Les chutes de plain-pied

Les chutes de hauteur ne sont pas les seules à provoquer des arrêts de travail. Les glissades, les faux pas, les pertes d'équilibre entraînant une chute de plain-pied sont très fréquentes dans toutes les entreprises et peuvent occasionner des lésions irréversibles.

Source :
Officiel Prevention

En 2003, les accidents de plain-pied représentaient, au sein du régime général de la Sécurité Sociale :
- 23% des accidents avec arrêt
- 20% des accidents ayant entraîné une incapacité permanente

Ces fréquences et gravités élevées peuvent surprendre pour une cause d’accident d’apparence banale, mais cela s’explique par le fait que tous les secteurs d'activité sont concernés. De plus, la prévention des accidents de plain-pied est rare en entreprise : ces accidents sont souvent considérés comme bénins ou comme n'étant pas propres aux situations de travail et ils occasionnent habituellement une seule victime.

Par définition, la chute de plain-pied est un accident au cours duquel la victime a été déséquilibrée, sans pour autant effectuer un travail en hauteur.

La chute peut se produire à l'occasion d'une glissade sur un sol défectueux (salissure, déformation…) ou d'un trébuchement contre un obstacle non repéré. Les causes de chutes de plain-pied sont vraiment multiples : mauvaises conditions climatiques (neige, verglas, pluie), sol irrégulier ou encombré, escalier abrupt et mal éclairé…

En cas de perte d'équilibre, la victime peut tomber sur un objet dangereux ou chercher à se rattraper au support le plus proche. Les conséquences dépendront donc de la dangerosité de son environnement.

Le siège des lésions est variable : tête, yeux, membre supérieur, tronc, membre inférieur, localisations multiples, lésions internes.
Les lésions sont le plus souvent cutanées et/ou ostéo-articulaires : la foulure, l'entorse, les contusions, plaies cutanées et hémorragies, la fracture sont les lésions les plus courantes.
Mais une chute de plain-pied peut aussi entraîner la mort de l'accidenté si, par exemple, il y a eu un traumatisme crânien lorsque la tête a heurté le sol ou une installation ou bien si la chute a entraîné une noyade (activités portuaires, maritimes ou nautiques, stations d’épuration…).

Parmi les secteurs les plus à risque de chutes de plain-pied, il y a les ateliers de fabrication de produits alimentaires, les services d'entretien et de nettoyage, les services de logistique et de transport et les travaux en extérieur ou de nuit.

Les accidents les plus graves sont principalement liés aux contextes suivants :
- l'utilisation des machines (44%)
- la manutention manuelle ou mécanique (28%)
- les déplacements (15%)
- le ramassage des ordures ménagères (7%)
- le travail sur chantier (6%)

Les accidents semblables du point de vue de leurs circonstances (44% des accidents) sont ceux qui se produisent le plus souvent en atelier de fabrication, lors de l'utilisation de machines, avec le contact de la main avec la machine lors de la chute qui occasionne la lésion, avec amputation parfois nécessaire.
On observe aussi que la classe rassemblant les cas de chutes de plain-pied survenus pendant le déplacement représente 15% des accidents : il s'agit d'accidents se produisant lors de la descente de camions ou autres véhicules de transport, lors de déplacements soit à l'extérieur des locaux, soit entre le véhicule et le lieu d'intervention.

La prévention des chutes de plain-pied

Le chef d'entreprise doit prendre des mesures de prévention et les risques liés aux chutes de plain-pied doivent être analysés et pris en compte dans le cadre de l'évaluation des risques professionnels, obligatoire en entreprise, et consignés sur le Document Unique de Sécurité (D.U.S).

Il est avant tout nécessaire de supprimer ce danger et, dans une moindre mesure, de sensibiliser les salariés à ces risques en les informant et en les formant, mais aussi avec une signalétique adéquate (affiches, autocollants, panneaux …).
Le chef d'entreprise doit veiller à maintenir l'ordre dans toutes les pièces et surtout dans les zones de stockage de l'entreprise.
Les voies de circulation doivent être débarrassées de tout obstacle.
Il faut éviter les zones d'ombre en optimisant l'éclairage et signaler les escaliers, les dénivelés, les encombrements temporaires…
Pour la prévention des risques de chute de plain-pied, des revêtements de sol antidérapants doivent être privilégiés, les inégalités de surfaces et/ou obstacles doivent être soit supprimés soit clairement signalés, notamment dans les lieux de passage, les sols doivent être nettoyés régulièrement et tout produit accidentellement répandu, lors d’une fuite ou déversement, immédiatement épongé.

Le Code du Travail stipule :
Art. R.235-3-3 : « En cas de nouvelle construction ou d'aménagement, le propriétaire des locaux doit concevoir des lieux où les planchers ne sont pas glissants ».
Art. R.232-2-5 : « L’employeur doit utiliser des matériaux imperméables permettant un nettoyage efficace des sols »
Art. R. 4224-3 : « Les lieux de travail intérieurs et extérieurs doivent être aménagés de telle façon que la circulation des piétons et des véhicules puisse se faire de manière sûre. »
Art. R. 4225-1 : « Les postes de travail extérieurs doivent être aménagés de telle façon que les travailleurs… ne puissent glisser ou chuter. »
Art. R. 4224-18 : « Les locaux de travail et leurs annexes sont régulièrement entretenus et nettoyés ; ils doivent en outre être exempts de tout encombrement. »

Les produits antichute de plain-pied

Il existe deux moyens de protéger les salariés des risques de glissades :

- rendre le sol antidérapant (protection collective).
- imposer le port de chaussures antidérapantes (protection individuelle)

Dans les conditions de travail propices aux chutes de plain-pied (sols souvent humides ou rendus glissant à la suite du renversement d’un produit de denrées alimentaires, de liquides techniques, d’hydrocarbures ou huiles…, comme dans la restauration, les industries agroalimentaires, garages, stations-services …), le travailleur doit être équipés de chaussures ou mocassins antidérapants et les sols doivent être couverts de résine ou de revêtements antidérapants.

Mais, sans une bonne tenue des locaux, ces mesures préventives comme l'installation de revêtements de sol perfectionnés, le port de chaussures antidérapantes ne seront jamais tout à fait efficaces. Il suffit en effet de très peu d'huile ou de graisse pour rendre un revêtement de sol glissant. Le bon entretien des planchers permet de réduire les accumulations de matière grasse et ainsi de prévenir les accidents attribuables aux glissades et chutes de plain-pied.


- Revêtements de sol antidérapant

Une façon de prévenir les glissades et les trébuchements consiste à changer ou à modifier les surfaces de marche. On peut ainsi améliorer la sécurité et réduire les risques de chute en appliquant des nouveaux revêtements, en remplaçant les couvre-planchers ou en posant du tapis, du ruban abrasif autoadhésif, du revêtement abrasif ou des planchers métalliques ou synthétiques. Il faut toutefois se rappeler que les revêtements de haute technologie doivent aussi faire l'objet d'un bon entretien, comme tout autre revêtement de sol.
Dans certains pays d'Europe, la réglementation exige, dans les zones à risque de dérapage (par exemple les voies de communication dans les bâtiments ouverts au public (ERP), les magasins, les piscines, les locaux sanitaires) des revêtements de sol offrant une résistance à la glissance.

De même, les cuisines, blanchisseries, ateliers de fabrication de produits alimentaires… requièrent des revêtements de sol antidérapants.

L'usage veut qu'en France la norme allemande DIN 51130 (méthode du plan incliné) soit la plus usitée : le coefficient de glissance exprime la propriété de résistance au glissement ou rugosité d'un sol, spécifié par la lettre R assortie d'un indice de 10 à 13 (plus l'indice est élevé, plus le sol est antidérapant).
Performance antidérapante avec limite du degré de déclivité :

Catégories
Valeur limite inférieure
Valeur limite supérieure
R9 : Adhérence normale
R10 : Adhérence moyenne
R11 : Adhérence élevée
R12 : Forte adhérence
R13 : Très forte adhérence

>10°
>19°
>27°
>35°
10°
19°
27°
35°

Une autre méthode est également utilisée en France. Il s'agit de celle de l'INRS, basée sur la mesure du coefficient de frottement dynamique. Sont considérés antidérapants, les sols dont le coefficient est supérieur à 0,30. Dans ce cas, cette exigence est systématique : la capacité des parties en creux à écouler le fluide répandu sur la surface, spécifiée par la lettre V assortie d'un indice de 4 à 10 (plus l'indice est élevé, moins le risque d'aquaplaning est grand).

En effet, dans les locaux à risque de salissure, une surface plane antidérapante ne suffit plus. Sous la surface de marche, il faut créer des alvéoles supplémentaires sous forme de creux. Ces sols font partie de la classification V.
Les pièces, zones de travail et voies de passage dont les sols sont réputés glissants font l'objet d'un classement associant, si nécessaire, les caractéristiques R et V.

o Carreaux céramiques

Les fabricants de carrelages céramiques proposent une large gamme de références antidérapantes de formats et d’aspects différents (grès cérame non émaillé, carreaux spéciaux avec relief approprié tels que « profilés », « à rainures », « à grains de riz »…) permettant de répondre à toutes les exigences. Les joints atténuent les risques de glissade. Il est impératif d’éviter les carreaux de trop grands formats, car il y a moins de joints. Les reliefs exagérés peuvent conduire à un encrassement, à des difficultés de nettoyage, voire à une réduction du pouvoir antidérapant du fait de la couche glissante créée par des déchets accumulés à la surface du sol.

o Dispositifs antidérapants autoadhésifs

Ils sont souvent fabriqués en complexe élastomère de polyuréthane sur support adhésif.

- Pastilles antidérapantes autoadhésives qui augmentent la sécurité et la visibilité pour les piétons pour éviter les risques de glissade.
- Bande antidérapante autoadhésive pour améliorer la sécurité sur les marches d'escalier, sur les rampes et autour des machines.
- Ruban antidérapant autoadhésif pour poser sur du métal profilé, des tôles structurées, des barreaux d'échelle, des dalles profilées.

o Les revêtements de sols antidérapants

- Revêtement de sol de sécurité antidérapant avec des incrustations de granulats de carbure de silice.
- Revêtement PVC présentant un relief de surface adapté aux usages industriels, dédié à toutes les zones potentiellement humides, entraînant un risque de chute (pieds chaussés) : locaux de stérilisation, zones de lavage...

o Les plaques et grilles métalliques

Les plaques et grilles métalliques offrent une solution antidérapante à long terme. Sur des surfaces planes, inclinées ou des étages, elles éliminent les dangers d'encrassement et sont efficaces contre les huiles, graisses, liquides et toutes formes d’intempéries (pluie et neige). Elles ont des picots en relief et perforations embouties vers le bas ou une surface avec perforation emboutie vers le haut crénelée.

o Les tapis antiglisse

Ils sont généralement en granulés de caoutchouc haute pression, avec picots de caoutchouc naturel ou polypropylène

o Les Peintures antidérapantes

- Kit prêt à l'emploi de revêtement liquide de sécurité antidérapant en polyuréthane avec particules de caoutchouc intégrées
- Peinture antidérapante solide et souple pour les sols sujets à des mouvements ou des vibrations qui permet par une simple application de rendre les surfaces glissantes antidérapantes et s’applique sur les surfaces minérales, les dalles céramiques, …pose à la spatule ou au chiffon

o Nez de marches antidérapants

En acier ou en aluminium

- Chaussures antidérapantes

Dans les aires de travail où les planchers peuvent être souvent graisseux ou mouillés, ou quand les travailleurs passent beaucoup de temps à l'extérieur, la prévention des chutes commence par la sélection de chaussures appropriées (conformes à la norme générale EN 345 S2).

Il n'existe pas de chaussures antidérapantes pour toutes les conditions imaginables (nature du sol lisse, huileux, mouillé, verglacé…), et il convient de faire son choix en fonction des situations les plus fréquemment rencontrées.

Il faut savoir que les chaussures qualifiées d’antidérapantes par les fabricants sont adaptées aux sols industriels durs lisses et gras (norme XPS 73-012, en l'absence de norme européenne sur le sujet). Elles ne seront donc pas nécessairement les plus antidérapantes lorsqu’il s’agit de travail sur chantier boueux par exemple, ou sur des sols gelés, conditions qui nécessitent des semelles différentes.

On doit considérer l’importance de l’interdépendance entre le motif de la semelle (dessin, géométrie et forme) et le matériau utilisé dans l’évaluation de la résistance au glissement pour chaque type de sol.
Le motif de la semelle détermine la surface de contact et, de plus, conditionne l’évacuation efficace des déchets (boue, neige, terre, graisse etc.) en tenant compte des conditions du sol.
Les principaux matériaux utilisés pour la confection des semelles de chaussures de travail antidérapantes sont le caoutchouc et les polyuréthannes.

L’étude ED 5030 "Les accidents de plain-pied en situation professionnelle" est téléchargeable sur le site de l'INRS : www.inrs.fr