Objets connectés portables et santé et sécurité du travail

Les objets connectés captent, stockent, traitent, transmettent des données, et peuvent communiquer avec d’autres systèmes pour obtenir ou fournir de l’information. Si les objets connectés en matière de santé et sécurité au travail recèlent de nombreuses potentialités opportunes, ils engendrent aussi des risques professionnels nouveaux plus difficiles à appréhender dont la gestion est complexe et encore incertaine...

Objets connectés portables et santé et sécurité du travail

Les objets connectés captent, stockent, traitent, transmettent des données, et peuvent communiquer avec d’autres systèmes pour obtenir ou fournir de l’information, avec la capacité à se connecter à un réseau d’information plus large, appelé Internet des Objets ou Internet of Things (IoT).
On distingue les objets connectés portables (wearables) comme les bracelets, casques, vêtements, trackers d'activités (contrôle d'accès, suivi opérationnel…) et les objets connectés intégrés dans un processus pour des applications industrielles (sécurité et gestion technique des bâtiments, chaîne logistique, maintenance préventive des machines …).
La sécurité et la santé sont parmi les premiers secteurs les plus concernés avec un marché qui se développe rapidement, et en particulier en milieu professionnel : de nombreux objets connectés portables sont et seront utilisés pour géolocaliser et surveiller les constantes physiques et physiologiques des travailleurs, contrôler l'environnement du travail et s'assurer que les conditions de sécurité sont respectées. Les objets connectés portables peuvent détecter les ambiances de travail dangereuses, peuvent mesurer la pénibilité au travail en étant capables de mesurer les efforts et gestes : ils peuvent transmettre un signal d’alarme si son utilisateur est en danger ou excède les limites ergonomiques fixées.
Si les objets connectés en matière de santé et sécurité au travail recèlent ainsi de nombreuses potentialités opportunes, ils engendrent aussi des risques professionnels nouveaux plus difficiles à appréhender dont la gestion est complexe et encore incertaine, car certains sont liés aux facteurs humains et à l’analyse comportementale.
La fuite de données personnelles et leur exploitation abusive suscite des craintes, mais le développement des objets connectés soulève aussi de nombreuses questions relatives aux facteurs psychologiques d’acceptabilité : crainte d’intrusion dans la vie personnelle et d’atteinte à la vie privée, inquiétude sur la surveillance constante et minutieuse de la présence, des efforts et de la rapidité de travail à seule fin d’accroitre la productivité. L’utilisation possible d’objets connectés implantés dans le corps sous la peau (puce RFID, NFC) accroîtra encore les problèmes éthiques dans le monde du travail, avec le sentiment de dépossession partielle de soi et d’espionnage permanent.
Il faut également noter que, paradoxalement, la confiance du travailleur dans le supplément de sécurité apporté par ces dispositifs connectés et dans la surveillance dont il est sensé faire l’objet, peut perturber sa perception du danger et l’amener à une prise de risque supérieure. Face aux enjeux de gestion des objets connectés portables, de bonnes pratiques doivent être adoptées par les entreprises.
La mise en œuvre, au sein d'une entreprise, de ces nouveaux objets connectés doit préalablement faire l'objet d'un avis du CSE (Comité Social et Economique) pour s’assurer de leur acceptabilité par le personnel.

Les différents objets connectés portables au travail

Pour plusieurs aspects de la santé et de la sécurité au travail, différentes applications de technologie portable, reliées à une plateforme centralisée et dotées de balise GPS, permettent la capture, le stockage et le traitement de données, la communication (Wi-Fi, Bluetooth, 4G, … ) et la géolocalisation :
  • Traçabilité des expositions professionnelles : le " quantified self " ou « self tracking » (auto-mesure de soi) consiste à utiliser des capteurs miniaturisés qui permettent de mesurer les caractéristiques de l’environnement de travail et les paramètres physiologiques du travailleur et de stocker les données : cette technologie permet ou permettra dans le domaine de la santé au travail de mieux évaluer les expositions professionnelles : - Postures contraignantes, vibrations, manutentions manuelles … - Ambiances de travail : température extérieure, bruit, poussières et fumées, nocturne, … - Surveillance de la tension artérielle, du rythme cardiaque, de la glycémie, …
  • Ce suivi individuel de la santé de chaque salarié contribue à la prévention en évaluant précisément les expositions aux facteurs de pénibilité.
  • Alerte des situations dangereuses pour transmettre un signal d’alarme à un travailleur en péril : port effectif des équipements de protection individuelle identifiés par des étiquettes RFID, vérification des habilitations nécessaires pour la conduite d'engins ou la pénétration dans des zones réglementées, capteurs détectant la perte de verticalité (chute) ou de mouvement (perte de conscience), notifications sonores visuelles ou vibratoires d’objets mobiles ou de zones dangereuses (gaz toxique, radioactivité …).
Les objets connectés portables au travail sont ou seront à court terme très divers :
  • Badge ou bracelet communicant,
  • Dispositifs d’Alarme pour Travailleur Isolé (DATI),
  • Casque connecté pour le guidage à distance,
  • Baudriers, vestes, gilets connectés,
  • Chaussures de sécurité connectées avec semelles porteuses de capteurs de pression pour évaluer le poids des éléments portés…
  • Lunettes de protection intégrant une caméra ainsi que des pictogrammes d'alerte en périphérie du champ de vision,
  • Coussin connecté qui, grâce à des capteurs, vibre en cas de mauvaise posture ou lorsque la position assise est trop prolongée …

La prévention des risques des objets connectés portables au travail

Les objets connectés portables au travail représentent à la fois des opportunités favorables et des menaces sur la santé et sécurité au travail. Ces technologies deviennent indubitablement souhaitables dans la mesure où elles permettent de répondre aux problématiques de santé et de sécurité dans le monde professionnel et les objets connectés portables se font désormais de plus en plus nombreux dans les environnements de travail.
Il est évident qu’à terme, toutes ces évolutions modifieront les manières de travailler et impacteront positivement la sécurité et la santé au travail.
Mais, les risques sur la vulnérabilité et la fuite de données personnelles et confidentielles et les risques éthiques sur les relations sociales entre les salariés et leur employeur concernent aussi les objets connectés portables.

  • Cette utilisation croissante, au sein des ateliers et bureaux et sur les chantiers, des objets connectés portables, vont obliger les entreprises à mettre en œuvre une cybersécurité renforcée des objets et des systèmes. En effet, tous ces objets directement connectés à un réseau Internet sont très vulnérables aux différentes attaques : vol d’informations, prise en main de l’appareil à distance, modification des données et du contenu. C’est d’autant plus critique que la large diffusion des objets connectés portables et le volume d’informations énorme générés par des milliers d’utilisateurs nécessite de mettre en place une capacité suffisante et des mesures de sécurité très strictes pour résister aux risques liés à la cybersécurité : le développement d’un monde professionnel totalement connecté offre pour des groupes malveillants de multiples possibilités d’exploiter les défaillances technologiques des dispositifs IoT. Il faut s'assurer que toutes les données sont cryptées, tenir un inventaire précis des objets utilisés et éliminer tous ceux non-conformes et proscrire les appareils personnels, adopter une gestion des biens IT en liaison avec les responsables sécurité, et ceux du service informatique pour intégrer les objets connectés à la sureté de fonctionnement de l’ensemble.
  • Les données collectées par les objets connectés portables sont associées à l’identité du travailleur. Les entreprises doivent donc être particulièrement vigilantes au traitement de ces informations, aux personnes ayant accès à ces données et au stockage de ces données car ces données peuvent aussi être utilisées à des fins de surveillance. Il n’existe actuellement aucune réglementation qui encadre spécifiquement les objets connectés en entreprise. Ces dispositifs doivent se conformer à la fois aux règles dictées par la loi Informatique et Libertés (loi n° 78-17 du 6 janvier 1978) et au règlement européen sur la protection des données (RGPD de mai 2018) : principe de finalité, consentement et information des personnes et conservation limitée des données, droit à la portabilité des données, droit à l’oubli, droit à la limitation du traitement, droit d’opposition au profilage, désignation d’un Délégué à la Protection des Données. Une déclaration auprès de la CNIL est à déposer pour pouvoir traiter ces informations en toute légitimité.
  • Au-delà de la conformité avec les lois en vigueur, bonne information et conduite adéquate du changement sont indispensables pour le succès d’un déploiement d’objets connectés portables au travail : il faut discuter, sensibiliser et convaincre les travailleurs de l’intérêt que ces objets peuvent apporter à la santé et sécurité au travail, s’assurer de leur accord avant la mise en œuvre et les rassurer sur l’utilisation et le stockage des données.
  • Il y a intérêt d’accompagner le changement lié à un projet de développement d’objets connectés par une démarche globale et participative au niveau de l'entreprise : c’est ainsi que l’entreprise pourra conjurer les menaces de cette innovation et profiter des opportunités que recèlent toujours une situation évolutive ou une période de transition et d’incertitude, en facilitant l'acceptation des changements et en réduisant les facteurs de rejet, notamment chez les travailleurs les plus âgés. La phase de formation et de familiarisation des utilisateurs avec les objets connectés est primordiale et il ne faut pas négliger le temps nécessaire à son acceptation sociale. Les jeunes travailleurs, plus réceptifs à ces nouveautés technologiques du fait de leur propre utilisation fréquente dans leurs activités sportives ou de loisir, peuvent s’impliquer plus facilement dans l’adoption des objets connectés au travail, avec néanmoins une nécessité de toujours prévoir une période d’apprentissage et d’adaptation.
  • Comme pour tout type d’équipement de travail, une analyse de risque devra être réalisée et les conditions d’utilisation des objets connectés doivent d’être transparentes. L’avis du CSE (Comité Social et Economique) est important pour que l’employeur puisse expliquer les raisons qui le motivent à équiper ses salariés et pour s’entendre avec les représentants du personnel sur les modalités d’utilisation de l’objet connecté afin de préserver le droit à la vie privée des travailleurs, de manière à ce qu’ils ne ressentent pas ces capteurs comme une atteinte à leur liberté et à leur intimité.


Juillet 2018