Éric Issartel, l’homme du feu de L’Oréal

Éric Issartel,
l'homme du feu
de L'Oréal
Le lauréat du prix Paul Biro 2010 « règne » sur une quarantaine d'usines, sur une centaine de centrales logistiques et sur les sites administratifs du groupe L'Oréal.
Quelles sont vos missions et responsabilités actuelles ?
Quel est votre grand chantier ?


Actuellement responsable sécurité incendie du groupe L'Oréal au sein de la direction générale des opérations, département Environnement, hygiène et sécurité, ma mission s'étend sur une quarantaine d'usines, une centaine de centrales logistiques ainsi que sur les différents sites « administratifs » du groupe (bureaux, laboratoires...). Ma mission porte sur différents axes tels que :
– définir les standards internes de prévention et de protection incendie ;
– assurer la relation technique avec les assureurs ;
– apporter une expertise technique sur les nouveaux projets de procédés ou d'implantation de sites ;
– assurer une expertise pour l'instruction des dossiers visés par la réglementation des installations classées ;
– réaliser les audits des sites sur les conformités EHS vis-à-vis des référentiels réglementaires ou internes ;
– encadrer des sessions de formation pour les futurs manageurs en EHS du Groupe ;
– participer en tant qu'expert dans différents organismes professionnels (aérosols, liquides inflammables, logistiques, assurances …) ;
– collaborer avec divers groupes de travail sur l'élaboration des textes réglementaires français ou européens.
Les « grands chantiers » en cours se répartissent sur les sujets suivants :
– la caractérisation des feux de liquides inflammables en petits contenants et leurs techniques d'extinctions appropriées (techniques combinées sprinklers et mousses) ;
– l'extinction des feux de stockage d'aérosols par l'usage de mousse à hauts foisonnements ;
– des approches de fiabilité et de sûreté de fonctionnement des installations de protection incendie ;
– la réflexion sur la dimension économique de la protection incendie ;
– la formation aux risques incendie des acteurs concernés du groupe L'Oréal.

Le risque incendie semble très largement maîtrisé dans les entreprises. Si tel est bien le cas, dans quels domaines des progrès restent-ils encore possibles ?


Tout d'abord quelques chiffres : en 2009, 343 000 incendies ont été éteints par les sapeurs pompiers, 30 incendies domestiques se déclarent par jour entraînant le décès de 300 à 600 personnes par an.
Sur le plan industriel, plus de 50 % des accidents technologiques impliquent un incendie (source BARPI). Le feu reste donc un véritable fléau dont les conséquences sont dramatiques pour les personnes, l'environnement et l'économie des entreprises atteintes. La lecture de ces chiffres démontre que le risque incendie n'est à ce jour pas sous contrôle malgré une réglementation très stricte en France. Trop souvent, la problématique de l'incendie est traitée par une approche curative alors qu'une grande part de l'efficacité réside dans la prévention et la prise de conscience de chacun dans les activités réalisées. Le développement d'une culture de la sécurité constitue une véritable voie de progrès.

Innove-t-on encore dans ce domaine ?
Pourriez-vous nous donner quelques exemples ?


C'est une question difficile car l'incendie est constitué de plusieurs domaines et de plusieurs disciplines faisant appel à des techniques très différentes selon les milieux visés. Schématiquement, on peut considérer les grands domaines suivants : la détection, le choix et l'usage d'un agent extincteur, les techniques de mise en oeuvre de cet agent d'extinction, et la limitation de la propagation par le compartimentage. Il n'y a pas d'innovations majeures mais chaque secteur évolue en fonction des progrès techniques réalisés. On peut citer par exemple la détection qui, grâce aux progrès de l'informatique et des communications, est devenue très performante mais dont la maîtrise s'est aussi complexifiée… Le retrait progressif des tensio-actifs fluorés pénalise le pouvoir filmogène des mousses extinctrices et oblige les fabricants à reformuler à partir de nouvelles familles de tensio-actifs. La protection incendie résulte d'une combinaison de techniques très différentes avec des interfaces et des composants nombreux qui interagissent entre eux pour réaliser une opération donnée. Le retour d'expérience acquis sur des installations opérationnelles nous laisse penser que les voies de l'innovation dans ce domaine peuvent se situer non seulement sur l'amélioration technique des composants ou des produits, mais aussi sur une approche plus systémique telle que la fiabilité de fonctionnement de ces ensembles. Le maintien de leur performance et de leur disponibilité dans le temps est la condition sine qua non de leur efficacité. Aujourd'hui, il reste extrêmement difficile de connaître le niveau de confiance d'une installation de détection ou d'extinction ou tout simplement d'obtenir une AMDEC de celle-ci.

Vous êtes lauréat du prix Paul Biro.
Comment avez vous accueilli cette distinction ?


En premier lieu j'ai éprouvé de la joie et un grand honneur pour cette récompense, puis une réelle satisfaction de découvrir que pour la première fois il existait un prix gratifiant un investissement individuel dans le milieu de la lutte contre l'incendie. Paul Biro, pionnier et grand innovateur dans ce domaine, avait déjà compris la nécessité d'une transversalité des savoirs. J'ai eu la chance, au cours de ma carrière, de croiser son chemin à maintes reprises. Dans certaines techniques, j'ai poursuivi la voie qu'il avait initiée dans la création de poudres extinctrices à hautes performances (notamment pour la poudre « granito » pour les feux d'hydrocarbure et de gaz, ou celles utilisées sur les feux d'uranium à Tchernobyl). On peut donc se réjouir qu'un tel prix encourage et récompense les acteurs qui luttent au quotidien contre le feu. Il permettra de promouvoir un domaine, qui jusqu'à présent ne se manifeste malheureusement aux yeux du public, que par ses seules défaillances visibles et dramatiques.


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