Les risques professionnels des raffineries de pétrole

Les raffineries sont de vastes usines à hauts risques car on y traite et on y stocke de grosses quantités de produits liquides et gazeux inflammables, explosifs, toxiques, à des températures élevées...

Les risques professionnels des raffineries de pétrole

Le pétrole brut doit subir un raffinage avec une succession de différentes opérations alliant la chaleur, la pression et des réactions chimiques, pour obtenir des carburants, des lubrifiants, du bitume, des solvants organiques et tous les produits de la pétrochimie, notamment pour la fabrication des matières plastiques, des textiles et caoutchoucs synthétiques ... : les raffineries sont de vastes usines à hauts risques car on y traite et on y stocke de grosses quantités de produits liquides et gazeux inflammables, explosifs, toxiques, à des températures élevées.
Les risques professionnels présentés par les raffineries, sont à la fois physiques et chimiques, du fait en particulier de fuites et déversements dangereux, de projections lors de l'éclatement de tuyauteries ou de cuves sous pression ou lors des travaux d’entretien et du démontage des canalisations et des vannes :
- le risque pour les gaz et les liquides volatils d’asphyxie et d’incendie ou d’explosion, car la plupart des hydrocarbures sont inflammables.
- la toxicité (par inhalation, ingestion, contact cutané), qui est variable selon les produits, parfois élevée, avec risque cancérogène pour certains d’entre eux, parmi notamment la famille des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dont le benzène.
- Les risques liés au travail dans un environnement et des conditions difficiles : bruit (pompes, torches ...), chaleur (brulures ...), odeurs des produits pétroliers, travail de nuit et en extérieur, circulation d’engins, chutes de plain-pied sur sols glissants, inégaux ou encombrés.
Les opérations sont aujourd’hui pour une large part automatisées et mécanisées : le process des raffineries ainsi fortement modernisé permet de réduire l’exposition des travailleurs et de diminuer considérablement les risques physiques et chimiques. Le process d'une installation en vase clos et en circuit fermé, piloté par un contrôle informatisé centralisé, des automates et de multiples capteurs de température, pression, débit ... réduit les interventions sur les équipements et minore ainsi beaucoup les possibilités de sources d’exposition chimique et physique et les risques d'incendie.
Toutefois, des incidents dans l’automatisation des opérations, des fuites de gaz, vapeurs, fumées ou des rejets et déversements liquides intempestifs, des dysfonctionnements des asservissements... génèrent des dangers et nécessitent également des interventions de maintenance qui restent très dangereuses, avec des risques présents aussi lors des opérations de vidange, de nettoyage, d'assainissement, et de purge.
Les raffineries doivent faire l’objet d’une analyse poussée des risques pour permettre la rédaction du Document Unique de Sécurité en appréciant à la fois l’environnement matériel et technique (outils, machines, produits utilisés) et l’efficacité des moyens de protection existants et de leur utilisation selon les postes de travail.
Les analyses de risques sont confiées à des spécialistes de la sécurité au travail (hygiéniste, ingénieur sécurité). Les rapports d’intervention et de maintenance seront aussi intégrés à la documentation de sécurité au travail de l’entreprise et communiquées au médecin du travail et au CHSCT.
Les salariés doivent être aussi informés à propos des produits dangereux mis en œuvre et formés aux pratiques professionnelles sécuritaires.
La prévention la plus efficace est la prévention primaire avec la mise en place de technologies qui permettent des actions sur les produits (suppression ou emploi de produits de substitution de moindre impact potentiel sur l'homme) et/ou des actions sur les procédés (emploi de matériels ou de machines supprimant ou limitant au maximum les impacts, par de très faibles rejets atmosphériques, par de bas niveaux sonores...).
La prévention collective implique l’utilisation de systèmes de fabrication isolés et automatisés et de dispositifs mécaniques comme l’extraction de poussières et de vapeurs qui permettent de réduire l’exposition des travailleurs.
Enfin, le port d’équipement de protection individuel (combinaison, gants, chaussures et lunettes de protection, masques...) est obligatoire pour réduire le risque d’exposition non totalement éliminé par les mesures de protection collectives, ainsi que la présence d’installations et de matériel de premier secours.
Les multiples risques chimiques, d’asphyxie et d’incendie ou d’explosion que présentent les raffineries ont conduit à de nombreuses réglementations et normes de transport et d’utilisation des hydrocarbures, aboutissant à un ensemble complexe de mesures préventives.
Malgré tous les instruments de mesure et des solutions d'automatisation performantes qui permettent de contrôler et de gérer des processus de raffinage sophistiqués, il convient d’adopter des méthodes de travail, des mesures de sécurité et l’utilisation de vêtements et d’équipements appropriés de protection individuelle, à toutes les étapes de la production, du contrôle, du stockage et de la maintenance de la raffinerie.
Les moyens de secours et de lutte contre l'incendie doivent être particulièrement adaptés et régulièrement contrôlés, avec des plans d'évacuation et des exercices d’application fréquents.
La surveillance médicale renforcée pour les opérateurs exposés et la formation continue du personnel, par un organisme agréé, sur les dangers des équipements et produits utilisés et sur les moyens de se protéger, sont indispensables.
Sur le plan de la protection de l’environnement, les raffineries de pétrole sont classées SEVESO «seuil haut» avec adoption d’un PPRT (Plans de Prévention des Risques Technologiques).

Les principaux risques professionnels dans les raffineries de pétrole

Au sein de grandes installations pétrochimiques, le raffinage du pétrole est une activité industrielle qui comporte plusieurs phases :
- Le raffinage du pétrole brut chauffé débute, dans des tours ou colonnes de distillation, par le fractionnement du pétrole brut en vue de le séparer en différents groupes d’hydrocarbures plus légers possédant différents intervalles d’ébullition.
- La plupart de ces produits de distillation sont transformés ensuite en produits aux utilisations variées, en modifiant leurs structures physiques et moléculaires par craquage thermique ou catalytique qui casse et combine les molécules, par reformage pour former des molécules plus grandes par alkylation à l’acide sulfurique ou fluorhydrique, par polymérisation et par d’autres procédés de conversion (isomérisation, reformage catalytique ...).
Ces opérations nécessitent d’importantes installations de production et d’utilisation d’énergie (chaleur, électricité ...), de refroidissement, de traitement des gaz résiduels et eaux usées, d’extraction et de récupération de produits divers (soufre ...), un vaste réseau de canalisations en taille et en étendue, d’énormes réservoirs de stockage, de cuves, citernes ...
Les travaux de raffinerie utilisent des fours, réchauffeurs et échangeurs qui peuvent exposer à de fortes chaleurs et produisent ou emploient de très nombreux gaz et produits chimiques caustiques et/ou toxiques dont certains sont cancérogènes, avec des risques chimiques considérables. De très nombreux postes de travail recèlent aussi des risques physiques importants : la circulation des engins exposent à des accidents, les traitements à une forte intensité sonore. Ces risques chimiques, thermiques, sonores et physiques font de la raffinerie une activité très accidentogène. Par ailleurs, la présence massive de gaz et de vapeurs combustibles expose à un risque grave d'explosion et d’incendie (zones ATEX).

  • Les risques chimiques des raffineries de pétrole

    Toutes les opérations de raffinage du pétrole recèlent d’importants risques chimiques liés aux hydrocarbures eux-mêmes ou aux produits catalyseurs, réactifs, acides ou bases utilisés ou aux produits résiduels comme les dérivés soufrés.
    Ces risques sont causés soit par la pollution de l’air environnant soit par des émissions accidentelles de substances toxiques lors des manipulations en particulier celles des transferts de produits chimiques, ou de l'éclatement de tuyauteries ou de cuves sous pression ou lors du démontage des canalisations et des vannes et lors des nombreuses et fréquentes opérations de maintenance nécessitées par ces installations et équipements très complexes.

    - Les principaux risques chimiques des hydrocarbures dans les raffineries
    Les gaz et vapeurs d’hydrocarbures peuvent d’abord provoquer l’anoxie ou l’asphyxie par manque d’oxygène, avec des malaises pouvant être mortels : ces situations se rencontrent avec les hydrocarbures gazeux (gaz de pétrole liquéfié GPL, propane, butane...) ou vapeurs de liquides hautement volatils en fortes concentrations (essences, solvants), émis par une fuite dans une conduite ou un réservoir, ou répandus au sol par rupture du contenant ou déversement accidentel, dans des lieux confinés, mal ventilés, en produisant une atmosphère asphyxiante qui peut induire de sérieuses conséquences respiratoires, pouvant aller jusqu’au coma. Les premiers représentants de la série des alcanes, le méthane, l’éthane et le propane, sont de simples asphyxiants qui ne provoquent pas d’autres effets sur l’organisme que la privation d’oxygène : ces gaz peuvent être tolérés à de faibles concentrations dans l’air inspiré sans manifestation toxique.

    Du fait de la grande volatilité et des sources d’émission très nombreuses des fractions gazeuses et des liquides les plus volatils extraits du pétrole, des gaz et vapeurs d’hydrocarbures se retrouvent en concentration plus ou moins élevée à de nombreux postes de travail, induisant une exposition toxique respiratoire et parfois cutanée à de très nombreux travailleurs. Lors de l'inhalation de gaz et vapeurs d’hydrocarbures (particulièrement les solvants), celles-ci pénètrent dans les poumons, traversent le tissu lipo-cutané et, par voie sanguine, se diffusent dans le corps entier et passent dans le sang, puis dans le cœur et le cerveau, avec des actions potentielles sur la moelle osseuse, et le système nerveux central.
    Enfin, certains hydrocarbures ou leurs dérivés sont mutagènes et cancérigènes.
    Les vapeurs d’hydrocarbures affectent des organes cibles divers : irritations des yeux et de la gorge, des organes respiratoires (asthme...), troubles cardiaques, digestifs (nausées...), du système nerveux, maux de tête, ...
    Les vapeurs agissent principalement par inhalation, mais les hydrocarbures liquides peuvent aussi détruire le film lipidique protecteur cutané et sont donc des irritants pour la peau avec un pouvoir nocif variable selon les compositions chimiques.
    La gravité de l’exposition aux risques d’émanations toxiques des hydrocarbures dépend :
    - de la toxicité intrinsèque de la molécule chimique concernée, tendant à augmenter avec la grosseur de la molécule,
    - de la volatilité de la molécule, les composés les plus légers et donc les plus volatils de chaque classe sont ainsi les plus toxiques de ce point de vue,
    - de la concentration, de la fréquence et de la durée d’exposition,
    - de la voie d’exposition (respiratoire, cutanée, oculaire, digestive),
    - des combinaisons entre les produits,
    - de la sensibilité individuelle (notamment aux allergènes).
    On distingue les effets aigus (dus à des concentrations élevées) et chroniques (dus à de faibles concentrations, mais à des expositions répétées). Les effets aigus s’observent lors de fuites ou de déversements importants, suite à des rejets accidentels massifs.
    Les hydrocarbures aliphatiques des carburants (kérosène, essence, gazole, ...).ont une toxicité généralement modérée, avec des effets communs : leur inhalation répétée ou prolongée conduit à des manifestations telles que maux de tête, vertiges. A fortes concentrations, ils entraînent aussi des troubles du système nerveux et du système digestif.
    Plus précisément, les vapeurs des alcanes liquides supérieurs au propane agissent sur le système nerveux central (céphalées, nausées, somnolence), sont légèrement irritantes pour les muqueuses pulmonaires et des irritants cutanés (dermatites pour des contacts avec la peau répétés et prolongés).
    L’hexane, que l’on trouve dans l’essence, les dégraissants, a une neurotoxicité plus affirmée, mais l’hexane a été souvent remplacé par de l’heptane.
    Les hydrocarbures aromatiques (benzène, toluène, xylène, styrène, etc.) sont potentiellement plus dangereux pour la santé que les hydrocarbures aliphatiques. Les fumées et vapeurs d’hydrocarbures aromatiques peuvent provoquer :
    - des troubles neurologiques (céphalées, vertiges, agitation, irritabilité, somnolence, convulsions, ébriété),
    - des affections gastro-intestinales accompagnées de vomissements à répétition,
    - des anémies dues à la toxicité pour les cellules sanguines et la moelle osseuse (benzolisme),
    - des affections des voies respiratoires supérieures et inférieures : manifestations aiguës comme les irritations pulmonaires et laryngo-pharyngées, ou manifestations respiratoires chroniques (bronchites, emphysème).
    - des irritations oculaires (conjonctivites) et cutanées.
    - ototoxicité, en particulier pour le toluène, le xylène et le styrène
    Le benzène dans l’essence, et le benzopyrène (faisant partie des hydrocarbures aromatiques polycycliques HAP) du bitume et du coke de pétrole et d’autres substances (naphtalène, polyaromatiques soufrés...) sont des composés possiblement cancérigènes. Les hydrocarbures aromatiques polycycliques HAP pénètrent dans l’organisme par voie transcutanée et par voie respiratoire, voire suite à l’ingestion de particules polluées. Si la toxicité de l’ensemble des HAP n’est pas connue, plusieurs d’entre eux sont classés cancérogène probable ou possible et sont susceptibles de provoquer des cancers du poumon et des cancers de la vessie qui peuvent se déclarer très longtemps après l'exposition.

    - Les risques chimiques des autres rejets gazeux
    Des atteintes respiratoires sont causées par l’inhalation d’autres gaz irritants, asphyxiant et/ou toxiques que dégage le raffinage du pétrole : H2S, NH3, HCN, CO, NO, NO2, SO2, HF ... L’inhalation de ces gaz provoque des affections des voies respiratoires supérieures et inférieures aiguës ou chroniques en pénétrant dans les bronchioles et alvéoles pulmonaires.

    Les oxydes d’azote (NOx) et le dioxyde de soufre (SO2) sont particulièrement présents dans les gaz de carneau.
    Les pétroles bruts renferment à l’état naturel du sulfure d’hydrogène (H2S) et celui-ci se forme également lors des traitements avec décomposition de composés soufrés.
    Des systèmes de réfrigération utilisent l’ammoniac comme réfrigérant.
    Le fluorure d'hydrogène (HF), présent dans l'unité d'alkylation, est un puissant corrosif et toxique.

    - Les risques chimiques des produits acides et caustiques
    On utilise des acides forts pour désulfurer le pétrole brut avant le raffinage, dans les procédés de polymérisation (acide phosphorique) et dans les procédés d’alkylation (acide sulfurique ou de acide fluorhydrique).
    On ajoute des produits caustiques à l’eau de dessalage pour éliminer les acides et réduire la corrosion, pour le lavage à la soude caustique et de la potasse caustique à la fin du processus d'alkylation.
    Ces produits acides ou alcalins forts sont très corrosifs pour la peau et des irritants respiratoires majeurs qui entrainent des risques de sérieuses brûlures chimiques, des ulcérations cutanéo-dermiques profondes et douloureuses, mais aussi des lésions aux yeux par projection.
    En cas d’inhalation massive suite à une fuite ou déversement importants, une intoxication aiguë par les vapeurs acides ou basiques peut être redoutée.

    - Les risques chimiques des solvants organiques
    La distillation du pétrole dans les raffineries expose les travailleurs à de nombreux solvants organiques, par exemple pour le reformage catalytique au toluène, benzène, xylène ... Ils peuvent aussi être exposés aux vapeurs de solvants de déparaffinage, constitués d’un mélange de butanone (ou méthyléthylcétone MEK) et de toluène, ou à d’autres cétones comme le méthylisobutylcétone (MIBK) ...
    Les actions toxiques des solvants organiques sont nombreuses et les atteintes à la santé peuvent concerner toutes les fonctions corporelles, dont certaines sont irréversibles. Cette toxicité est le revers des propriétés remarquables des solvants organiques : ils sont volatils et capables de dissoudre les graisses de l'organisme et agir sur la conduction des influx nerveux. Lors de l'inhalation des vapeurs de solvants, celles-ci pénètrent dans les poumons et passent directement dans le sang, puis dans le cœur et le cerveau.
    Les solvants organiques affectent des organes cibles divers : irritations de la peau, des yeux (hexane, toluène ...) et de la gorge, lésions des organes respiratoires (toluène, xylène ...), et tous les solvants organiques provoquent des troubles digestifs (nausées, ...), du système nerveux, des maux de tête, des vertiges.
    Par leur action liposoluble, tous les solvants peuvent provoquer une dessiccation cutanée avec risque dermatites pour des contacts avec la peau répétés et prolongés.
    La toxicité sur le système nerveux central peut prendre la forme d’une narcose brutale et intense pour une forte exposition.

    Les solvants aromatiques (benzène, toluène, xylène, styrène, etc.) peuvent provoquer des troubles neurologiques (céphalées, vertiges, agitation, irritabilité, somnolence, convulsions), des affections gastro-intestinales accompagnées de vomissements à répétition, des anémies dues à la toxicité pour les cellules sanguines et la moelle osseuse (benzolisme). Pour le toluène, il y a un risque de surdité accru avec simultanément exposition concomitante à des niveaux de bruits élevés (ototoxicité).
    Des neuropathies périphériques, troubles sensitivo-moteurs des extrémités, peuvent être provoqués par le méthylethylcétone (MEK).
    Les effets cancérogènes et mutagènes sont avérés certains pour le benzène (classe 1 du CIRC), possibles pour le styrène (classe 2B du CIRC).
    Le furfural, solvant de séparation des diènes des autres hydrocarbures pour la fabrication du caoutchouc synthétique, irrite la peau et les voies respiratoires et peut provoquer un œdème pulmonaire.

    - Les risques chimiques des catalyseurs métalliques
    L’unité de reformage catalytique, certains procédés d’isomérisation, utilisent un réacteur avec un catalyseur métallique contenant des composés de platine, de molybdène, ... De même, les catalyseurs employés dans les procédés de désulfuration contiennent du cobalt, du nickel et du molybdène.
    L’exposition accidentelle à la suite d’une émanation accidentelle ou d’une manipulation inappropriée de ces composés métalliques peut être dangereuse : la formation accidentelle de nickel-carbonyle est très toxique, les sels de platine peuvent provoquer des effets cytotoxiques, néphrotoxiques, ototoxiques, neurotoxiques et des réactions allergiques de la peau et des membranes muqueuses,
    les oxydes de molybdène sont des irritants des yeux, des muqueuses du nez et de la gorge et ont une toxicité pulmonaire, l’intoxication au molybdène est aussi responsable de troubles hématologiques (anémie...), l’inhalation répétée de cobalt et de ses sels provoque une irritation des voies respiratoires (rhinites...) et est associée à un excès de risque de cancer broncho-pulmonaire, le cobalt est aussi cardiotoxique.

    - Les risques chimiques des autres additifs et réactifs
    Le remplacement des additifs organométalliques à base de plomb afin d’améliorer l’indice d’octane et les propriétés antidétonantes (essence au plomb tétraéthyle, tétraméthyle) dans la plupart des carburants, a induit une nette diminution de l’exposition au plomb, qui reste néanmoins utilisé pour l’essence d’aviation.
    Le danger existe donc avant tout lors du dégagement de fumées formées de particules d’oxyde de plomb ou de poussières contenant du plomb.
    L’absorption de plomb est surtout respiratoire, mais également digestive, par ingestion de particules souillant les aliments et par défaut d'hygiène des mains et du visage : la toxicité sanguine provoque des anémies, la toxicité neurologique provoque des neurasthénies, des anorexies et des troubles de la mémoire et de la concentration intellectuelle, la toxicité rénale des insuffisances d’élimination chroniques (saturnisme).
    L'exposition à des doses importantes des substances additives oxygénées de substitution, ethyl tert-butyl ether (ETBE), methyl tert-butyl ether (MTBE), methyl tert-amyl ether (TAME), présente toutefois aussi quelques risques pour la santé des raffineurs : ces éthers très solubles et très volatils sont irritants pour la peau, pour les yeux et les voies respiratoires.

    Les contaminants acides des gaz provenant du craquage catalytique et de l’hydrotraitement, notamment le sulfure d’hydrogène, le dioxyde de soufre et les mercaptans, sont absorbés dans des solutions aminées (monoéthanolamine (MEA), diéthanolamine (DEA) ou méthyldiéthanolamine (MDEA)) par récurage / lavage : ce sont également des produits irritants pour la peau, pour les yeux et les voies respiratoires.
    Certains colorants et agents traceurs, ajoutés aux carburants pour des marquages fiscaux ou non fiscaux afin de mettre en évidence des fraudes, des vols ou des fuites, peuvent provoquer une allergie cutanée.
    La filtration sur de la terre à diatomées peut exposer à de très fines particules de silice restant longtemps en suspension dans l’air ambiant qui sont dangereuses pour les voies respiratoires : en étant inhalées et en séjournant longtemps dans le tissu pulmonaire, les très fines poussières de silice provoquent une inflammation chronique des muqueuses pulmonaires, la formation d'un tissu pulmonaire fibreux, la silicose, se traduisant par un essoufflement à l’effort (dyspnée) et de la toux au début, jusqu’à une déficience respiratoire très grave et une insuffisance cardiaque. Par ailleurs, les poussières de silice cristalline peuvent induire une irritation des yeux et provoquer l’apparition de bronchites chroniques.

    - Les risques chimiques de l’amiante
    L’amiante est classée en substance cancérogène sûre pour l'homme et est aujourd'hui complètement interdite en France.
    Mais dans le passé, l’amiante a été utilisée largement dans les raffineries pour le calorifugeage des colonnes et les joints d’étanchéités, sur les brides des canalisations de transport des fluides et pour les équipements d’intervention contre l’incendie : aujourd’hui, l'exposition est prépondérante pour les travailleurs impliqués dans la maintenance, la rénovation ou le retrait des matériaux contenant ces fibres dangereuses.
    Le problème majeur lié à l’exposition aux fibres d’amiante est l’inhalation de ces fibres ou de leurs poussières, pouvant provoquer une fibrose ou un cancer pulmonaires (asbestose et mésothéliome causés par l’amiante).
    En effet, les fibres réussissent à traverser la cavité nasale et à s'attaquer à la trachée, atteindre les alvéoles pulmonaires et les cellules des bronches, et s’y accumuler. En séjournant longtemps dans le tissu pulmonaire, elles engendrent une inflammation des muqueuses pulmonaires, la formation d'un tissu pulmonaire fibreux ou cicatriciel (entrainant une insuffisance respiratoire), des atteintes de la plèvre (épanchement et plaques pleurales) et peuvent perturber les divisions cellulaires et provoquer des modifications chromosomiques.

  • Les risques physiques des raffineries de pétrole

    - L’activité continue dans les raffineries implique un travail de nuit ou posté en équipes alternantes. La perturbation des rythmes du sommeil peut entrainer une survenue d’accidents accrue due à la somnolence et au manque de vigilance induit, lié à l’augmentation du temps de réaction aux aléas.
    - Les sources de bruits dans les raffineries sont nombreuses : torchères, fours, circulation des véhicules de transport, engins de chargement déchargement, turbines, pompes, compresseurs de gaz ... Les niveaux de pression acoustique engendrés par les bruits dans les raffineries peuvent dépasser 80 dB.
    En dehors des atteintes au système auditif (déficit auditif pouvant entrainer à la longue une surdité professionnelle, acouphènes...), le bruit ambiant peut entraîner une gêne ou un stress vecteur de troubles du psychisme et de pathologies qui nuisent non seulement à la santé du travailleur mais aussi à la sécurité de son travail par baisse de vigilance et de dextérité ou de concentration.
    - Du fait de ces procédés de distillation, de chauffage, ... les abords immédiats des équipements des raffineries sont particulièrement exposés à l’énergie rayonnante des infrarouges, aux températures élevées et aux risques de brûlures thermiques par les vapeurs surchauffées, les produits chauds (coke de pétrole ...), les contacts avec les tuyauteries, les échangeurs de chaleur ...
    Le contact direct de la peau avec des surfaces chaudes peut bien entendu d’abord provoquer de très graves brûlures cutanées, mais la proximité d’une source de chaleur peut aussi entrainer des céphalées, hypersudation, tachycardie, hypotension et, conjuguée à des températures de l’air élevée, provoquer des malaises dus à la déshydratation et des troubles circulatoires. Au-delà de 25 oC, l'inconfort se fait ressentir avec, de plus, toutes les conséquences psychologiques que cela peut avoir sur la précision des gestes, la vigilance et donc la sécurité (diminution des capacités de réaction, irritabilité, agressivité).
    Les expositions au rayonnement infrarouge provenant des surfaces et matières chaudes, dont la densité de puissance transférable est beaucoup plus forte qu’en convection, peuvent augmenter le risque de cataracte et d’altération rétinienne et cornéenne ou de brûlures ou d’irritations cutanées.
    - Sur un site de très grande superficie, un trafic intense de poids lourds, de chariots de manutention, d’appareils de levage, est intrinsèquement dangereux, générant potentiellement des accidents graves.
    Les dangers concernent non seulement les conducteurs d’engins mais également tous les ouvriers qui se trouvent à proximité, qui peuvent être heurtés par l’engin ou sa charge du fait de l’inattention, du manque de visibilité, ...
    La circulation sur le site est constituée de multiples flux dont la superposition, les interférences et la confusion entre piétons, engins et autres véhicules très différents (quant à leur vitesse, gabarit, manœuvrabilité) entrainent des possibilités d’accidents de toute origine, lors des croisements, manœuvres sur les différents espaces du site.
    Le danger de collision avec d’autres engins dans la même zone de travail est possible.
    Le déplacement des engins sur le site peut générer des risques de heurts avec les travailleurs à pied.
    - Autres risques physiques : Chutes de plain pied sur sol glissant, inégal ou encombré, projections de particules dans les yeux, troubles musculo-squelettiques causés par les manutentions manuelles et le transport de charges lourdes, par les activités en station debout prolongée, s'effectuant dans des postures complexes ou dans des espaces confinés notamment dans les opérations de maintenance, électrocution par contact direct avec des conducteurs sous tension.

  • Les risques d’incendie et d’explosion dans les raffineries de pétrole

    Les hydrocarbures sont très inflammables pour la plupart : les hydrocarbures gazeux et les vapeurs d’hydrocarbures émis par les hydrocarbures liquides peuvent aussi former avec l’air des mélanges explosifs, d’autant plus qu’ils ont tendance à accumuler les charges électrostatiques. Les étincelles dues à l'électricité statique (par exemple lors du transvasement de liquides peu conducteurs : hexane, toluène, xylène) peuvent suffire pour permettre l’inflammation.
    La plupart des hydrocarbures liquides dégagent à leur surface, avant même d'avoir atteint leur température d'ébullition, des vapeurs combustibles qui s'enflamment et/ou explosent au contact d'une source de chaleur importante (étincelle, flamme, surface brulante...) au-delà d'une certaine concentration. Ils émettent continuellement des vapeurs jusqu’à saturation de l’atmosphère dans laquelle ils s’évaporent, et de ce fait une enceinte fermée (bonbonnes, citernes, réservoirs...) contenant des hydrocarbures peut être soumise à des pressions internes augmentant fortement avec la température.
    Les risques d'incendie et d'explosion dépendent des caractéristiques physico-chimiques de chaque hydrocarbure, identifiées notamment par les critères suivants :
    - La température d'auto-inflammation est la température minimale pour laquelle il y a une inflammation spontanée au contact d'une surface, ou partie de surface portée à une température, sans nécessité de la présence d’une flamme.
    - Le point d’éclair est la température minimale à laquelle le produit émet suffisamment de vapeurs pour former, avec l’air ambiant, un mélange gazeux qui s’enflamme momentanément sous l’effet d’une source d’ignition (flamme), mais pas suffisamment pour que la combustion s'auto-entretienne. Un hydrocarbure qui a un point éclair :
    inférieur à 0°C est " extrêmement inflammable " (exemples : essence, benzène),
    compris entre 0°C et 21°C est " très inflammable " (exemple : toluène),
    compris entre 21°C et 55°C est " facilement inflammable " (exemple : gazole).
    compris entre 55°C et 100°C est " inflammable ".
    - La température d’inflammabilité est la température minimale pour maintenir une inflammation (généralement 2 à 3°C au-dessus du point d'éclair). Les hydrocarbures ayant donc un point d’éclair bien inférieur à la température ambiante, en présence d’une flamme nue, d’une étincelle ou d’une source de chaleur importante, s’enflamment instantanément et durablement.
    - La limite d’explosivité est une zone de concentration située entre deux limites de concentration en gaz ou vapeurs mélangée à l’air, en deçà (pas assez de combustible) et au delà (pas assez de comburant) desquelles une flamme n’est plus en mesure de se propager par elle-même.

    Une atmosphère est dite explosive (ATEX) lorsque les conditions sont réunies pour produire son explosion : mélange avec l'air d'une substance inflammable dans des proportions telles que toute source d'inflammation d'énergie suffisante (étincelles, arcs électriques...) produira immanquablement son explosion. L'atmosphère est dite explosible quand sa composition habituelle n'est pas explosive mais qu'elle est susceptible de le devenir par suite de circonstances accidentelles : incident de fabrication ou de conditions de stockage provoquant fuites et déversements massifs, étincelles, arcs électriques venant de machines ou d’installations électriques défectueuse, charges électrostatiques formées par frottement dans les tuyaux ou par agitation, réactions chimiques incontrôlées, avec très forte exothermie et/ou pressions très élevées, ....

    Les démarrages du foyer des chaudières comportent des risques importants avec accumulation d’un mélange gaz-air inflammable en cas de dysfonctionnement des brûleurs ou de l’alimentation en eau au moment de l’allumage (rupture des tubulures ...).

    Il existe aussi un risque d’incendie si les vapeurs émanant d’eaux usées contenant des hydrocarbures se trouvent en contact avec une source d’inflammation.

    Par ailleurs, lors de l’élaboration de coke de pétrole, une explosion eau/coke brulant est un risque potentiel du fait de la vaporisation d’eau contenue dans l’unité de cokéfaction, si celle-ci n’a pas été purgée complètement de l’eau qu’elle peut contenir.

    Les principales conséquences dangereuses consécutives à l’explosion ou à l’incendie sont les traumatismes liés au blast, les brûlures et l’intoxication respiratoire.

    - traumatisme acoustique aigu : rupture tympanique et éventuellement lésions des os (blast), souvent réversible, sauf si l’intensité du bruit a détruit des cellules de la cochlée.
    - brûlures cutanées, de degré variable mais souvent sévères avec les feux d’hydrocarbures.
    - inhalation intense de rejets atmosphériques massifs de gaz, fumées et poussières toxiques.

Décembre 2015