
À l'occasion de la Journée nationale de l'audition du 12 mars 2026, l'INRS a rappelé que plus d'un actif sur deux se dit gêné par le bruit au travail. Au-delà de la surdité, les effets sur la santé sont multiples et souvent sous-estimés. Tour d'horizon des enjeux et des leviers d'action pour les QHSE.
Un risque qui touche la majorité des actifs
Le bruit reste l'un des risques professionnels les plus répandus et les plus négligés en entreprise. Selon le 9e Baromètre Bruit et santé auditive au travail 2025 de l'Association nationale de l'audition, plus d'un actif sur deux déclare être gêné par le bruit sur son lieu de travail. Plus préoccupant encore, un salarié sur trois se dit exposé à des niveaux sonores dangereux pour sa santé.
Ces chiffres ne concernent pas uniquement les secteurs industriels bruyants. Le secteur tertiaire — open spaces, centres d'appels, commerces — est lui aussi concerné, avec des niveaux sonores qui, sans atteindre les seuils réglementaires, engendrent fatigue cognitive et stress chronique.
Des effets sur la santé bien au-delà de la surdité
L'atteinte auditive est l'effet le plus connu, mais loin d'être le seul. L'INRS distingue deux catégories d'effets :
Effets auditifs : la destruction progressive des cellules ciliées de l'oreille interne conduit à une surdité irréversible, pouvant être reconnue comme maladie professionnelle (tableau n°42 du régime général). Les acouphènes et la fatigue auditive temporaire sont des signaux d'alerte à ne pas ignorer.
Effets extra-auditifs : stress, irritabilité, baisse d'attention, fatigue cognitive, troubles du sommeil et risques cardiovasculaires accrus. Ces effets systémiques dégradent la qualité du travail et augmentent le risque d'accident — le bruit peut masquer des signaux d'alerte sonores.
Point de vigilance QHSE : La surdité professionnelle est irréversible. L'appareillage auditif compense, mais ne restaure pas la fonction auditive. La prévention primaire est la seule réponse efficace. Il est trop tard une fois l'atteinte déclarée.
Le cadre réglementaire : rappel des obligations de l'employeur
Le Code du travail (articles R. 4431-1 et suivants) impose à tout employeur une démarche structurée en matière de bruit. Les responsables QHSE doivent s'assurer du respect de ces obligations :
Obligations réglementaires clés
● Évaluer et mesurer les niveaux d'exposition (Lex,8h et LpC), selon la norme NF EN ISO 9612
● Renouveler les mesurages au moins tous les 5 ans et les conserver 10 ans
● Inscrire les résultats dans le Document Unique d'Évaluation des Risques (DUER)
● Mettre en œuvre des mesures de prévention collective si les seuils sont dépassés
● Fournir des protecteurs individuels contre le bruit (PICB) et former les salariés à leur usage
● Organiser une surveillance audiométrique via le médecin du travail, notamment au-delà de 80 dB(A)
● Consulter le CSE/CSSCT avant toute modification susceptible d'affecter l'exposition
La hiérarchie des mesures de prévention
L'INRS rappelle que la démarche de prévention du bruit s'inscrit dans les 9 principes généraux du Code du travail (article L. 4121-2). L'action la plus efficace reste l'intervention en amont, dès la conception ou le réaménagement des locaux et des équipements.
Du plus efficace au moins efficace
● Suppression ou réduction à la source : choix de machines silencieuses, capotage, isolation phonique, traitement acoustique des locaux
● Organisation du travail : rotation des postes, limitation du temps d'exposition, zones de repos sonore
● Protection collective : encoffrement des sources, écrans acoustiques, matériaux absorbants
● Protection individuelle : PICB (bouchons, casques) — en dernier recours, après épuisement des autres mesures
Les outils INRS à disposition des préventeurs
L'INRS met à disposition plusieurs ressources pratiques pour outiller les responsables QHSE dans leur démarche :
Ressources disponibles sur inrs.fr
● Outil 23 : estimation du niveau global d'exposition journalière
● Outil 24 : évaluation selon la norme NF EN ISO 9612
● Outil 156 : évaluation acoustique des bureaux ouverts
● RayPlus Acoustique : modélisation des environnements de travail
● Outil 22 : estimation de la protection réelle des PICB
● Echoscan : outil de dépistage précoce des risques auditifs
Actions concrètes à engager dès maintenant
La Journée nationale de l'audition est une opportunité pour les responsables QHSE de (re)mettre ce risque à l'agenda. Quelques pistes d'action immédiates :
Plan d'action recommandé
● Vérifier la date des derniers mesurages acoustiques (obligation tous les 5 ans)
● Mettre à jour le DUER avec les données bruit, y compris en secteur tertiaire
● Organiser une sensibilisation des salariés et de l'encadrement sur les effets extra-auditifs
● Vérifier la disponibilité, l'adéquation et l'utilisation effective des PICB
● Déclencher un suivi audiométrique pour les salariés exposés au-delà de 80 dB(A)
● Intégrer le critère acoustique dans les futurs projets de conception ou rénovation
Publié le 7 avril 2026
Rédigé par Officiel Prévention
Sources : INRS — « Bruit au travail : quels risques et quelles solutions en entreprise ? » (mars 2026) · INRS, Bruit, Effets sur la santé · INRS, Bruit, Réglementation · 9e Baromètre Bruit et santé auditive au travail 2025, Association nationale de l'audition / IFOP · Code du travail, articles L. 4121-2, R. 4431-1 et suivants
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