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- Les équipements de protection individuelle (EPI)

Les équipements de protection individuelle restent trop souvent perçus comme une simple formalité réglementaire. Pourtant, mal choisis, mal portés ou mal entretenus, ils peuvent donner une fausse impression de sécurité — parfois plus dangereuse que l'absence de protection elle-même.
Ce dossier fait le point complet sur les EPI à l'usage des responsables HSE : cadre juridique actualisé (le règlement européen 2016/425 a profondément refondu les règles depuis 2018, et un nouveau texte modificatif entre en vigueur dès mai 2026), classification en trois catégories, obligations de l'employeur et du salarié, démarche structurée de sélection, vérifications périodiques obligatoires — et un regard sur les EPI connectés qui redéfinissent aujourd'hui les standards du secteur.
Que vous construisiez votre politique EPI de zéro ou que vous souhaitiez auditer l'existant, ce dossier vous donne les repères essentiels pour agir avec méthode et rester en conformité.
Sommaire
1. Définition et cadre général
Un équipement de protection individuelle (EPI) est tout équipement ou dispositif conçu et fabriqué pour être porté ou tenu par une personne en vue de la protéger contre un ou plusieurs risques susceptibles de menacer sa sécurité ou sa santé au travail, lors d'activités sportives ou de loisirs.
| Définition officielle — Règlement (UE) 2016/425, art. 3 : « Tout équipement conçu et fabriqué pour être porté ou tenu par une personne en vue d'être protégée contre un ou plusieurs risques susceptibles de menacer sa santé ou sa sécurité. » |
Les EPI couvrent également les composants interchangeables indispensables au fonctionnement de l'équipement ainsi que les systèmes de connexion reliant l'EPI à un dispositif externe. Ils ne concernent pas les équipements destinés à la protection des forces armées, de police ou d'ordre.
1.1 Principe de subsidiarité : dernier rempart de la prévention
La réglementation française (art. L.4121-1 à L.4121-5 du Code du travail) impose une hiérarchie stricte dans les mesures de prévention que l'employeur doit respecter :
● Suppression ou réduction du risque à la source (conception, substitution)
● Protection collective (écrans, capotages, systèmes de ventilation, consignation)
● Mesures organisationnelles (rotation des postes, planification, procédures)
● Protection individuelle (EPI) — uniquement si les mesures précédentes sont insuffisantes
| ⚠️ PRINCIPE CLÉ | Les EPI constituent le DERNIER recours de la démarche de prévention. Le responsable HSE doit justifier dans le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) pourquoi les protections collectives sont insuffisantes ou impossibles à mettre en œuvre avant de prescrire des EPI. |
2. Cadre réglementaire actualisé (2016–2026)
2.1 La réforme majeure : du régime de directive au règlement européen
La directive 89/686/CEE, qui constituait le socle juridique pendant plus de 25 ans, a été remplacée par le Règlement (UE) 2016/425 du Parlement européen et du Conseil, entré en application le 21 avril 2018. Contrairement à une directive, un règlement européen s'applique directement dans tous les États membres sans transposition nationale, garantissant une harmonisation complète du marché intérieur.
| CALENDRIER | Directive 89/686/CEE → abrogée le 21/04/2018. Règlement (UE) 2016/425 → applicable depuis le 21/04/2018. Règlement modificatif (UE) 2024/2748 → applicable à compter du 29/05/2026 (procédures d'urgence pour l'évaluation de conformité). |
2.2 Nouveautés introduites par le règlement 2016/425
Le règlement 2016/425 renforce significativement les obligations de l'ensemble des acteurs de la chaîne de mise sur le marché :
● Responsabilité élargie : Les importateurs et distributeurs sont désormais soumis à des obligations spécifiques, au même titre que les fabricants (traçabilité, signalement des non-conformités aux autorités de surveillance du marché).
● Durée de validité des attestations : Les attestations d'examen de type CE délivrées sous l'ancienne directive ont expiré le 21 avril 2023. Tout EPI mis sur le marché après cette date doit disposer d'une certification conforme au règlement 2016/425.
● Surveillance renforcée : Les organismes notifiés font l'objet d'une accréditation plus rigoureuse et d'une surveillance accrue par les autorités nationales compétentes (en France : la DGCCRF et l'INRS).
● Guide d'orientation v4 (oct. 2024) : La 4e version du guide d'orientation du règlement 2016/425 introduit des clarifications sur les vêtements réfléchissants, les équipements ergonomiques et étend le champ des exigences de base en matière de santé et sécurité.
2.3 Réglementation applicable en France
En droit français, les principales dispositions relatives à l'utilisation des EPI figurent dans le Code du travail :
● Art. L.4121-1 à L.4121-5 : obligations générales de l'employeur en matière de prévention
● Art. R.4323-91 à R.4323-106 : règles d'organisation, conditions de mise en œuvre et d'utilisation des EPI
● Art. R.4323-95 : fourniture gratuite des EPI par l'employeur
● Art. R.4323-106 : formation et information obligatoires des travailleurs
● Arrêté du 19 mars 1993 : liste des EPI soumis à vérifications générales périodiques
| ATTENTION | La référence à l'article R.233-83-3 citée dans d'anciens dossiers est obsolète depuis la recodification du Code du travail. Les responsables HSE doivent désormais se référer aux articles R.4323-91 et suivants. |
3. Classification des EPI en trois catégories
Le règlement (UE) 2016/425 maintient la classification en trois catégories selon la gravité des risques couverts, mais précise et renforce les exigences de certification pour chacune d'elles.
| Catégorie | Niveau de risque | Certification | Marquage CE | Exemples d'EPI |
|---|---|---|---|---|
| I | Mineur | Auto-certification fabricant | CE seul | Lunettes de soleil, gants de jardinage, vêtements de pluie |
| II | Majeur | Examen CE par organisme notifié | CE + année | Casques, gants, protecteurs auditifs, lunettes de protection |
| III | Mortel / irréversible | Examen CE + contrôle qualité production annuel | CE + année + n° organisme (4 chiffres) | Harnais anti-chute, APR, protections chimiques/thermiques, gilets de sauvetage |
3.1 Catégorie I — Risques mineurs
Les EPI de catégorie I couvrent des risques d'accidents peu à moyennement graves, dont les effets sont superficiels et facilement identifiables par l'utilisateur. Le fabricant peut procéder à l'auto-certification sans recours à un organisme notifié externe, sous réserve de constituer un dossier technique de fabrication complet.
● Exemples : lunettes de soleil (usage non-UV), gants de jardinage, vêtements de pluie légers, gants de vaisselle
● Marquage : CE seul
● Document requis : dossier technique + notice d'utilisation en français
3.2 Catégorie II — Risques importants
La catégorie II couvre les risques de lésions graves non irréversibles, lorsque les effets ne peuvent être perçus en temps utile par l'utilisateur. Un examen CE de type réalisé par un organisme notifié accrédité est obligatoire avant toute mise sur le marché.
● Exemples : casques de chantier, gants de protection mécanique, protecteurs auditifs, lunettes de protection, chaussures de sécurité (catégorie S1-S3), visières
● Marquage : CE + année de délivrance de l'attestation
● L'organisme notifié examine le dossier technique ET le modèle physique
3.3 Catégorie III — Risques graves à effets irréversibles ou mortels
La catégorie III concerne les risques pouvant entraîner des conséquences mortelles ou des atteintes irréversibles à la santé. La certification comprend obligatoirement un examen CE de type PLUS un contrôle de la qualité de production annuel par un organisme notifié.
● Exemples : harnais anti-chute et EPI contre les chutes de hauteur, appareils de protection respiratoire (APR) autonomes et filtrants, protections contre la chaleur extrême ou le feu, gants et tenues de protection chimique (niveaux élevés), gilets de sauvetage gonflables
● Marquage : CE + année + numéro d'identification à 4 chiffres de l'organisme notifié (ex. : CE026197)
● Obligation de formation : L'employeur doit assurer une formation pratique obligatoire au port des EPI de catégorie III (art. R.4323-106 du Code du travail). Cette formation doit être tracée dans le DUERP et les registres de formation.
| ✅ CONFORMITÉ MARCHÉ | Depuis le 21 avril 2023, tout EPI commercialisé doit être certifié sous le règlement 2016/425. La présence d'une attestation délivrée avant cette date n'est plus valide. Vérifiez systématiquement la date et le numéro de l'organisme notifié lors de vos achats. |
4. Obligations de l'employeur
4.1 Mise à disposition et gestion des EPI
L'employeur est seul responsable de la mise à disposition d'EPI conformes et adaptés. Ces obligations sont non-délégables et leur non-respect est constitutif d'une faute inexcusable en cas d'accident.
● Fournir les EPI gratuitement (toute contribution financière du salarié est illégale)
● Choisir des EPI adaptés aux risques identifiés dans le DUERP et aux conditions de travail réelles
● Vérifier la présence du marquage CE et de la notice en français avant tout achat
● Assurer la compatibilité des EPI entre eux lorsque plusieurs sont portés simultanément
● Remplacer tout EPI détérioré, périmé ou dont la date limite d'utilisation est dépassée
● Réserver l'EPI à un usage personnel ; en cas d'utilisation partagée (nécessité avérée), mettre en place des mesures d'hygiène appropriées
● Consulter les salariés concernés lors du choix des EPI (rôle du CSE/CSSCT)
4.2 Information et formation obligatoires
La formation au port des EPI n'est pas facultative : elle conditionne l'efficacité réelle de la protection. Un EPI mal porté ou mal ajusté n'offre qu'une protection partielle, voire nulle.
● Former chaque salarié aux risques couverts par les EPI prescrits
● Expliquer les conditions et les limites d'utilisation de chaque équipement
● Enseigner le stockage, l'entretien et les critères de réforme des EPI
● Former pratiquement au port des EPI de catégorie III (obligation réglementaire — art. R.4323-106)
● Informer le salarié de ses responsabilités en cas de non-port ou de mauvais usage
| BONNES PRATIQUES | Impliquer les salariés dans le choix des EPI augmente significativement le taux de port effectif. Proposer plusieurs modèles répondant aux normes, adapter les EPI à la morphologie féminine, prévoir des EPI adaptés aux travailleurs portant des lunettes de correction ou des appareils auditifs. |
4.3 Vérifications périodiques et maintenance
Un EPI mal entretenu ou défectueux peut être plus dangereux que l'absence de protection, car il confère une fausse impression de sécurité. L'employeur doit organiser une maintenance rigoureuse.
● Procéder aux vérifications périodiques conformément aux instructions du fabricant
● Faire réaliser les vérifications par des personnes qualifiées (internes ou prestataires agréés)
● Consigner les résultats dans le registre de sécurité et le DUERP
● Éliminer tout EPI ayant atteint sa durée de vie ou sa date de péremption
EPI soumis à vérification générale périodique (VGP) annuelle obligatoire
Conformément à l'arrêté du 19 mars 1993, les équipements suivants doivent faire l'objet d'une vérification annuelle obligatoire par un organisme compétent :
● Appareils de protection respiratoire autonomes destinés à l'évacuation du personnel
● Appareils de protection respiratoire et équipements complets pour interventions en milieu hostile
● Gilets de sauvetage gonflables
● Systèmes de protection individuelle contre les chutes de hauteur (harnais, longes, antichutes)
● Stocks de cartouches filtrantes anti-gaz pour APR
5. Obligations du salarié
Les obligations des salariés en matière d'EPI sont définies à l'article L.4122-1 du Code du travail : « Il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions au travail. »
● Porter les EPI prescrits conformément aux instructions de l'employeur et aux consignes de sécurité
● Utiliser les EPI selon leur destination et uniquement à des fins professionnelles
● Respecter les conditions d'utilisation, de stockage et d'entretien de la notice fabricant
● Signaler immédiatement tout équipement défectueux, périmé ou endommagé
● Ne pas modifier, détériorer ou neutraliser les EPI fournis
Le refus de port d'un EPI obligatoire constitue une faute disciplinaire pouvant entraîner des sanctions allant jusqu'au licenciement. En cas d'accident du travail imputable au non-port d'un EPI mis à disposition et pour lequel le salarié a été formé, la faute inexcusable du salarié peut être reconnue, réduisant partiellement les droits à indemnisation.
6. Les différentes familles d'EPI
Les EPI couvrent l'intégralité du corps humain. Chaque famille d'équipements fait l'objet de normes techniques européennes harmonisées (EN) qui définissent les performances minimales requises selon les risques couverts.
6.1 Protection de la tête
● Casques de chantier et de protection industrielle (EN 397) : chocs, perforations, écrasements
● Casques pour travaux forestiers (EN 12492, EN 397)
● Cagoules et protège-nuques anti-feu
● Coiffes de protection chimique
6.2 Protection des yeux et du visage
● Lunettes de protection (EN 166) : projections, poussières, rayonnements
● Lunettes-masques (surlunettes, EN 166, EN 170, EN 172)
● Visières de protection faciale (EN 166, EN 168)
● Masques de soudage (filtres UV/IR, EN 175, EN 169)
● Protections laser (EN 207, EN 208)
6.3 Protection auditive
● Bouchons d'oreille jetables ou réutilisables (EN 352-2) : atténuation jusqu'à 40 dB(A)
● Serre-têtes anti-bruit / coquilles (EN 352-1)
● Protecteurs montés sur casque (EN 352-3)
● Protecteurs à niveau dépendant (EN 352-4, 352-6) : permettent la communication en milieu bruyant
| RAPPEL RÉGLEMENTAIRE | Le port de protecteurs auditifs est obligatoire dès 85 dB(A) d'exposition journalière (art. R.4434-7 du Code du travail). À partir de 80 dB(A), l'employeur doit mettre des protecteurs à disposition. La mesure du bruit doit être réalisée et consignée dans le DUERP. |
6.4 Protection des voies respiratoires
● Masques filtrants jetables (FFP1, FFP2, FFP3 — EN 149) : particules, aérosols
● Demi-masques et masques complets à cartouches filtrantes (EN 140, EN 136) : gaz, vapeurs, poussières
● Appareils à adduction d'air (tuyau d'alimentation, EN 138, EN 269)
● Appareils respiratoires autonomes (ARI, EN 137) : milieux IDLH, atmosphères inconnues
● Cagoules de fuite et capuces d'évacuation
6.5 Protection des mains et des membres supérieurs
● Gants anti-coupure (EN 388) : niveau de performance A à F
● Gants de protection chimique (EN 374-1 à 374-5) : perméation, pénétration
● Gants de protection thermique / anti-chaleur (EN 407)
● Gants anti-vibrations (EN ISO 10819)
● Gants anti-électriques (EN 60903) : classes 00 à 4
● Manchettes et protège-bras
| SÉLECTION DES GANTS | Le choix du matériau est décisif selon le risque : latex pour agents biologiques, néoprène pour acides forts et certains solvants, nitrile pour agression mécanique et hydrocarbures, Viton® pour solvants aromatiques. Consulter systématiquement les tableaux de résistance chimique du fabricant. |
6.6 Protection des membres inférieurs
● Chaussures de sécurité (EN ISO 20345 : S1 à S5) : embout 200 J, antiperforant, antistatique selon niveaux
● Bottes de sécurité imperméables (EN ISO 20345 / 20347)
● Protège-genoux (EN 14404)
● Guêtres de protection thermique et chimique
6.7 Protection du corps
● Vêtements de travail ignifugés (EN ISO 11612 : arc électrique, flamme, chaleur convective/radiante)
● Vêtements de protection chimique (EN 13982, EN 14605) : catégories 1 à 6 selon niveau d'étanchéité
● Vêtements haute visibilité (EN ISO 20471) : classes 1 à 3 selon exposition au trafic
● Protections contre les intempéries et le froid
● Tabliers de protection mécanique et thermique
6.8 Protection contre les chutes de hauteur
● Harnais anti-chute (EN 361) + longe d'ancrage (EN 354) + absorbeur d'énergie (EN 355)
● Dispositifs antichutes à rappel automatique (EN 360)
● Dispositifs antichutes sur corde (EN 353-2)
● Cordes de travail et de sécurité (EN 1891)
● Points d'ancrage et lignes de vie horizontales (EN 795)
| SYSTÈMES EPI ANTI-CHUTE | Un système anti-chute complet comprend au minimum : point d'ancrage (EN 795) + harnais (EN 361) + dispositif de connexion (EN 354/355/360). La résistance d'un point d'ancrage doit être d'au moins 12 kN selon la norme EN 795. La vérification annuelle par un technicien compétent est obligatoire. |
7. Données sur les accidents du travail et utilité des EPI
Les statistiques des accidents du travail confirment l'importance des EPI par zone corporelle. La répartition ci-dessous permet d'orienter les priorités d'équipement dans le cadre de la démarche d'évaluation des risques.
| Localisation de la lésion | Accidents avec arrêt | Incapacité permanente | Décès |
|---|---|---|---|
| Tête | 4,1 % | 3,8 % | 10,0 % |
| Yeux | 2,9 % | 1,5 % | 0,3 % |
| Membres supérieurs | 11,6 % | 15,4 % | 0,5 % |
| Mains | 27,0 % | 29,3 % | 0,3 % |
| Tronc | 19,1 % | 12,9 % | 3,8 % |
| Membres inférieurs | 19,1 % | 6,2 % | 0,8 % |
| Pieds | 6,4 % | 4,0 % | 0,0 % |
| Localisations multiples | 8,2 % | 14,8 % | 42,3 % |
| Siège interne | 0,5 % | 0,5 % | 17,8 % |
Source : Caisse Nationale d'Assurance Maladie (CNAM)
L'analyse de ces données met en évidence plusieurs priorités pour le responsable HSE :
● Les mains (27 % des AT avec arrêt) : Première zone touchée — priorité absolue aux gants de protection adaptés aux risques mécaniques et chimiques identifiés.
● Les membres inférieurs (19,1 %) : Chaussures de sécurité adaptées au niveau de risque et aux conditions de travail (antistatiques, imperméables, anti-perforation...).
● Le tronc (19,1 %) : Vêtements de protection adaptés selon les risques thermiques, chimiques ou de coupure.
● Les décès par localisations multiples (42,3 %) : Illustrent la nécessité de systèmes de protection intégrés (ex. : travail en hauteur) et la compatibilité entre EPI.
8. Démarche de sélection des EPI pour le responsable HSE
La sélection d'un EPI ne peut pas être aléatoire ou uniquement basée sur le prix. Elle doit s'inscrire dans une démarche structurée intégrant l'analyse de risque, les contraintes d'usage et l'acceptabilité par les utilisateurs.
Étape 1 — Identification et évaluation des risques
● Analyser les postes de travail (méthode DUERP)
● Identifier les agents chimiques, biologiques, physiques et mécaniques présents
● Quantifier les niveaux d'exposition (mesures atmosphériques, phonométriques, etc.)
● Déterminer la durée et la fréquence d'exposition
Étape 2 — Identification des EPI requis
● Consulter les fiches de données de sécurité (FDS) des produits manipulés
● Se référer aux valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP) réglementaires
● Identifier les normes harmonisées applicables à chaque type de risque
● Définir la catégorie de risque (I, II ou III) pour chaque EPI
Étape 3 — Sélection et test
● Consulter les utilisateurs et le médecin du travail (le CSE doit être informé et consulté)
● Tester plusieurs modèles en conditions réelles de travail
● Évaluer la compatibilité entre les différents EPI portés simultanément
● Vérifier la disponibilité des tailles pour tous les gabarits morphologiques (y compris féminins)
● S'assurer de la disponibilité du service après-vente et des pièces de rechange
Étape 4 — Déploiement et suivi
● Rédiger une consigne d'utilisation interne (en complément de la notice fabricant)
● Former les utilisateurs (pratique obligatoire pour cat. III)
● Mettre en place un système de gestion des stocks, de distribution et de traçabilité
● Planifier les vérifications périodiques et les renouvellements
● Réévaluer régulièrement l'adéquation des EPI aux conditions réelles de travail
9. Innovations et tendances 2025–2026
Le marché mondial des EPI a dépassé 58,6 milliards USD en 2023 et devrait croître à un TCAC de 7,3 % jusqu'en 2032. Le segment des EPI intelligents (Smart PPE), évalué à 4,5 milliards USD en 2024, devrait atteindre 12,3 milliards USD en 2033 (TCAC de 12,2 %). En France, le marché des EPI est évalué à 1,6 milliard d'euros avec une croissance soutenue.
| Innovation | Description & applications |
|---|---|
| Capteurs de mouvement | Intégrés dans les harnais anti-chute ou les chaussures de sécurité, ils alertent en temps réel en cas de chute ou de posture dangereuse. |
| Géolocalisation GPS | Les vêtements haute visibilité ou les casques peuvent être équipés de puces GPS, permettant de localiser les travailleurs en zone à risque (chantiers, sites isolés, DATI). |
| Suivi environnemental | Des masques respiratoires ou des combinaisons mesurent en continu la qualité de l'air, la température et l'exposition aux agents chimiques ou biologiques. |
| Combinaisons intelligentes | Détectent automatiquement les fuites de gaz ou de produits chimiques et déclenchent une alerte sonore/visuelle immédiate. |
| Gants à retour haptique | Permettent une meilleure dextérité tout en protégeant contre les coupures et les produits corrosifs, avec retour tactile pour les opérations de précision. |
| Éco-conception | Fibres recyclées, biomatériaux, certifications écologiques. Objectif : réduire les ~200 000 tonnes de déchets EPI annuels en France. |
9.1 Facteurs d'adoption et freins
Si les EPI connectés offrent des perspectives prometteuses, leur déploiement à grande échelle se heurte à plusieurs obstacles que le responsable HSE doit anticiper :
● Coût d'investissement : Les EPI intelligents sont significativement plus onéreux que les équipements traditionnels, ce qui peut limiter l'accès aux petites et moyennes entreprises.
● Cybersécurité et RGPD : La collecte de données biométriques et de géolocalisation via les EPI connectés soulève des questions de protection des données personnelles des travailleurs. Une analyse d'impact (AIPD) peut être nécessaire.
● Compétences numériques : L'utilisation et la maintenance d'EPI connectés requièrent de nouvelles compétences techniques, tant chez les opérateurs que chez les équipes HSE.
● Complexité d'intégration : L'intégration avec les systèmes d'information existants (ERP, plateformes de gestion de la sécurité) peut s'avérer complexe et coûteuse.
| POINT DE VIGILANCE RGPD | Les données collectées par les EPI connectés (position, fréquence cardiaque, exposition aux agents chimiques) constituent des données personnelles soumises au RGPD. L'employeur doit informer les salariés, limiter la collecte au strict nécessaire et définir des durées de conservation. Le CSE/CSSCT doit être consulté avant tout déploiement. |
10. Vérification de la conformité et du marquage CE
10.1 Les trois niveaux de certification
Tout EPI mis sur le marché de l'Union européenne doit obligatoirement être accompagné des documents suivants :
● Marquage CE : Apposé de manière indélébile sur l'EPI et son emballage. Pour les catégories II et III, il inclut l'année de délivrance de l'attestation et, pour la catégorie III, le numéro d'identification de l'organisme notifié (4 chiffres).
● Notice d'instructions : Obligatoirement rédigée en français, elle précise les conditions d'utilisation, de stockage, de nettoyage et les délais de péremption.
● Déclaration UE de conformité : Document signé par le fabricant attestant que l'EPI satisfait aux exigences essentielles de santé et de sécurité du règlement 2016/425.
10.2 Points de vigilance pour les achats
● Vérifier que la déclaration UE de conformité référence bien le règlement (UE) 2016/425 (et non l'ancienne directive 89/686/CEE)
● Pour les EPI de catégorie III, contrôler le numéro de l'organisme notifié sur la base de données NANDO de la Commission européenne
● S'assurer que les attestations n'ont pas expiré (durée maximale 5 ans, toutes invalides sous l'ancienne directive depuis le 21/04/2023)
● Méfiance vis-à-vis des prix anormalement bas : ils peuvent indiquer une contrefaçon ou une certification frauduleuse
● Conserver tous les documents de conformité pendant toute la durée d'utilisation de l'EPI
11. Intégration dans le système de management HSE
11.1 Document Unique d'Évaluation des Risques (DUERP)
Le DUERP constitue le document de référence pour la gestion des EPI. Il doit mentionner pour chaque unité de travail :
● La nature et le niveau des risques identifiés
● Les mesures de protection collective mises en place et leurs limites
● La justification du recours aux EPI (insuffisance des protections collectives)
● La liste des EPI prescrits avec leurs références et normes
● Les résultats des vérifications périodiques
● Les formations réalisées et planifiées
11.2 Tableau de bord EPI recommandé
Pour une gestion efficace, le responsable HSE devrait maintenir les indicateurs de suivi suivants :
● Taux de port effectif par poste de travail (audits terrain)
● Nombre de non-conformités EPI détectées lors des contrôles
● Coût de remplacement et consommation par catégorie d'EPI
● Taux d'accidents du travail impliquant l'absence ou le mauvais usage d'EPI
● Résultats des enquêtes de satisfaction et d'acceptabilité des EPI auprès des utilisateurs
● Calendrier des VGP et taux de réalisation
12. Synthèse des références réglementaires et normatives
12.1 Textes européens
● Règlement (UE) 2016/425 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 — applicable depuis le 21/04/2018
● Règlement modificatif (UE) 2024/2748 du 9 octobre 2024 — applicable à partir du 29/05/2026 (procédures d'urgence en matière d'évaluation de conformité)
● Décision d'exécution (UE) 2023/941 de la Commission du 2 mai 2023 — liste des normes harmonisées applicables aux EPI
● Décision (UE) 2024/2599 — mise à jour des normes harmonisées relatives aux EPI (sécurité et performance)
● Guide d'orientation du règlement (UE) 2016/425 — Version 4, octobre 2024
● Directive 89/391/CEE du 12 juin 1989 — cadre général en matière de sécurité et santé des travailleurs
● Directive 89/656/CEE du 30 novembre 1989 — prescriptions minimales pour l'utilisation des EPI (toujours en vigueur pour les employeurs)
12.2 Droit français
● Code du travail : articles L.4121-1 à L.4121-5 (obligations générales de l'employeur)
● Code du travail : articles R.4323-91 à R.4323-106 (règles d'utilisation des EPI)
● Arrêté du 19 mars 1993 — liste des EPI soumis à VGP annuelle obligatoire
● Circulaire DRT n°96/5 du 10 avril 1996 — commentaires sur les décrets EPI
12.3 Principales normes harmonisées
● EN 397 : casques de protection industrielle
● EN 166 : protection individuelle de l'œil — spécifications
● EN ISO 4869-1 et EN 352 : protecteurs auditifs
● EN 149 : appareils de protection respiratoire filtrants anti-particules (FFP1, FFP2, FFP3)
● EN 136 / EN 140 : masques complets et demi-masques
● EN 388 : gants de protection contre les risques mécaniques
● EN 374 : gants de protection contre les produits chimiques
● EN 407 : gants de protection contre les risques thermiques
● EN ISO 20345 : équipements de protection individuelle — chaussures de sécurité
● EN ISO 20471 : vêtements de signalisation haute visibilité
● EN 361 / EN 354 / EN 355 / EN 360 : systèmes anti-chute
● EN ISO 11612 : vêtements de protection contre la chaleur et les flammes
● EN 13982 / EN 14605 : vêtements de protection contre les produits chimiques
Conclusion
Les équipements de protection individuelle constituent un élément incontournable de la politique de prévention des risques professionnels, même s'ils doivent toujours être considérés comme le dernier niveau de la hiérarchie des mesures de prévention. Pour le responsable HSE, leur gestion rigoureuse implique une maîtrise complète du cadre réglementaire — désormais dominé par le règlement (UE) 2016/425 et son guide d'orientation v4 d'octobre 2024 —, une démarche structurée de sélection basée sur l'évaluation des risques, et une culture de la prévention qui associe activement les salariés au choix et à l'utilisation des équipements.
Les nouvelles technologies (EPI connectés, capteurs embarqués, matériaux intelligents) ouvrent des perspectives prometteuses pour améliorer à la fois l'efficacité de la protection et le confort d'utilisation, favorisant ainsi l'acceptation et le port effectif des équipements. Leur intégration doit cependant être menée avec discernement, en tenant compte des enjeux de cybersécurité, de protection des données personnelles et d'accessibilité économique.
Enfin, le responsable HSE doit rester vigilant face à l'évolution continue de la réglementation : le règlement modificatif (UE) 2024/2748, applicable à compter du 29 mai 2026, introduit de nouvelles procédures d'urgence pour l'évaluation de la conformité qui pourraient impacter les processus d'achat et de certification en cas de crise du marché intérieur.
Publié le 24 mai 2026
Rédigé par Officiel Prévention
| Ce dossier a été développé et actualisé en mai 2026 sur la base de notre dossier original (Officiel Prévention), complété par les dernières évolutions réglementaires européennes et françaises, ainsi que par les tendances du marché 2025–2026. Il est destiné aux responsables HSE/QSE et ne se substitue pas à un conseil juridique personnalisé. |
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