La prévention des risques professionnels des jets d’eau Très Haute Pression.

L’utilisation de l’eau à très haute pression (THP) pour le nettoyage, le décapage, la démolition, se généralise dans l’industrie et le BTP, causant de nombreux accidents graves entrainés par la puissance du jet ou par des contraintes de travail difficiles (chutes…).


L’utilisation de l’eau à très haute pression (THP) pour le nettoyage, le décapage, la démolition, se généralise dans l’industrie et le BTP, causant de nombreux accidents graves entrainés par la puissance du jet ou par des contraintes de travail difficiles (chutes…).
Les applications des jets THP, c’est-à-dire à plusieurs centaines de bars, sont nombreuses et présentent l’avantage, sur le plan de l’Hygiène et de la Sécurité, d’éviter les risques d’un traitement chimique et de provoquer des émissions de poussières moindres; mais, par contre, la possibilité de sévères lésions traumatiques, une lourde charge physique, des risques électriques, un niveau sonore très élevé, nécessitent des mesures de prévention afin d'assurer la sécurité et de préserver la santé des travailleurs et des tiers lors des interventions où sont mises en œuvre ces équipements.

La dangerosité des jets d’eau THP est fonction :

- de la distance de l’opérateur et du type de jet, la gravité de la blessure variant selon le port ou non d’un équipement de protection individuelle adapté,
- du respect de consignes de sécurité (balisage du chantier, système de surveillance, vérification du matériel…).

La technique et les applications des jets Très Haute Pression

  • La technique des jets Très Haute Pression

L’eau est portée à une très forte pression à l’aide d’un générateur hydraulique disposant d’un moteur pompe électrique ou thermique. Le circuit d’alimentation comprend une canalisation raccordant l’appareil à un réseau de distribution d’eau et un ensemble de filtration. L’eau utilisée pour le nettoyage industriel peut être réchauffée pour améliorer les performances du nettoyage ou du dégraissage du jet. Les pistolets de projection du jet d’eau disposent d’un canon recevant à l’une de ses extrémités la buse de projection, une crosse équipée d’une gâchette de commande, un dispositif d’appui sur le corps. L’extrémité du canon peut être dotée d’un système d’injection d’abrasif ou de détersif. La buse comporte un ou plusieurs trous par lesquels l’eau s’évacue du poste haute pression pour produire le jet d’eau de nettoyage : il existe une grande variété de buses, différant par le nombre de trous, leur taille, leur position, la direction des jets d’eau produits et leur forme.
Il existe des modèles variés de générateursTHP, dont les caractéristiques de débit et de pression déterminent les possibilités d’utilisation.
Les générateurs THP sont soit fixes, situés à l’intérieur d’un établissement industriel, ou mobiles, unités autonomes pour des interventions sur sites isolés (bâtiments, ouvrages routiers, canalisations des voiries).

  • Les applications des jets Très Haute Pression

Les applications des jets THP, c’est-à-dire à plusieurs centaines de bars, sont nombreuses. 
Ils sont utilisés dans tous les domaines de l'industrie (alimentaire, métallurgie, ...), du BTP et des services (voirie, assainissement, démolition...) : nettoyage, décapage, décalaminage et enlèvement de concrétions, démolition, etc. Basé sur la capacité d'érosion des matériaux lorsqu'ils sont soumis à l'action d'un jet de liquide à très grande vitesse, la capacité du jet peut être encore augmentée par l'effet abrasif de particules solides ou par l'effet détersif de produits chimiques véhiculés par l'eau.

- Nettoyage et décapage par l'eau sous très haute pression
Les nettoyeurs très haute pression sont utilisés pour les travaux d’élimination (sans solvants) de peinture, rouille, résidus d'hydrocarbures… sur des surfaces recouvertes de revêtements indésirables ou corrodées ou encrassées : cuves, réservoirs, fours, canalisations, cales de navires, pistes d’aéroport…
L’hydro-décapage de matériaux (métal, béton…) est utilisé avant remise en peinture, restauration ou modification d’ouvrages.
Il est possible  d'effectuer des éliminations sélectives de bétons (mise à nue des treillis,  éliminations rapides de carrelages).
Pour le nettoyage de canalisations longues et sinueuses (curage d’égout), on utilise une buse « furet » comportant plusieurs trous dont certains, dirigés vers l’arrière, produisent des jets propulsifs qui assurent la progression du dispositif dans la canalisation à nettoyer.

- Démolition par l'eau sous très haute pression
Les nettoyeurs très haute pression sont aussi utilisés pour les travaux de démolition. L’hydro-démolition est une technique adaptée à la rectification d’ouvrages ou de structures en béton (rectification de cotes, percement d’orifices, création d’ouvertures….). Le jet d’eau THP découpe le béton par désintégration du liant. Les matériaux traités ne subissent aucune modification, les armatures métalliques et câbles de précontrainte ne sont pas altérés (contrairement au marteau piqueur) : absence de déformations, de vibrations, de poussières.

Les principaux risques des jets Très Haute Pression

  • Les risques de lésions traumatiques liées au jet THP

Une lance tenue à la main peut se révéler un sérieux danger pour l’opérateur ou son entourage.
Un jet fin à très grande vitesse possède un pouvoir destructeur redoutable sur toute partie du corps exposée, dépendant de sa puissance (liée à la pression de l’eau), de sa finesse et de la distance de l’opérateur. Mais le danger peut provenir aussi d’une fuite sur le circuit de distribution (liée à un mauvais montage, au dessertissage d’un raccord, à un défaut de l’équipement…), du coup de fouet d’un flexible, de projections de débris pulvérisés par le jet… Les blessures, perforations et coupures, sont toujours graves, concernant surtout les pieds, le visage, les mains ou l’abdomen : destruction rapide des tissus pouvant conduire à la gangrène, développement d’infections sévères, atteintes oculaires pouvant conduire à la perte d’un œil…
Les blessures doivent être soignées rapidement et précautionneusement pour enrayer les risques importants d’infection.

  • Les risques de chutes et glissades

Les risques de chutes sont  liés :

- à une perte d’équilibre : variation brutale de l’effort de recul lors de l’établissement et de l’interruption du jet, variation de pression dans le système THP en raison d’une défaillance,
- ou bien à un trébuchement, une glissade due à un sol boueux, souillé de matière grasse, encombré (outils, câbles) ou présentant des irrégularités, avec une visibilité réduite provoquée par un éclairage insuffisant.

Les conséquences des chutes sont habituellement aggravées par les pertes de contrôle d’un accessoire de projection et la crispation des mains sur la commande du jet et ce risque est d’autant plus important qu’il peut se produire lors de travaux en hauteur.
Les lésions sont le plus souvent cutanées et/ou ostéo-articulaires : la foulure, l'entorse, les contusions, plaies cutanées et hémorragies, la fracture sont les lésions les plus courantes.
Mais la chute peut aussi être gravissime si, par exemple, il y a eu un traumatisme crânien lorsque la tête a heurté le sol ou une installation.

  • Les risques liés à la posture

Les conditions habituelles d’utilisation des jets THP se caractérisent par une lourde charge physique : la pression et le débit élevés nécessitent de compenser continuellement l’effet de recul du pistolet,  l’effort pour maintenir l’accessoire de projection et pour actionner l’organe de commande est permanent, les postures peuvent se révéler contraignantes dans un espace de travail restreint.
La pénibilité physique est accrue du fait qu’il s’agit d’un travail musculaire assez statique.
Il en résulte la possibilité de nombreux troubles musculo-squelettiques, d’autant plus que la charge physique est accrue par le transport du matériel, l’évacuation des déchets…

  • Les risques électriques

Le travail en milieu humide augmente le niveau du risque d’origine électrique.
Le risque électrique peut provenir :

- lorsque le jet atteint un équipement resté sous tension.
- des défectuosités du matériel de nettoyage au jet d’eau THP.

Il peut en résulter des brûlures cutanées, une électrisation occasionnant des contractions violentes des muscles, ou, pire, l’électrocution entraînant l’arrêt cardiaque.

  • Les risques sonores

Les équipements utilisés pour le travail au jet d’eau THP (le jet d’eau lui-même ou le générateur  moteur pompe) peuvent produire un bruit supérieur à 90 dB(A). Une exposition prolongée à ces niveaux de bruit est susceptible de provoquer des dommages irréversibles au système auditif. Le bruit peut aussi être à l’origine d’une mauvaise communication entre les membres de l’équipe, laquelle peut entraîner d’autres dangers.

  • Autres risques

La présence, dans les vapeurs et brouillards générés lors du décapage, de particules toxiques telles que des poussières de revêtements pulvérisés (bitume, résines…), présente un risque respiratoire.
Le risque de brûlures thermiques est provoqué par l’échauffement de l’accessoire de projection lorsque la pression est très élevée à la sortie de la buse ou lors de l’utilisation d’un générateur THP équipé d’un réchauffeur mal protégé ou défectueux.

Les mesures de prévention des risques des jets Très Haute Pression

Les mesures de prévention concernent le recours indispensable à une protection collective et individuelle :

- la préparation de l'intervention (chantier et matériel),
- l’équipement de protection individuelle  (EPI) apte à résister aux agressions physiques des jets d'eau à THP,
- la formation du personnel (connaissance de l’équipement, description des positions adéquates, etc.).

  • la préparation de l'intervention

    • Préparation du chantier

    - Délimiter le chantier d’intervention au moyen d’un balisage signalant le danger, afin que la zone de travail soit suffisamment sécurisée et que le danger soit clairement indiqué pour protéger toutes les personnes susceptibles de se déplacer à proximité.
    - Évaluer les risques électriques : s’assurer de l’absence d’installations électriques à proximité ou, en cas de présence, isoler avec une parfaite étanchéité les équipements concernés et mise à la terre correcte. S’assurer de la qualité et du bon fonctionnement de tous les raccordements électriques.
    - Assurer une ventilation suffisante pour permettre d’évacuer rapidement le brouillard d’eau, particulièrement lorsque le travail est effectué dans un espace fermé. Disposer d’une ventilation mécanique efficace pour évacuer l’humidité produite par les travaux lorsque l’aération naturelle ne suffit pas, particulièrement lors d’interventions avec un groupe moteur thermique et / où l’utilisation de produits détersifs ou abrasifs additionnés à l’eau en espaces confinés.
    - Assurer un éclairage (type IP45 appareil de classe 2 ou 3) suffisant au poste de travail et de prévoir un éclairage d’appoint au besoin pour pallier la visibilité réduite que provoque l’accumulation de débris.
    - Informer les personnes de l’entreprise, de la durée, des caractéristiques du chantier afin qu’ils s’organisent pour éviter un accident sur une tierce personne dans le champ d’évolution du jet.
    - Etablir un système de surveillance permettant de détecter tout incident affectant l’opérateur du jet THP. La présence d’un responsable en mesure d’arrêter la pompe ou de couper immédiatement la pression en cas d’anomalie est obligatoire.

    • Préparation du matériel

- S’assurer de la conformité du matériel THP : le matériel (pompes, flexibles, lances) doit être contrôlé tous les ans et un certificat de conformité CE doit être établi.
- Transmettre aux utilisateurs les consignes relatives au matériel utilisé décrites dans les notices d’instruction.
- Inspecter et vérifier l’état de l’appareil, l’état des flexibles (absence de cloque, gonflement, armature ou embout endommagés). S’assurer de l’absence de fuites, une fois le raccordement effectué.
- Démarrer avec une faible pression pour contrôler le bon fonctionnement en sécurité.

    • L’équipement de protection individuelle

Pour utiliser l’appareil, il faut obligatoirement porter :

- une combinaison étanche de protection contre les jets THP, protégeant l'avant-bras lors d'une rupture de tuyau ou de raccord, le devant des jambes, et de la ceinture à la face ; une coquille de surprotection peut s’installer par-dessus la botte pour mieux protéger le dessus du pied et le bas de la jambe et doit être utilisée lorsque les travaux sont effectués avec un pistolet à canon court dans un espace restreint.
- Des bottes de  sécurité avec semelles antidérapantes.
- Une paire de gants imperméables  à manchettes.
- Un casque (EN 397)  à visière intégrale de protection (écran facial relevable EN 166) avec des coquilles anti-bruit (EN 352-3)
- Le port d’une protection respiratoire peut être rendu nécessaire pour le travail dans un espace clos ayant contenu des substances dangereuses ou par la présence de particules toxiques dans les vapeurs générés lors du décapage.

    • La formation du personnel

Tout travailleur devant utiliser des équipements de nettoyage et de décapage au jet d’eau sous THP doit être formé et qualifié, avec habilitation interne renouvelée tous les ans par le chef d’entreprise.
Une formation sur le travail au jet d’eau sous THP doit aborder les points suivants :

- Les principes du nettoyage au jet THP et démonstration de la puissance destructrice du jet d’eau,
- La nécessité du port et la description des équipements de protection individuelle,
- Le  fonctionnement du système : branchements,  dispositifs de commande, flexibles, vérifications…
- L’entretien des équipements,
- Posture et méthodes de travail.


ED 784 (INRS) : Equipements à jets sous haute et très haute pression, 1995, Brochure de 88 pages
ED 819 (INRS) : Travailler en sécurité avec de l’eau à haute pression, 1998, Brochure de 32 pages

Janvier 2011