
Sur 83 modèles de chaussures de sécurité contrôlés, 68 présentent des défaillances techniques ou réglementaires. 24 modèles ont été interdits à la vente. Autre enseignement : certains produits vendus ne correspondent plus à ceux qui avaient obtenu la certification.
Les autorités de surveillance du marché de huit pays européens ont passé au crible des chaussures de sécurité vendues en ligne et en magasin. Le résultat est sans appel : plus de quatre modèles sur cinq présentent au moins une non-conformité.
Sur 83 modèles de chaussures de sécurité contrôlés, 68 présentent des défaillances techniques ou réglementaires. 24 modèles ont été interdits à la vente. Autre enseignement : certains produits vendus ne correspondent plus à ceux qui avaient obtenu la certification.
Pour les responsables HSE, ce bilan rappelle que le marquage CE ne dispense pas de vérifier ce que l'on met aux pieds des salariés.
Une campagne coordonnée dans huit pays
Les chaussures de sécurité ont été contrôlées dans le cadre de la campagne JACOP 2025 (Joint Actions on Compliance of Products), cofinancée par la Commission européenne. L'action visait à vérifier la conformité des chaussures de sécurité professionnelles à embout de protection mises sur le marché européen avec le règlement (UE) 2016/425 relatif aux EPI et avec la norme harmonisée EN ISO 20345. Les contrôles portaient à la fois sur les performances des chaussures et sur le respect des obligations de documentation et de marquage.
Les autorités de Chypre, d'Allemagne, du Luxembourg, des Pays-Bas, de Norvège, du Portugal, d'Espagne et de Suède y ont participé. 83 modèles ont été testés, dont 65 % achetés en ligne et 35 % en magasins physiques. La France ne figurait pas parmi les pays participants, mais les produits contrôlés circulent librement sur le marché unique : ils peuvent tout aussi bien être commandés par une entreprise française.
Un bilan préoccupant : 82 % de modèles non conformes
En combinant essais en laboratoire et contrôles documentaires, 68 échantillons, soit 82 %, présentaient au moins une non-conformité. Les essais de performance ont mis en évidence des défaillances sur 53 modèles. Les trois points faibles les plus fréquents touchent des caractéristiques essentielles à la protection :
Les propriétés antistatiques.
Une chaussure censée dissiper les charges électrostatiques qui n'y parvient pas expose les salariés en zones à risque d'inflammation ou d'explosion, et peut endommager des composants électroniques sensibles.
La résistance aux chocs.
L'embout de protection doit absorber un impact de 200 joules. S'il cède, il ne protège plus contre la chute d'une charge sur le pied.
La résistance à la perforation.
Une semelle anti-perforation défaillante laisse passer clous, tessons ou autres objets pointus, un risque courant sur chantier et en logistique.
Des défauts documentaires qui ne sont pas anodins
Au-delà des performances, les autorités ont relevé des lacunes d'information : notice d'instructions manquante ou imprécise, catégorie de protection absente ou erronée, marquage CE non apposé ou non indélébile.
Certains cas révèlent aussi un défaut de cohérence de production. Des modèles avaient été certifiés à l'état de prototype, mais les produits de série vendus sur le marché ne répondaient plus aux critères de certification.
Des sanctions significatives
À l'issue de la campagne, les autorités ont obtenu :
● l'interdiction de vente de 24 modèles ;
● le rappel de 4 modèles ;
● des avertissements et des amendes pour 15 marques ;
● une amende de 7 000 € pour un fabricant, assortie d'une interdiction de vendre des chaussures qui n'offraient pas les protections annoncées dans ses publicités.
Six modèles ont depuis été remis en conformité.
Ce que doivent faire les responsables HSE
L'employeur reste responsable du choix et de la mise à disposition d'EPI adaptés aux risques (articles L.4121-1 et R.4321-4 du Code du travail). Acheter un modèle non conforme ne le décharge pas de cette obligation. Quelques réflexes s'imposent :
1. Partir de l'analyse des risques.
Le niveau de protection (embout, anti-perforation, antistatique, résistance à la chaleur, au glissement...) doit découler du DUERP et du poste de travail, pas du seul prix.
2. Contrôler les documents.
Exigez de votre fournisseur la déclaration UE de conformité et le certificat d'examen UE de type délivré par un organisme notifié. Vérifiez la présence du marquage CE, lisible et indélébile, et de la notice en français.
3. Lire les marquages.
Assurez-vous que les symboles correspondent aux besoins (S1, S1P, S3, propriété antistatique, etc.) et que les allégations commerciales ne sont ni vagues ni exagérées.
4. Privilégier des fournisseurs identifiés.
L'achat en ligne auprès de vendeurs peu connus ou de places de marché concentre les risques. Formalisez un cahier des charges et conservez la traçabilité des références achetées.
5. Consulter Safety Gate.
Le système européen d'alerte recense les produits dangereux retirés ou rappelés : un contrôle régulier permet de réagir rapidement.
6. Associer les représentants du personnel.
Les retours des utilisateurs sur le confort et l'usure, remontés via le CSE ou la CSSCT, permettent de repérer très tôt une chaussure qui ne tient pas ses promesses.
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À retenir Une chaussure de sécurité n'est pas conforme parce qu'elle porte un marquage CE : elle l'est si les documents, les marquages et les performances sont cohérents entre eux. Le moindre doute justifie de demander des justificatifs au fournisseur, voire de signaler le produit aux autorités de surveillance du marché. |
Publié le 5 novembre 2026
Rédigé par Officiel Prévention
Sources : Commission européenne, DG GROW, Market surveillance: PPE professional footwear, final report, JACOP 2025 (Office des publications de l'UE, septembre 2026).
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