La prévention de la surdité professionnelle.

La surdité se caractérise par un déficit auditif temporaire
ou définitif, mais peut être également accompagnée d’autres troubles comme les acouphènes, vertiges, otalgies…
Elle peut être consécutive à une exposition sur le lieu de travail à des bruits traumatiques entrainant une surdité brutale ou bien à une exposition chronique à des niveaux sonores lésionnels répétés, mais peut aussi être induite ou aggravée par des produits chimiques oto-toxiques, des agents biologiques, certains médicaments.


La surdité se caractérise par un déficit auditif temporaire ou définitif, mais peut être également accompagnée d’autres troubles comme les acouphènes, vertiges, otalgies…
La surdité professionnelle est très fréquente, puisqu’elle se classe dans les tout premiers rangs des maladies professionnelles.
La surdité professionnelle peut être consécutive à une exposition sur le lieu de travail à des bruits traumatiques entrainant une surdité brutale ou bien à une exposition chronique à desniveaux sonores lésionnels répétés, mais peut aussi être induite ou aggravée par des produits chimiques oto-toxiques, des agents biologiques, certains médicaments.
Lorsqu’il est impossible de réduire le bruit à un poste de travail par des protections collectives, des protections auditives individuelles doivent être portées. Le choix d’un protecteur individuel contre le bruit s’effectue en fonction de l’environnement de travail afin d’apporter une protection acoustique satisfaisante et une gêne minimale au porteur : grâce à leurs caractéristiques d’affaiblissement acoustique, ces protecteurs (casque antibruit, bouchons d’oreilles) atténuent les effets nuisibles du bruit sur l’ouïe et ils préviennent donc toute détérioration de l’audition.
Il n’y a pas de traitement curatif à la surdité professionnelle définitive et l’éviction du poste bruyant est la seule solution pour éviter une dégradation, et, à un stade de surdité sévère, le port de prothèses auditives est le seul remède possible.
L’utilisation d’outils pneumatiques, les travaux de bancs d’essais des moteurs, de concassage, chaudronnerie, menuiserie et les travaux forestiers… sont parmi les métiers les plus bruyants.
L’environnement sonore de ces activités atteint systématiquement des niveaux très élevés pour qu’ils fassent l’objet d’actions de prévention rigoureuses, afin de limiter les conséquences pour la santé des travailleurs.

Les caractéristiques des nuisances sonores

Les caractéristiques du bruit sont :

  • Sa hauteur, exprimée en fréquence, nombre de vibrations par seconde mesuré en Hertz (Hz). Les sons aigus ont une fréquence haute, les sons graves ont une fréquence basse.
  • Son intensité, exprimée en décibel (dB) qui correspond au niveau de pression acoustique perçu par l’oreille. Le seuil de douleur est 120 dB, au delà duquel les tympans peuvent subir des lésions importantes (blast).

La nocivité du bruit n’est pas totalement caractérisée par ses deux paramètres et de plus, en fonction du type de bruit, continu, fluctuant ou d’impulsion, le pouvoir lésionnel est différent :

  • la perception de l’oreille se comporte comme un filtre qui coupe ou attenue certaines fréquences et a une sensibilité particulière dans les fréquences hautes et moyennes. On utilise la pondération A (dB(A)), qui amplifie la zone des 1000 Hz à 5000 Hz et atténue les basses ou très hautes fréquences.
  • un bruit d’impulsion ayant un caractère soudain et imprévisible est plus nocif qu'un bruit stable et continu. De même, un son pur de grande intensité est plus traumatisant pour l'oreille interne qu'un bruit à large spectre;
  • l'association avec les vibrations aggrave le traumatisme sonore chronique.
  • la durée d'exposition : pour une même ambiance sonore, plus la durée d'exposition est élevée plus les lésions auditives de l'oreille interne sont importantes.
Les facteurs individuels influencent notablement l’impact des nuisances sonores :
  • l'âge : la fragilité cochléaire au bruit s'accroît avec l'âge et devient plus marquée au-delà de 50 ans (presbyacousie) ;
  • la susceptibilité individuelle, éventuellement héréditaire (hypoacousie familiale);
  • la fragilisation antérieure ou concomitante de l'oreille : elle peut être provoquée par des agents biologiques microbiens (streptocoques), viraux, par des toxiques médicamenteux (antibiotiques, diurétiques, acide acétylsalicylique) ou industriels (solvants aromatiques ou chlorés, monoxyde de carbone et acide cyanhydrique).

Les types et stades de la surdité professionnelle

Les surdités d’origine professionnelle sont de deux types : soit la surdité brutale liée à un accident du travail, consécutive à un traumatisme sonore (barotraumatisme, éclatement ou explosion), soit la surdité liée à une exposition chronique au bruit (maladie professionnelle), d'installation insidieuse.

Le traumatisme acoustique aigu, qui peut provoquer la rupture tympanique et éventuellement lésions des os (blast), est souvent réversible, sauf si l’intensité du bruit a détruit des cellules de la cochlée.

Par contre, l'exposition prolongée à des niveaux de bruits intenses détruit peu à peu les cellules ciliées de l'oreille interne (altération cochléaire) et de façon irréversible.

La surdité professionnelle liée à des bruits lésionnels répétés évolue en quatre stades :

stade de surdité latente, déficit auditif initial non perçu par le travailleur ;
stade de surdité débutante, les fréquences aiguës sont atteintes ;
stade de surdité confirmée, le déficit auditif atteint toutes les fréquences ;
stade de surdité sévère,  déficit de perception auditive grave, bilatérale et symétrique.

Comme les atteintes liées à l’exposition prolongée au bruit sont souvent très progressives et ne sont pas immédiatement détectées par un déficit auditif par le travailleur (pertes d’audition détectables seulement à l’audiogramme), il convient de porter une attention soutenue aux autres effets possibles, tels que acouphènes, sifflements, bourdonnements d’oreille, vertiges, otalgies et des manifestations extra-auditives (céphalées), de manière à mettre en œuvre précocement des moyens de protection.

Pour une journée de travail de 8 heures, on considère que l'ouïe est en danger à partir de 80 dB(A). Si le niveau de bruit est supérieur, l'exposition doit être de plus courte durée. Si le niveau est extrêmement élevé (supérieur à 135 dB(A)), toute exposition, même de très courte durée, est dangereuse.

La réglementation de l’exposition professionnelle au bruit

Le bruit fait l’objet d’une réglementation qui vise à protéger les travailleurs contre les risques liés à une exposition prolongée.

L’évaluation du risque se fait essentiellement par rapport au niveau d’exposition sonore quotidienne exprimé en dB(A). La réglementation se réfère également au niveau de pression acoustique de crête qui correspond à des bruits intenses mais courts.
La réglementation en la matière a évolué avec la transcription de la directive européenne 2003/10/CE par le décret n° 2006-892 du 19 juillet 2006.

Depuis 2006, les seuils d’exposition ont été abaissés et reliés à une durée d’exposition. Le premier seuil d’exposition à partir duquel une action de prévention est requise est de 80dB(A) pour 8 heures (seuil d’alerte). Le seuil d’exposition au bruit devant obligatoirement déclencher des mesures correctives par l’employeur (réduction du bruit à la source ou fourniture de protecteurs auditifs) est  85 dB (seuil de danger).

Durées d’exposition quotidienne au bruit nécessitant une action :

Niveau sonore en dB(A)        Durée d’exposition maximale
80                                                       8h
83                                                       4h
86                                                       2h
89                                                       1h
92                                                       30 min
95                                                       15 min
98                                                       7.5 min

Ce tableau signifie qu’être exposé 8 heures à 80 dB(A) est exactement aussi dangereux que d’être exposé 1 heure à 89 dB(A) (Source : INRS).

De plus, il est défini une valeur limite d’exposition, qui correspond au bruit maximum auquel les salariés peuvent être exposés en tenant compte des protections auditives individuelles (exposition quotidienne moyenne limitée à 87 décibels dB(A)).

La surdité professionnelle est reconnue comme maladie professionnelle au titre du tableau n°42 du régime général et du tableau n°46 du régime agricole ou dans le cadre du Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles. Le diagnostic repose sur le calcul du déficit audiométrique moyen sur différentes fréquences (de 1 à 5 kHz), et pour être indemnisée, la perte auditive doit être supérieure ou égale à 35 dB sur la meilleure oreille et doit être diagnostiquée dans l’année suivant le changement ou l’arrêt d’activité éventuels.

Les mesures de prévention de la surdité professionnelle

Comme dans toute démarche de prévention, il y a 3 étapes clés :

  • L’évaluation des risques par des mesures d’exposition sonore.
  • La mise en place d’actions correctrices, prioritairement par des mesures de prévention collective, complétée par de mesures de prévention individuelle si nécessaire.
  • Le suivi à long terme de l’efficacité des actions mises en œuvre.
  • L’évaluation des risques sonores

Le point de départ de la démarche de prévention consiste à effectuer une évaluation des risques, puis transcrire les résultats de cette évaluation des risques dans le Document Unique de Sécurité et élaborer un plan d’action visant à réduire au maximum les nuisances sonores et, en tout état de cause, respecter la réglementation.
Pour mesurer l’exposition sonore des salariés, il y a deux méthodes :

  • La mesure instantanée simple avec un sonomètre portable qui permet de déterminer les sources de bruit et leur intensité.
  • La mesure sur une durée d'exposition (exposimétrie) avec un sonomètre disposant d’une carte d'acquisition réalisant un enregistrement qui permet d'avoir un relevé du niveau sonore pendant toute la durée d'exposition de l'operateur, que l’on compare aux valeurs limites d’exposition. 

La méthode de mesurage des niveaux d'exposition au bruit en milieu de travail doivent être effectuées dans des conditions conformes aux principes métrologiques spécifiés par la norme NF S 31-084 (ISO 9612).

On peut réaliser une cartographie du bruit sur toute la surface d'un local, complétée par des mesures directement aux postes de travail des salariés afin de connaître exactement les niveaux de bruit perçus et ainsi de pouvoir tirer des conclusions au cas par cas.

Les entreprises peuvent effectuer elles-mêmes ces mesurages si elles disposent des compétences et des moyens nécessaires. Elles peuvent également faire appel à un prestataire de service en acoustique. En revanche, l’intervention d’un organisme agréé est requise par la réglementation si le mesurage est effectué à la suite d’une mise en demeure de l’inspection du travail. Un nouveau mesurage doit être entrepris tous les trois ans ou lorsqu’une modification des installations ou des modes de travail est susceptible d’entraîner une élévation des niveaux de bruit.

  • La prévention primaire et collective de la surdité professionnelle

La suppression ou la réduction du bruit à la source (exemple : cloisonnement et encoffrement des machines les plus bruyantes), l’insonorisation des lieux de travail notamment par des matériaux utilisés pour une meilleure isolation phonique des plafonds et des murs, sont les mesures de prévention les plus efficaces.

Les techniques de réduction du bruit aussi bien pour les locaux et les machines sont multiples et peuvent faire l’objet de mesures fiscales non négligeables (Amortissement exceptionnel sur 12 mois, Réduction de moitié de la valeur locative).

- Matériels et dispositifs de protection contre le bruit
- Matériels et dispositifs pour améliorer l'acoustique
- Matériels destinés à contrôler ou à diminuer les niveaux sonores.

    • La réduction du bruit à la source

L’installation sur les machines de silencieux sur des refoulements ou échappements, de montage de sillent blocs pour éviter la propagation par le sol des vibrations,  les capotages antibruit, l’acquisition de nouveaux équipements et machines à niveaux sonores les plus bas possibles, une bonne maintenance des équipements comme la lubrification et graissage réguliers des machines figurent parmi les mesures les plus évidentes de réduction du bruit.

L’ encoffrement des machines est moins facile de mise en œuvre car il génère souvent de grosses contraintes de poste de commande et de maintenance.

    • Le traitement acoustique des locaux

La correction acoustique des locaux désigne tous les moyens à l’aide desquels on réduit la réverbération d’un local (p. ex. plafonds acoustiques) et la propagation directe du bruit dans ce même local (p. ex. cloisons absorbantes). Un plafond absorbant les bruits fait partie des règles actuelles de l’art en matière de construction.
La structure des lieux de travail permet ainsi généralement de réduire sensiblement les nuisances sonores et les possibilités sont nombreuses et variées : insonorisation des plafonds, des panneaux absorbants, des cloisons, écrans amovibles, isolation phonique des bas de portes, fenêtres en double vitrage, anti-vibratiles si nécessaire, butée au niveau des portes, tampons sous les mobiliers, portes pour isoler les machines ou installation hors des locaux de travail (locaux techniques) …

  • La prévention secondaire et individuelle de la surdité professionnelle

La prévention individuelle cherche à protéger uniquement l’opérateur par des équipements de protection mis en place lorsque les mesures d’élimination ou de réduction des nuisances sonores par la prévention collective sont insuffisantes ou impossibles à mettre en œuvre.
La prévention individuelle repose sur une visite médicale de surveillance auditive et  une protection auditive individuelle.

    • la surveillance de l'audition

L’examen audiométrique préventif par le médecin du travail permet de détecter la sensibilité d'une personne au bruit et de faire les bilans des pertes auditives.

    • Les Protecteurs Individuels contre le Bruit (PICB)

Les EPI pour l’appareil auditif sont principalement les casques antibruit, constitués de coquilles qui s’appliquent sur l’oreille et les bouchons d’oreilles qui sont introduits dans le conduit auditif.

    • Le casque antibruit est plus efficace que les bouchons mais plus encombrant et plus chaud (transpiration importante l’été).
    • Les bouchons sont en général moins efficaces que le casque mais moins encombrants et moins gênants que celui-ci. Ils peuvent être de différents types (usage unique, réutilisable, avec ou sans arceau ou corde) suivant l’utilisation.
      Les atténuations théoriques des PICB ne se vérifient généralement pas en pratique parce que les PICB sont mal placés ou parce qu’ils bougent avec le travail.
      L'efficacité des protecteurs auditifs est ainsi grandement réduite lorsque ceux-ci ne sont pas correctement ajustés ou s'ils ne sont pas portés correctement en permanence durant les périodes d'exposition au bruit.
      Le choix d’un PICB ne se fera donc pas seulement sur son efficacité, mais également sur son confort d’utilisation, afin qu’il soit le mieux accepté et porté le plus longtemps.


  • INRS : référence ED 6035 "Evaluer et mesurer l'exposition professionnelle au bruit"
  • INRS : référence ED962 « Techniques de réduction du bruit en entreprise » (2006)
  • OFFICIEL PREVENTION : Dossiers Santé - Hygiène - Médecine du travail (SST) : « Lutte contre le bruit sur les lieux de travail»
  • OFFICIEL PREVENTION : Dossiers Protections individuelles : « Les Protecteurs Individuels contre le Bruit (PICB) »

Novembre 2010