acidité de certaines compositions, caractère cancérogène du formaldéhyde et des amines aromatiques des durcisseurs etc.
    La toxicité des solvants organiques est le revers de leurs propriétés remarquables pour le collage : ils dissolvent et permettent d’étaler la colle, ils sont volatils et permettent le séchage et la prise, mais ils sont aussi aisément inhalables et capables de dissoudre les graisses de l'organisme et d’agir sur la conduction des influx nerveux. Les conséquences néfastes des colles sur le système nerveux sont bien connues pour des usages non professionnels, à visée ébrieuse ou narcotique.
    Lors de l'inhalation des vapeurs de solvants, celles-ci pénètrent dans les poumons et passent directement dans le sang, puis dans le cœur et le cerveau.
    Si les vapeurs de solvants agissent principalement par inhalation, quelques solvants très fluides parviennent à traverser la peau en provoquant des irritations cutanées (éthers de glycol…) et certains solvants traversent le tissu lipo-cutané et, par voie sanguine, se diffusent dans le corps entier.

    - La toxicité des résines
    Les résines époxydes EP, polyacrylates PAA, polyméthacrylates PPMA, polyuréthanes PU, avant polymérisation ou en poussières libérées par des opérations d’usinage ou de ponçage peuvent être responsables de réactions d'irritation, de sensibilisation et d'allergie de la peau avec eczéma de contact touchant les doigts, les mains, les poignets et les avant-bras mais aussi le visage avec œdème des paupières par projection de particules. La dermatite de contact allergique aux résines apparaît suite à la sensibilisation progressive à ces produits de façon spécifique du fait de la multiplicité des contacts cutanés non protégés. L'eczéma de contact siège sur les faces dorsales et latérales des doigts et des mains, face interne des poignets. Les atteintes cutanées sont érythémateuses avec lésions prurigineuses, vésiculeuses suivies d'une phase de suintement, de formation de croûtes et de desquamation, et l’eczéma peut se surinfecter.
    Des symptômes d'asthme à la colophane peuvent survenir suite à une sensibilisation respiratoire.

    - La toxicité des durcisseurs
    Les constituants volatils des durcisseurs sont susceptibles de provoquer des actions d’irritation ou de sensibilisation des voies respiratoires. Les polyisocyanates sont allergisants en cas de contact cutané ou d’inhalation, et risquent de provoquer des de l’asthme et de l’eczéma, des pneumopathies d'hypersensibilité, des blépharo-conjonctivites.
    Les amines aromatiques possèdent des cycles de type benzénique ayant un caractère cancérogène (cancers de la vessie). Les amines aromatiques sont essentiellement absorbées par voie percutanée, par inhalation de poussières.
    Les catalyseurs acides sont responsables de brûlures cutanées.

    - La toxicité des solvants organiques
    Les solvants organiques affectent des organes cibles divers : irritations de la peau, des yeux (acétone, hexane, toluène …) et de la gorge, lésions des organes respiratoires (toluène, xylène, …), troubles cardiaques (trichloréthylène), et presque tous les solvants organiques provoquent des troubles digestifs (nausées, gastrites avec le tétrahydrofurane THF…), du système nerveux, des maux de tête, des vertiges. Par leur action liposoluble, tous les solvants peuvent provoquer une dessiccation cutanée avec risque de dermatites pour des contacts avec la peau répétés et prolongés.
    La toxicité sur le système nerveux central peut prendre la forme d’une narcose brutale et intense pour une forte exposition.
    Des neuropathies périphériques, troubles sensitivo-moteurs des extrémités, sont provoqués par l’éthanol, le tétrahydrofurane (THF).
    Les effets reprotoxiques causés par les solvants peuvent produire ou augmenter la fréquence d'effets non héréditaires dans la progéniture (embryotoxiques ou fœtotoxiques), ou porter atteinte aux fonctions ou capacités reproductives…. Par exemple, l'exposition aux solvants (trichloréthylène, …) qui passent à travers la barrière placentaire, est spécialement dangereuse chez la femme enceinte car ils peuvent aussi entraîner des malformations congénitales ou perturber la grossesse et le développement du fœtus (risque tératogène et d’intoxication fœtale) en franchissant la barrière placentaire. Par ailleurs, certains éthers de glycol présentent un danger pour la fertilité. Parmi la multitude de solvants organiques utilisés dans les colles, on note par exemple les effets nocifs suivants :
    Les solvants aromatiques (toluène, xylène, etc.) sont potentiellement plus dangereux pour la santé que les composés aliphatiques (white-spirit, heptane …). Les solvants aromatiques peuvent provoquer des troubles neurologiques (céphalées, vertiges, agitation, irritabilité, somnolence, convulsions), des affections gastro-intestinales accompagnées de vomissements à répétition, des anémies dues à la toxicité pour les cellules sanguines et la moelle osseuse (benzolisme). Pour le toluène, il y a un risque de surdité accru avec simultanément exposition concomitante à des niveaux de bruits élevés (ototoxicité).
    Les solvants aliphatiques ont une toxicité généralement modérée, avec des effets communs à de nombreux autres solvants : leur inhalation répétée ou prolongée conduit à des manifestations telles que maux de tête, vertiges. A fortes concentrations, ils entraînent aussi des troubles du système nerveux et du système digestif. L’hexane, que l’on trouve dans certaines colles, a une neurotoxicité plus affirmée (polynévrites).
    Les solvants chlorés, par leur forte liposolubilité, agissent sur le système nerveux et sont également cardiotoxiques. Le trichloréthylène est un cancérogène probable et a une toxicité sur le système nerveux central et le cœur, modification du rythme, fibrillations ventriculaires, manifestations coronariennes ainsi que le trichloroéthane.

    - La toxicité du formol
    L’aldéhyde formique ou formaldéhyde ou méthanal, plus communément appelé « formol », intervient dans la composition de colles très largement utilisées pour la fabrication de panneaux à base de bois, d’éléments de charpente, de menuiseries et de meubles (colles urée-formol, mélamine-formol, résorcinol-formol, phénol-formol). Ses effets toxiques s’exercent par voie aérienne et localement par exposition directe : irritations cutanées et eczémas, sévères irritations des muqueuses oculaires et des voies respiratoires, et asthme, cancer du naso-pharynx reconnu comme maladie professionnelle. Il peut également avoir des conséquences neurologiques qui se traduisent par une fatigue accrue, des angoisses, des migraines, des nausées ou des vertiges.

  • Les risques d'incendie et d'explosion liés aux colles
    Les risques d'incendie et d'explosion dépendent des caractéristiques physico-chimiques de chaque solvant utilisé : les solvants ayant un point d’éclair bien inférieur à la température ambiante, en présence d’une flamme nue, d’une étincelle ou d’une source de chaleur importante, s’enflamment instantanément et durablement. L'atmosphère explosible est rendue possible à des températures voisines de la température d’inflammation des solvants et peut rendre chaque usine, chaque atelier, chaque stock de colles solvantées dangereux, par suite de circonstances accidentelles : incident de fabrication ou de conditions de stockage provoquant fuites et déversements massifs, étincelles, arcs électriques venant de machines ou d’installations électriques défectueuse, …
  • Les risques physiques des colles - projection de colle dans les yeux (lors du débouchage des tubes ou pots, bidons, du maniement incontrôlé des pistolets pulvérisateurs ou de l’éclatement de buses bouchées et de récipients sous pression).
    - collage des doigts, notamment avec des colles instantanées cyanoacrylates.

Les mesures préventives des risques des colles

La vigilance des dangers chimiques auxquels sont exposés les utilisateurs fréquents de colles est d’autant plus importante que, en dehors des effets manifestes d’une allergie cutanée immédiate, la latence des effets nocifs respiratoires, leur caractère ténu au début de leur apparition, créent des conditions susceptibles de masquer longtemps la gravité de la situation.

Le process des grandes usines est fortement mécanisé et modernisé : la prévention collective résulte alors de l’utilisation de systèmes de fabrication capotés et automatisés et de dispositifs mécaniques comme l’extraction de vapeurs qui permettent de réduire l’exposition des travailleurs et de diminuer considérablement les risques chimiques et d’explosion ou d’incendie. Le process en circuit totalement fermé minore aussi beaucoup les possibilités de sources d’exposition en automatisant les opérations et en éloignant les opérateurs. Si des installations automatisées, télécommandées et contrôlées à distance limitent beaucoup les risques, toutefois, des incidents dans l’automatisation des opérations, des fuites, des dysfonctionnements des asservissements… génèrent des dangers et nécessitent également des interventions de maintenance qui restent dangereuses. Par ailleurs, dans les petites unités ou les volumes traités sont bien inférieurs et de façon plus artisanale, les pratiques sécuritaires sont beaucoup moins mises en œuvre et maîtrisées.

La prévention passe d’abord par la mise en place de technologies qui permettent la suppression des solvants organiques ou l’emploi de produits de substitution moins dangereux, par des actions sur les procédés supprimant ou limitant au maximum les rejets atmosphériques ou l’usage de colle (par exemple dans le bâtiment, fixations mécaniques par clous, vis, emboîtements, en tendu pour les textiles …).
Les moyens de prévention à mettre en œuvre pour pallier les risques professionnels des solvants organiques résident ensuite dans la prévention collective (ventilation efficace de l’atelier et aspiration à la source des vapeurs), stockage des produits chimiques et installation électrique et de protection incendie conformes aux normes, respect des règles générales d’hygiène…) qui diminue fortement les expositions et la fréquence ces accidents, puis dans la prévention individuelle (équipements de protection) qui en diminue nettement la gravité, enfin dans l’information et la formation à la sécurité des travailleurs et dans leur surveillance médicale. Une surveillance médicale renforcée est obligatoire pour les salariés exposés aux risques chimiques des résines et solvants organiques.
  • La suppression / substitution des produits les plus dangereux
    La prévention la plus efficace est la prévention primaire avec la mise en place de technologies qui permettent des actions sur les produits (suppression ou emploi de produits de substitution de moindre impact potentiel sur l'homme et l’environnement) et/ou des actions sur les procédés (emploi de matériels ou de machines supprimant ou limitant au maximum les impacts sur l’environnement : très faibles rejets atmosphériques et volumes de déchets et d’effluents générés les plus faibles possibles). La première étape consiste à repérer les résines et solvants cancérogènes ou dangereux dans le cadre de l'évaluation des risques du Document Unique de Sécurité (DUS). Les Fiches de Données de Sécurité (FDS), obligatoires pour tout produit chimique dangereux, comportent les renseignements relatifs à la toxicité des produits, donc notamment leur caractère cancérogène éventuel.
    L’utilisation de certains solvants est désormais interdite. La législation évolue en fonction des résultats des études toxicologiques qui peuvent être très longues car, si pour la toxicité aigue, le rapport de causalité est clairement identifié et assez facilement mesurable, il n’en est pas de même pour la toxicité chronique qui est beaucoup plus malaisée à cerner avec précision : ainsi l’emploi est prohibé pour le trichloroéthane, pour le toluène dans certaines applications ; le n-hexane devrait être remplacé par l’heptane ou d’autres solvants.
    La suppression des solvants organiques et leur remplacement par une technologie propre (nouveaux procédés ou produits) lorsque c’est techniquement possible ou leur substitution par des solvants beaucoup moins toxiques apparaissent comme des solutions prioritaires : notamment remplacer les colles solvantées par des colles en phase aqueuse, utiliser les produits les moins volatils (pression vapeur plus faible), et, pour limiter le risque d’incendie, travailler si possible avec des produits dont le point éclair est supérieur à 40° voire 55°C.

    Des fiches d’aide à la substitution sont disponibles sur le site de l’INRS.

  • Une ventilation des lieux d’encollage adéquate
    La ventilation et l’aération des lieux de travail jouent un rôle essentiel pour limiter la concentration de l'ensemble des vapeurs de solvants dans l'air ambiant et les évacuer des lieux de travail, de façon à respecter les valeurs limites et éviter ainsi les conséquences sur la santé des travailleurs.
    Les installations utilisées pour l’évacuation des vapeurs de solvants et poussières de résines doivent faire l’objet d’une analyse de risques.
    Les analyses de risques sont confiées à des spécialistes de la sécurité au travail (hygiéniste, ingénieur sécurité). Les rapports d’analyses de risques, d’intervention et de maintenance seront intégrés à la documentation de sécurité au travail de l’entreprise (DUS).
    Les mesures et analyses peuvent être faites par l’employeur ou par un laboratoire agréé et le respect des valeurs limites doit être vérifié au moins annuellement. Si la valeur limite d’exposition est dépassée, cela permet d’imposer un arrêt temporaire d'activité pour remédier à la situation.
    Il existe deux techniques de ventilation : la ventilation locale par aspiration à la source et la ventilation générale ou la ventilation par dilution.

    - Ventilation locale : on opère par le moyen de hottes et autres systèmes locaux de déplacement de l’air.
    Des systèmes d’extraction de l’air comme des hottes et des tables aspirantes sont utilisées pour aspirer les contaminants près de la source d’émanation et filtrer l’air, ce qui prévient la contamination de l’air ambiant ; en particulier, c’est le cas des manipulations manuelles inévitables qui doivent être effectuées à un poste de travail muni d’un dispositif d’aspiration des vapeurs à leur source d’émission.
    Par exemple, les vapeurs de solvants de colles captées dans une cabine ne polluent pas l'air ambiant.
    Le matériel doit éviter notamment la formation d’étincelles. Les hottes ou plafonds filtrants et autres composants aérauliques comme les ventilateurs, les conduits entre autres doivent être accessibles et faciles d’entretien et de nettoyage. En particulier, les réseaux s’encrassent rapidement avec des filtres hors d’usage, une évacuation des condensats obstruée…

    - Ventilation générale : la ventilation mécanique générale, extracteur d’air pour l’aspiration des vapeurs de solvants, doit assurer un renouvellement d'air en permanence afin de limiter les risques pour la santé, en évitant l’accumulation de vapeurs nocives et explosives, par extraction et soufflage : l'air est transporté dans le local par un ventilateur de soufflage et extrait du local par un ventilateur d'évacuation. L’extraction de l'air se fait grâce à un système de collecte par ces ventilateurs et des gaines de diffusion, réseau de conduits jusqu'aux filtres et aux épurateurs dans l'installation d'air soufflé qui permettent de nettoyer l'air, puis de l’évacuer à l'extérieur par rejet dans l'atmosphère.
    - La ventilation générale des ateliers doit être déterminée en fonction des aspirations locales pour ne pas perturber l’efficacité des captages à la source.
    - Une surveillance régulière de l'atmosphère, pour vérifier l'efficacité des mesures d'aspiration par dosages atmosphériques. Ces analyses métrologiques sont confiées à des spécialistes de la sécurité au travail (hygiéniste, ingénieur sécurité). Les rapports d’analyses, d’intervention et de maintenance seront intégrés à la documentation de sécurité au travail de l’entreprise (Document Unique de Sécurité).

  • L’utilisation d’équipements d’encollage adaptés
    En usine, l’aspiration à la source des vapeurs et aérosols des colles doit se réaliser sur un poste de travail spécial pour l’encollage ou le collage à chaud, table d’encollage ouverte ou poste de type cabine ou automatique (collage et assemblage par robot).
    - machines fermées avec chambre de travail étanche : le travail en vase clos autorise le confinement maximal des solvants utilisés, tout contact entre les opérateurs et les produits concernés pouvant être évité à chaque opération, avec automatisation de la plupart des taches.
    - systèmes d'encoffrement et de captage au plus près des émissions, de façon à évacuer les aérosols et les vapeurs.
    Le respect des recommandations des constructeurs et un entretien régulier des machines sont des éléments essentiels pour limiter les risques accidentels et pour prévenir des émanations. Ainsi l’utilisation et l'entretien des machines doivent être effectués par un personnel qualifié, spécifiquement formé (respect scrupuleux des capacités nominale des machines…) : de nombreux cas de fuites accidentelles peuvent survenir au niveau de différents équipements, ce qui entraîne la nécessité d’une maintenance rigoureuse des machines avec contrôle de l'étanchéité et mise en œuvre de dispositifs anti-fuites des machines. Il convient en particulier de vérifier que les raccords des installations en circuit fermé, les joints pour empêcher les pompes de fuir, sont en bon état et correctement posés.
    Des machines utilisées de manière non conforme ou mal entretenues et non vérifiées périodiquement créent un risque chimique supplémentaire.
    Par ailleurs, pour le collage au pinceau en artisanat, il convient d’utiliser des pots à colle à dosage automatique et fermeture hermétique qui réduit les risques d’inhalation.

  • Une installation électrique conforme
    L’incendie et/ou l’explosion peuvent provenir des équipements électriques, et en particulier, l’équipotentialité et la bonne mise à la terre de toutes les installations métalliques doivent être contrôlées, les prises défectueuses remplacées, il faut éviter toute accumulation d’électricité statique ….
    Les étincelles, arcs et échauffements provoqués par les moteurs et appareillages électriques en fonctionnement peuvent aussi déclencher la catastrophe.
    Le but principal de l’appareillage électrique pour atmosphères dangereuses est de prévenir que le matériel, y compris l’éclairage, soit à l’origine d’un incendie ou d’une explosion.
    Dans le domaine des atmosphères explosives (Atex), des normes européennes fixent le cadre de travail des industriels et des installateurs. Depuis juin 2003, tout nouveau site de type Atex doit être équipé avec du matériel et appareillage électrique certifié, avec des enveloppes antidéflagrantes. Les autres installations doivent, depuis juin 2006, avoir été mises à niveau.
    La protection contre les contacts avec les masses mises accidentellement sous tension est obtenue par un dispositif de coupure automatique en cas de défaut d’isolement et utilisation de disjoncteurs différentiels 30 mA de grande sensibilité.
    Dans les cas d’utilisation intensive d’utilisation de solvants organiques, il est fortement recommandé de placer des explosimètres dans les zones de réception / manutention / stockage / expédition.

  • Un stockage des colles rigoureux
    Le stockage des colles solvantées présente des risques tels que l’incendie, l’explosion, le risque de chute ou de renversement d'emballage avec de fortes émanations … Toutes ces caractéristiques rendent nécessaire, outre les précautions lors de leur emploi, l’aménagement de locaux de stockage. La réduction des risques existants passe par une réflexion sur la structure du local, sur les modalités de rangement et sur les incompatibilités entre les produits. Des procédures de stockage non adaptées peuvent entraîner une fragilisation des emballages à l'origine de fuites ou de ruptures accidentelles, de pollution, de réactions dangereuses ou d'accidents ou induire une modification ou une dégradation du produit qui le rend plus dangereux.
    Le stockage des bidons et autres conteneurs de colles et solvants, doit se faire dans un local ventilé et sur cuvette de rétention, et les récipients doivent toujours être bien refermés.
    L’interdiction de fumer dans les locaux doit être absolument respectée et signalée de manière apparente (de même que toutes les autres consignes de sécurité).
    Il faut stocker les plus faibles quantités de produits possibles car le risque d'incident ou d'accident croît avec la durée et le volume de stockage.
    Les stockages de volumes importants doivent être traités selon les règles applicables aux stockages industriels, en se référant, s'il y a lieu, à la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement.
    - Le sol doit être en matière ininflammable, imperméable, résistant aux produits chimiques
    - et en légère pente vers un caniveau d’évacuation relié à une fosse de récupération.
    - Les produits chimiques doivent être isolés du sol. Pour cela, il est possible d’utiliser des caillebotis (tout stockage doit être muni d’une cuvette de rétention).
    - Il faut prévoir une réserve de matière absorbante à proximité du local.
    - Le local doit posséder un système d’extinction incendie, et une douche et un lave-œil de sécurité doivent être installés à proximité.
    - Les parois du local doivent être en matériaux ininflammables.
    • La prévention des incendies
    - Système de détection incendie pour la détection précoce du feu et l’activation des alarmes et du système de mise en sécurité incendie actionnant les portes coupe feu pour compartimentage, le désenfumage mécanique, la signalisation des issues, l’extinction automatique et la mise à l’arrêt de certaines installations techniques.
    - Des extincteurs doivent être disponibles en nombre suffisant et vérifiés annuellement.
    - Des exercices réguliers d’évacuation du personnel.
    - Interdiction absolue de fumer.

  • Le respect des règles d’hygiène et de sécurité
    Des lavabos, postes de rinçage oculaire et des douches de sécurité doivent se trouver à proximité des postes de travail. Celles-ci permettent les mesures d'hygiène générale : lavage des mains fréquent avec lave-mains à commande non manuelle (au genou, au coude, électronique), douche en fin de poste... En effet, le respect des règles d’hygiène s’étend aux comportements individuels : ne pas avoir les mains sales afin de ne pas ingérer par inadvertance un produit toxique et ne pas manger sur le lieu de travail. Le contact répété des solvants avec la peau entraînant un dessèchement cutané prédisposant aux dermatoses : aussi, il convient, pour l’hygiène des mains, de se laver les mains et les avant-bras après le travail et avant de manger en utilisant un savon adapté et/ou une fontaine de dégraissage et sans jamais utiliser de solvant organique comme détachant.
    Le personnel doit avoir à sa disposition des vestiaires et des sanitaires correctement équipés et en nombre suffisant. Des vestiaires doubles doivent être mis à la disposition des travailleurs : l’entreposage des tenues de travail doit avoir lieu à l’abri de la poussière et des souillures (le rangement des tenues de ville et des tenues de travail doit être séparé).
    Les consignes en cas d'accident (n° d'appel d'urgence, conduite à tenir, identification des services de secours) doivent être visiblement affichées.
    Une trousse contenant le matériel de premiers secours non périmé doit être mise à la disposition du personnel, toute blessure cutanée doit immédiatement être désinfectée et pansée. Une projection oculaire de colle est une urgence ophtalmologique.

  • Le port d’équipements de protection individuel adéquat
    En cas d’urgence ou pour des travaux exceptionnels de courte durée (ponçage …) dans des atmosphères polluées par des vapeurs de solvant organique et de résine, ou lors de travaux en milieu confiné, il est nécessaire de porter un appareil de protection respiratoire : masque à cartouche avec un filtre adapté au produit et au type d’usage (application ou pulvérisation), filtre de type P3 pour les travaux en milieu confiné et les fortes concentrations. Les appareils respiratoires autonomes peuvent être utilisés par des personnes formées à cet usage pour porter secours en cas d’émissions massives toxiques et d’incident respiratoire aigu.
    S’il y a possibilité de contact avec la main lors des manipulations ou transvasements par exemple, il s’avère indispensable de porter des gants de protection adaptés à la tâche effectuée et au produit manipulé. Il n'existe pas de gant de protection universel. Le type de gants conseillé, imperméables, à longues manchettes, pour éviter la pénétration des produits à l’intérieur, doit être adapté aux différents solvants utilisés (précisé dans la fiche de données de sécurité FDS) : gants en nitrile (sauf avec méthyléthylcétone MEK ou butanone), butyle … Le port des gants est obligatoire lorsque l’étiquetage du produit à manipuler comporte les phrases de risque R27 (très toxique par contact avec la peau), R24 (toxique par contact avec la peau), R21 (nocif par contact avec la peau), R34 (provoque des brûlures) et R35 (provoque de graves brûlures). Il convient de se munir de lunettes de protection lors de manipulation en force de contenants de colle (ouverture difficile …) ou lors de collage par pulvérisation ou de ponçage et découpage de matériaux encollés.

  • Une surveillance médicale renforcée des colleurs et encolleurs
    Pour les travailleurs exposés aux produits chimiques dangereux, il faut effectuer une traçabilité au travers de la rédaction d’une fiche d'exposition et d’une surveillance médicale régulière, à visée de dépistage, réalisées par le médecin du travail. A sa sortie de l’entreprise, le travailleur exposé doit recevoir une attestation d’exposition qui lui permettra de continuer à se faire suivre médicalement.
    La biométrologie est particulièrement utilisée pour la surveillance biologique d’exposition aux solvants et permet de mesurer le risque réel du risque sanitaire du travailleur en analysant les effets de la dose effectivement reçue (indicateurs biologiques d’exposition, IBE) et contribue à bien assurer la traçabilité des expositions professionnelles en pouvant connaître la quantité de substances toxiques cumulée ayant pénétré dans l’organisme lors d’expositions anciennes (notion de valeur limite biologique, VLB).
    La biométrologie analyse les substances ou leurs métabolites dans les tissus, les sécrétions, le sang ou les urines, l’air expiré des travailleurs. La métrologie de l’exposition cutanée peut s’effectuer au moyen de prélèvements réalisés par patchs.
    Cette méthode n’est utile que pour mesurer les niveaux moyens d’exposition, et non les valeurs maximales.
    Les modalités générales de la surveillance des travailleurs exposés à des agents chimiques dangereux sont les suivantes :
    - Suivi médical et toxicologique régulier, au moins annuel (exemples : tests respiratoires, hématologiques, allergiques …).
    - En cas d'anomalie, tout le personnel concerné doit bénéficier d'un examen médical.
    - Fiche d'aptitude avec mention de l'absence de contre-indications médicales à l'exposition au risque après étude du poste de travail.
    - Le dossier médical doit stipuler la nature du travail effectué, la durée des périodes d'exposition et les résultats des examens médicaux. Ces informations sont indiquées dans l'attestation d'exposition et le dossier médical doit être conservé après la cessation de l'exposition.

    Comme il y a un long délai entre l'exposition et le diagnostic d’un cancer (en général au moins 10 ans et jusqu'à 50 ans), cela permet en particulier la reconnaissance d'un cancer professionnel, qui ouvre droit à une réparation intégrale du préjudice subi pendant l’arrêt de travail (indemnisation et gratuité des soins) et au-delà s’il y a des séquelles (capital ou rente d’incapacité).
    Le suivi post professionnel (article D. 461-25 du code de la Sécurité sociale) permet, quand le salarié n'est plus exposé ou part à la retraite, d'assurer une réparation du dommage subi pour les cancers professionnels qui se déclareraient après.
    Les modalités générales de la surveillance des travailleurs exposés à des agents chimiques cancérogènes, sont précisées dans le Code du travail (décret n°2001-97 du 1er février 2001, décret n°2003-1254 du 23 décembre 2003 et n° 2004-725 du 22 juillet 2004) et (Article R. 4412-40 du Code du Travail) : fiche d’exposition aux produits CMR (Cancérogènes, Mutagènes et Reprotoxiques) et liste des salariés exposés aux produits chimiques dangereux.

  • Une gestion des rejets et des déchets réglementaire
    Les déchets et résidus liquides (diluants usés...) ou solides (chiffons sales, pinceaux usagés …) doivent être entreposés dans des récipients munis de couvercles étanches maintenus fermés.
    Les rejets atmosphériques de vapeurs de solvants sont fortement limités et réglementés dans le cadre de la directive européenne concernant les composés organiques volatils (directive COV 1999/13/CE).
    Les déchets souillés de solvants organiques ne doivent pas être rejetés dans le milieu naturel. Ils doivent :
    - Soit être recyclés par distillation, que ce soit au sein de l'entreprise ou à l'extérieur par un prestataire, en vue de leur réutilisation dans le même procédé.
    - Soit être détruits par incinération dans des centres de traitement spécialisés avec récupération d'énergie. Les Bordereaux de Suivi des Déchets Industriels (B.S.D.I.) attestent de la collecte des déchets par des entreprises autorisées, et de leur élimination conforme.

  • La formation et l’information des colleurs et encolleurs
    La formation, par un organisme agréé, sur les dangers des produits utilisés et sur les moyens de se protéger, est indispensable : par exemple, comprendre les étiquettes du contenant des produits, connaître l’attitude à adopter en cas de fuite ou de déversement accidentel, savoir utiliser les E.P.I adéquats, formation aux premiers secours et incendie…


Mars 2014